
Le loup maudit
Chapitre 3
De retour chez elle, Clara déposa son sac avec lassitude. La maison était silencieuse, Victor n'étant visiblement pas encore rentré. Elle s'assit sur son lit, le regard perdu.
Elle tâta son cou, espérant contre toute logique que le pendentif y serait encore.
« Impossible... il était là ce matin. »
Son esprit cherchait une explication, mais aucune ne tenait la route. Une main tremblante fouilla dans son sac, sortant le journal. Elle tourna frénétiquement les pages, cherchant une réponse dans les mots de sa grand-mère.
Les protecteurs des bois.
Ces mots prenaient soudain un sens bien plus menaçant.
Un bruit sourd la fit sursauter.
Elle se précipita à la fenêtre, mais ne vit rien. La nuit était tombée rapidement, et seule la lumière de la lune éclairait le jardin.
Elle descendit prudemment, les escaliers grinçant sous ses pas.
Lorsqu'elle ouvrit la porte, elle s'arrêta net. Là, dans la boue juste devant le seuil, une empreinte massive était visible. Une empreinte de loup, bien trop grande pour appartenir à un animal normal.
Clara sentit son souffle se couper.
« Qu'est-ce que ça veut dire ? » murmura-t-elle, ses yeux fixés sur l'empreinte comme si elle allait lui donner une réponse.
Un autre bruit retentit, cette fois derrière elle.
Elle se retourna brusquement, mais encore une fois, il n'y avait rien. Pourtant, elle avait cette sensation étrange, comme si quelqu'un - ou quelque chose - l'observait depuis les ombres.
Le village de Montbrume s'éveillait doucement, ses ruelles pavées encore humides de la rosée matinale. Clara déambulait entre les étals du marché, l'esprit toujours envahi par les événements des jours précédents. L'empreinte devant sa porte, la disparition de son pendentif, et cet immense loup qu'elle avait vu dans la forêt. Rien ne semblait avoir de sens, et pourtant, tout était étrangement lié.
Elle avançait sans réel but, frôlant les paniers débordants de légumes, le nez distrait par l'odeur des épices. Au détour d'un étal, un homme attira son attention.
Il se tenait légèrement à l'écart, ses yeux balayant la place comme s'il cherchait quelqu'un ou quelque chose. Ses traits étaient marqués, sa mâchoire carrée et son regard... doré.
Clara s'arrêta net, son cœur s'emballant. Ce regard, elle le reconnaîtrait entre mille. C'était celui du loup.
« Pardon ? » demanda-t-elle, plus pour elle-même que pour lui.
Comme s'il avait senti son trouble, l'homme tourna la tête vers elle, et leurs regards se croisèrent. Il esquissa un sourire, un peu trop confiant à son goût.
« Vous semblez perdue, mademoiselle, » lança-t-il d'une voix calme mais profonde.
Elle balbutia un instant avant de reprendre contenance.
« Non... non, tout va bien, merci. »
Il s'approcha, son allure détendue contrastant avec l'intensité de ses yeux.
« Gabriel. Gabriel Lemoine, » se présenta-t-il en tendant une main.
Clara hésita, cherchant à lire dans ses intentions avant d'accepter sa poignée de main.
« Clara Delacour. Vous êtes nouveau ici ? Je ne crois pas vous avoir déjà vu. »
Il haussa légèrement les épaules, un sourire en coin.
« Juste de passage. Je voyage beaucoup, et ce village avait l'air... intéressant. »
Le ton de sa voix, presque moqueur, fit naître une méfiance en elle.
« Intéressant ? Pour un village perdu au milieu de nulle part, c'est flatteur, » répondit-elle sèchement.
Gabriel éclata d'un rire bref, un peu rauque.
« Vous avez raison, c'est un peu étrange. Mais parfois, ce sont les endroits les plus reculés qui cachent les secrets les plus fascinants. Vous ne trouvez pas ? »
Clara sentit un frisson la parcourir.
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Gabriel quitta la place du marché peu de temps après leur échange. Il s'éloigna du village à grands pas, se faufilant à travers des sentiers qu'il connaissait par cœur.
Arrivé à son repaire, une cabane délabrée enfouie sous les feuillages, il poussa un soupir lourd. Son cœur battait encore fort à l'idée de cette rencontre. Clara avait une présence qu'il ne pouvait ignorer. Mais c'était dangereux.
Il s'assit près du feu qu'il avait allumé plus tôt et fixa les flammes.
« Pourquoi ? » murmura-t-il, parlant à lui-même comme s'il espérait une réponse.
La malédiction pesait sur lui depuis si longtemps. Il avait perdu espoir de trouver une issue, mais cette jeune femme... elle portait quelque chose en elle. Il le sentait.
Le pendentif qu'il avait pris pendait maintenant entre ses doigts. L'objet vibrait d'une énergie qu'il ne comprenait pas encore.
« Elle ne sait rien, » se dit-il, tentant de se convaincre. « Et pourtant, elle pourrait être la clé. »
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Clara était rentrée chez elle avec plus de questions que de réponses. Cet homme, Gabriel, la troublait profondément. Elle s'assit dans sa chambre, feuilletant une nouvelle fois le journal.
Chaque page semblait révéler un nouveau détail qu'elle n'avait pas remarqué auparavant. Des symboles dessinés dans la marge, des mots soulignés. Et ce passage, celui qui parlait des « protecteurs des bois ».
Elle saisit un crayon et commença à noter des hypothèses sur une feuille vierge.
Un bruit dans la maison la fit sursauter.
« Clara, t'es là ? »
Léa Fournier, sa meilleure amie, entra sans attendre de réponse. Elle portait son éternel sourire espiègle et une veste en jean élimée.
« J'ai frappé, mais visiblement tu fais semblant de pas entendre. »
Clara roula des yeux mais ne put s'empêcher de sourire légèrement.
« Désolée, j'étais plongée dans mes recherches. »
Léa haussa un sourcil avant de s'affaler sur le lit.
« Ah, tes fameuses recherches sur la forêt hantée. Et ça avance ? Tu as trouvé des elfes, des fantômes ou juste des champignons hallucinogènes ? »
Clara soupira.
« Ce n'est pas une blague, Léa. Il y a quelque chose là-bas. Et cet homme... »
Léa redressa soudain la tête.
« Un homme ? Oh, ça devient intéressant ! C'est qui ? Il est mignon ? »
« Gabriel Lemoine. Il dit qu'il est de passage, mais il y a quelque chose chez lui... » Clara s'interrompit, cherchant les bons mots.
Léa croisa les bras, sceptique.
« Quelque chose comme quoi ? Un criminel, un espion, un... loup-garou ? »
Clara fronça les sourcils.
« C'est ridicule. »
« C'est toi qui parles de mystères et de protecteurs des bois, pas moi, » rétorqua Léa avec un sourire en coin.
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Le lendemain, Clara ne put s'empêcher de retourner dans la forêt. Cette fois, elle suivit un autre chemin, guidée par un instinct qu'elle ne comprenait pas.
La lumière changeait à mesure qu'elle avançait, passant d'un clair éclatant à une pénombre presque oppressante. Les bruits autour d'elle semblaient amplifiés, chaque craquement de branche ou souffle de vent la faisait sursauter.
Elle atteignit la clairière où elle avait vu le loup pour la première fois. Mais au lieu de l'animal, elle aperçut une silhouette humaine.
Gabriel.
Il se tenait au centre de la clairière, tourné vers elle.
« On dirait qu'on se croise souvent, » lança-t-il d'un ton qui trahissait une pointe d'amusement.
Clara hésita, ses doigts se crispant sur son sac.
« Qu'est-ce que vous faites ici ? » demanda-t-elle finalement.
Il haussa les épaules.
« J'aime cet endroit. Il a quelque chose... d'unique. Vous ne trouvez pas ? »
Elle avança d'un pas, son regard scrutant le sien.
« Vous savez des choses que je ne sais pas. Qui êtes-vous vraiment ? »
Un silence tendu s'installa.
« Je suis juste un voyageur, Clara. Mais parfois, les voyageurs croisent des chemins qui leur échappent. »
Elle serra les dents, frustrée par ses réponses énigmatiques.
« Arrêtez de parler en énigmes. Pourquoi êtes-vous là ? »
Gabriel ne répondit pas. Au lieu de cela, il recula lentement, jusqu'à disparaître entre les arbres.
Clara resta plantée là, ses pensées en chaos.
Lorsqu'elle baissa les yeux, elle remarqua un symbole gravé sur un tronc d'arbre proche.
Elle se figea.
C'était le même que celui qu'elle avait vu dans le journal de sa grand-mère.
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