
Le jeu du milliardaire
Chapitre 3
Le lendemain matin, je m'étais réveillée avec la sensation étrange que la soirée de la veille n'était qu'un rêve un peu fou. Mais en regardant mes escarpins abandonnés dans l'entrée, j'ai su que c'était bien réel. Adrian. Son regard intense, ses mots, et surtout cette proposition mystérieuse. J'avais passé la nuit à me retourner dans mon lit, incapable de comprendre ce qu'il cherchait réellement.
Quelques heures plus tard, alors que je me battais avec une tasse de café tiède, mon téléphone vibra sur la table. Un numéro inconnu.
« Allô ? »
Une voix basse et assurée répondit.
« C'est Adrian. J'espère que je ne te dérange pas. »
Ma respiration se coupa un instant. Je ne savais même pas comment il avait eu mon numéro, mais avec un homme comme lui, ça ne devait pas être compliqué.
« Non... enfin, pas vraiment. »
« Parfait. Retrouvons-nous. J'ai une proposition à te faire, et il vaut mieux en discuter en personne. Es-tu libre dans une heure ? »
Je me suis mordue la lèvre, hésitant. Tout en lui respirait l'arrogance, le contrôle. Et pourtant, il y avait quelque chose qui m'empêchait de dire non.
« D'accord, mais... où ? »
Il m'indiqua une adresse dans un quartier huppé, un café chic que je connaissais de nom mais où je n'avais jamais mis les pieds.
Une heure plus tard, j'y étais, mal à l'aise dans mes vêtements simples, me sentant presque déplacée au milieu de la clientèle parfaitement habillée et du décor luxueux. Adrian était déjà là, assis à une table près d'une grande baie vitrée. Il portait un costume sombre qui semblait taillé sur mesure, et il avait cet air détendu mais calculateur qui me mettait sur les nerfs.
« Tu es venue, » dit-il simplement en se levant légèrement pour m'accueillir.
« Tu m'as donné peu de choix, » rétorquai-je en m'asseyant.
Il esquissa un sourire, comme si ma résistance l'amusait.
« Je vais aller droit au but. Je ne suis pas du genre à tourner autour du pot. »
« Ça, j'avais remarqué, » murmurai-je en croisant les bras.
Il sortit une enveloppe de sa veste et la posa devant moi.
« C'est un contrat. Un mariage arrangé, pour être précis. »
Je clignai des yeux, croyant avoir mal entendu.
« Un... mariage ? »
« Oui. Avant que tu ne poses la question, non, ce n'est pas par amour. C'est purement pratique. Ma famille exige que je sois marié pour certaines raisons personnelles et financières que je n'ai pas besoin de détailler maintenant. Et toi, tu as besoin d'argent. »
Sa voix était calme, presque froide. Comme s'il parlait d'un simple accord commercial.
« Pourquoi moi ? » demandai-je en fronçant les sourcils.
Il s'appuya contre sa chaise, son regard scrutant chaque détail de mon visage.
« Parce que tu es différente. Tu n'appartiens pas à mon monde, et c'est exactement ce qu'il me faut. Tu ne chercheras pas à t'impliquer plus que nécessaire. Et je sais que tu es dans une situation où cette opportunité pourrait changer ta vie. »
Je restai silencieuse, les mains tremblantes sous la table. Ses paroles étaient à la fois insultantes et étrangement captivantes.
« Et qu'est-ce que je gagne dans tout ça ? » réussis-je à demander, ma voix légèrement tremblante.
Il ouvrit l'enveloppe et en sortit une feuille qu'il fit glisser vers moi.
« Un million d'euros. En échange, tu devras vivre avec moi pendant soixante jours et remplir ton rôle d'épouse aux yeux du monde. Mais il y a une condition clé. »
Je relevai les yeux vers lui, mon cœur battant à tout rompre.
« Quelle condition ? »
Il se pencha légèrement en avant, son regard perçant plongeant dans le mien.
« Si tu tombes amoureuse de moi, tout s'arrête. Le contrat devient nul et tu ne touches pas un centime. »
Un rire nerveux m'échappa. Était-il sérieux ?
« C'est une blague ? » demandai-je, incrédule.
« Pas du tout. Je suis parfaitement sérieux. »
Je pris une profonde inspiration, tentant de calmer la tempête qui faisait rage en moi. Tout cela semblait insensé.
« Et qu'est-ce qui te fait croire que j'accepterai un tel arrangement ? »
Il haussa légèrement les épaules, un sourire en coin.
« Parce que tu n'as pas vraiment d'autre choix. Je sais que tu as perdu ton emploi, que tu es endettée, et que ton avenir est incertain. C'est une chance de repartir à zéro, de régler tes problèmes. »
Chaque mot qu'il prononçait était un coup porté à mon orgueil. Mais il avait raison, et c'était ça le pire.
Je baissai les yeux vers le contrat, incapable de le lire, mes pensées se bousculant dans ma tête.
« Je te laisse vingt-quatre heures pour réfléchir, » dit-il en se levant.
Je relevai les yeux vers lui, cherchant une trace d'humanité dans ce masque de froideur.
« Et si je refuse ? »
Il se pencha légèrement vers moi, sa voix devenant presque un murmure.
« Alors, je te souhaite bonne chance pour trouver une autre solution à tes problèmes. Mais crois-moi, personne ne te fera une offre comme celle-ci. »
Sans attendre ma réponse, il tourna les talons et quitta le café, me laissant seule avec l'enveloppe et un tourbillon d'émotions.
Je restai là, immobile, incapable de bouger ou de penser clairement. Quand je repris enfin mes esprits, je payai rapidement ma consommation et sortis, l'enveloppe serrée contre moi comme si elle pouvait m'exploser entre les mains.
De retour chez moi, je m'assis à ma petite table en bois bancale, le contrat étalé devant moi. Mes yeux parcouraient les mots, mais je ne pouvais pas m'empêcher de penser à lui. À son regard, à sa voix, à cette étrange tension qui semblait toujours flotter autour de lui.
Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ?
Les heures passèrent, et je restai là, à peser le pour et le contre, déchirée entre la colère, la curiosité, et cette irrésistible envie de comprendre cet homme.
Quand la nuit tomba, une question me hantait plus que toutes les autres : qu'est-ce que j'avais vraiment à perdre ?
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