
Le Jeu de la Vengeance de la Mariée Fantôme
Chapitre 2
Point de vue d'Éva :
Trois jours. C'est tout ce qu'il me restait. Le système de survie de la simulation, celui pour lequel je m'étais battue bec et ongles, celui qui m'avait volé cinq ans de ma vie, était sur le point de s'éteindre. Trois jours. Et Damien, l'homme auquel je m'étais accrochée comme à une prière dans cet enfer numérique, venait de sceller ma tombe.
Dans cette « réalité parallèle », ce jeu de survie tordu, j'avais affronté des horreurs indicibles. J'avais vu des amis mourir, combattu des créatures monstrueuses et enduré la faim, tout en m'accrochant au souvenir de Damien. Il était mon ancre, ma raison de vivre. J'avais refusé toutes les tentations, toutes les occasions de m'échapper du jeu en trahissant ma loyauté envers lui. J'étais une reine, une guerrière, une amante dans ce monde, mais j'étais toujours Éva, l'Éva de Damien.
J'avais même délibérément échoué à la mission finale, risquant ma « vie » dans la simulation, juste pour déclencher le protocole de sortie d'urgence. Parce que le jeu promettait un retour à ma réalité, à lui. Et je savais, de chaque fibre de mon être, que mon système de survie, l'équipement médical qui me maintenait en vie dans le monde réel, expirerait dans exactement soixante-douze heures. Je devais rentrer. Je devais le voir une dernière fois.
La poussière est retombée, granuleuse et métallique dans ma bouche. Mes poumons me brûlaient. Ma cheville cassée me lançait, une douleur sourde et insistante qui menaçait de me faire sombrer à nouveau dans le noir. Mais j'ai résisté. Je le devais.
Je me suis traînée vers le haut, m'appuyant lourdement contre l'éboulement fraîchement formé. Ma voix était rauque, brisée.
« Damien ! Pourquoi ? » Ma gorge était en feu. « Pourquoi ferais-tu ça ? Cinq ans ! Tu avais promis de chercher pendant cinq ans ! Tu avais juré de ne jamais m'abandonner ! »
Il n'a pas bougé. Son regard était fixé quelque part au-delà de moi, sa mâchoire si serrée qu'elle semblait sur le point de se briser.
« Aide-moi, Damien. S'il te plaît. Il ne me reste que trois jours. Le système de survie... il est en train de lâcher. » Ma voix s'est brisée. J'ai scruté son visage à la recherche du moindre signe de reconnaissance, du moindre indice que l'homme que j'aimais était toujours là.
Silence. Un silence lourd, suffocant.
Puis, sa main a de nouveau bougé. Cette fois, elle a cherché derrière lui, trouvant une autre main. Une main de femme. Petite, délicate, posée possessivement dans la sienne.
Mon souffle s'est coupé. Mes yeux, encore flous de larmes et de débris, se sont focalisés. Debout juste derrière Damien, à moitié cachée par sa large carrure, se tenait une femme. Elle était pâle, ses traits doux, presque enfantins. Et puis je l'ai reconnue. Chloé. Mon ancienne assistante de laboratoire.
Chloé, la jeune assistante timide, s'accrochant à Damien comme si sa vie en dépendait.
Damien a serré sa main, ses jointures blanchissant. Ses yeux, quand ils ont enfin croisé les miens, étaient froids, distants.
« Je ne peux pas, Éva », a-t-il dit, sa voix plate. Aucune émotion. Aucun regret. Juste une finalité crue et brutale.
Mon regard est tombé, attiré par un gonflement presque imperceptible sous le chemisier ample de Chloé. Une légère rondeur. Un ventre de femme enceinte.
Mon estomac s'est noué. Le monde a basculé.
Chloé a gémi, son regard oscillant entre moi et Damien. Ses yeux se sont remplis de larmes, grands et innocents. « Éva », a-t-elle murmuré, sa voix tremblante. « Comment as-tu pu ? Pourquoi maintenant ? »
Elle m'a regardée, puis Damien, puis de nouveau moi, les yeux débordant de larmes. « Tu as toujours fait ça, Éva. Toujours. Tu as toujours essayé de tout gâcher pour moi. »
Ma tête tournait. « Gâcher quoi ? » ai-je réussi à croasser.
« Ma carrière, ma réputation », a-t-elle sangloté, agrippant le bras de Damien, enfouissant son visage dans son épaule. Sa voix était étouffée, mais assez claire. « Tu as volé ma proposition de recherche, tu l'as fait passer pour la tienne. Tu as pris ma place dans la mission en haute mer qui aurait dû être la mienne. Et maintenant... maintenant tu reviens pour prendre ma famille, mes enfants, le père de mes enfants ? »
Elle s'est reculée, les yeux flamboyants d'une fureur artificielle, serrant son ventre de manière protectrice. « J'ai un fils de trois ans, Éva ! Notre fils ! Et un autre bébé en route ! Quelle sorte de monstre es-tu, pour revenir maintenant et tout détruire ? »
Damien a regardé Chloé, son expression s'adoucissant. Il l'a serrée plus fort contre lui, lui caressant les cheveux. Il s'est tourné vers moi, son visage durci par un mépris qui semblait plus froid que l'océan le plus profond.
« Je le savais, Éva », a-t-il dit, sa voix chargée de dégoût. « Je savais que tu avais toujours été cruelle avec Chloé. J'ai essayé de te prévenir. Mais tu n'as jamais écouté. Tu as toujours pensé que tu étais au-dessus de tout le monde. »
Il a regardé le ventre de Chloé, puis de nouveau moi. Sa voix a baissé, basse et menaçante. « Je ne te laisserai pas lui faire de mal, Éva. Pas encore. Plus jamais. »
Il a de nouveau serré la main de Chloé, puis a regardé l'entrée scellée de la grotte. « Attends trois jours », a-t-il répété, sa voix dénuée de tout remords réel. « Juste trois jours. Notre mariage est samedi. Après ça, je reviendrai. Et on pourra parler. »
Il s'est penché, embrassant doucement le front de Chloé, puis ses lèvres. Un long et tendre baiser. Un baiser qui m'a volé mon dernier souffle. Mes jambes semblaient de plomb, enracinées sur place. Je ne pouvais pas bouger. Je ne pouvais pas crier. Je ne pouvais même pas cligner des yeux.
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