
Le hurlement du trône
Chapitre 3
Au centre de la place, sous les regards tendus des habitants rassemblés, une voix ferme s'éleva, brisant le murmure inquiet de la foule. L'homme qui parlait se tenait droit, ancré dans le sol comme un pilier ancien. « Je dirige ce village. Puis-je savoir qui vous êtes et pour quelle raison vous osez vous présenter ici ? » Son ton ne tremblait pas, mais la méfiance se lisait dans ses traits.
Face à lui, un individu vêtu d'une longue cape aux reflets dorés s'avança avec assurance. Son pas était calme, presque provocateur. « Aucun véritable chef ne s'est jamais imposé en ces lieux. Ce village n'a jamais été soutenu par une force digne de ce nom. Nous sommes ici pour faire une offre. La famille Desmond a décidé de revendiquer cet endroit. »
Un frisson parcourut l'assemblée. Les habitants échangèrent des regards lourds de sens, partagés entre stupeur et fascination devant l'assurance insolente de ces étrangers. Le chef toussota bruyamment afin de ramener le silence. Il inspira profondément, puis reprit : « Pour quelle raison la famille Desmond porterait-elle un intérêt soudain à notre village ? »
La foule, gagnée par l'indignation, se mit à gronder. Des voix s'élevèrent, furieuses : « Cette ville est la nôtre ! » Les deux hommes aux capes dorées levèrent alors les mains, imposant un calme précaire. L'un d'eux reprit la parole, son regard perçant balayant la foule. « Vous êtes conscients de ce qui se prépare dans ce monde, n'est-ce pas ? La prophétie est claire : la terre entière deviendra un champ de bataille, et seuls ceux qui possèdent la force survivront. Dites-moi, comment ce village pourrait-il espérer traverser l'apocalypse s'il reste isolé, sans allégeance ? »
Ses mots frappèrent juste. La guerre qui ravageait déjà les contrées voisines ne concernait pas uniquement les loups-garous ; toutes les créatures vivaient désormais sous la menace d'un conflit sans merci. Dans ce chaos annoncé, seuls les plus résolus auraient une chance de subsister.
Le chef leva la main pour réclamer le silence, puis déclara d'une voix posée mais inflexible : « Nous sommes le peuple d'Alphec. Nous ne plierons le genou devant aucune famille. Notre seul souhait est de vivre en paix, loin de cette guerre. » Un rire moqueur résonna alors. Le second homme à la cape dorée s'avança, un sourire suffisant aux lèvres. « Vous pensez réellement pouvoir rester à l'écart ? Croyez-vous être capables de survivre seuls ? Maintenant que la famille Monsieur et la lignée Vaunticia ont disparu, imaginez-vous qu'il existe encore une maison aussi légitime que celle des Desmond pour gouverner ce monde ? »
Clona observait la scène en silence. Elle vit les veines se dessiner sur le front de son père, ses yeux se teintant d'un rouge inquiétant tandis qu'il serrait sa lance avec une force contenue. Elle sentit un malaise la gagner. Pourquoi réagissait-il ainsi ? Lentement, son père abaissa son arme, cherchant visiblement à reprendre le contrôle de lui-même. « Cela ne sert à rien, » dit-il d'un ton plus grave. « Comme je l'ai déjà affirmé, nous ne nous soumettrons à aucune maisonnée. »
Le troisième homme à la cape dorée inclina légèrement la tête, comme pour saluer cette réponse. Lorsqu'il releva les yeux, ceux-ci luisaient d'un éclat rouge sang, reflétant la lumière lunaire. « Vous vous trompez, » répondit-il calmement. « Pensez-vous réellement avoir le choix ? »
Clona sentit une colère sourde vibrer dans sa voix. Sous ses yeux, les ongles de l'homme s'allongèrent, devenant des griffes acérées, signe indéniable de sa nature. Autour d'elle, les habitants se crispèrent, comprenant enfin que ces visiteurs n'étaient pas venus négocier, mais imposer leur volonté par la force.
Elle vit son père lever lentement la tête vers le ciel, comme s'il scrutait un signe invisible. « La lune de sang approche... » murmura Clona pour elle-même, consciente qu'un affrontement inévitable allait éclater sous peu.
Son cœur se mit à battre frénétiquement lorsque la clarté lunaire se refléta dans ses yeux. Elle leva la tête, sentant une chaleur familière envahir son corps. Ses pupilles s'embrasèrent, et elle comprit avec effroi que la transformation la guettait. Elle serra les dents, inspira profondément, luttant contre l'instinct. Elle ne devait pas céder ; elle savait trop bien qu'une fois transformée, elle risquait de perdre le contrôle.
Un hurlement déchira soudain l'air. La lune éclatante se teinta de rouge, et Clona assista, impuissante, à la métamorphose des habitants d'Alphec. Les corps se tordaient, les silhouettes humaines laissaient place à des formes lupines. Face à ce spectacle, le trio aux capes dorées arborait des sourires condescendants, tandis que leurs propres alliés adoptaient également leur apparence de loups.
Clona recula précipitamment et se dissimula derrière un arbre, le souffle court, observant la scène avec attention. Son père, cependant, n'avait pas changé de forme, tout comme les trois hommes drapés d'or. Elle balaya les environs du regard, voyant presque tous se transformer sous la lune sanglante. Elle comprit alors et murmura, plus pour elle-même que pour quiconque : « Un véritable Alpha peut conserver sa forme humaine durant la lune de sang... car il maîtrise pleinement son pouvoir. »
L'un des hommes à la cape dorée rompit le silence, son sourire s'élargissant encore. « Il semblerait que cette ville abrite un Alpha particulièrement puissant, » lança-t-il avec une ironie assumée, comme si cette découverte ne faisait que renforcer son intérêt pour Alphec.
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