
Le gigolo devenu milliardaire
Chapitre 3
Dans un effort pour se libérer de cette emprise étrange, elle tenta de retrouver un semblant de routine. Elle se changea, enfila un pull doux et ample qui glissait délicatement sur sa peau, un pantalon de laine confortable, puis s'assit près de la fenêtre, un livre entre les mains. Mais les mots lui échappaient, comme si l'ombre de Max s'insinuait entre chaque ligne, chaque page, la ramenant à cette rencontre troublante et au sourire énigmatique de cet homme. C'était une sensation qu'elle n'avait pas ressentie depuis longtemps – cette impression que quelqu'un la voyait vraiment, la comprenait au-delà de ses masques.
**"Pourquoi ça m'obsède autant?"** murmura-t-elle, brisant le silence qui régnait dans son appartement.
Elle se leva brusquement, laissant le livre choir sur le sol, et se dirigea vers sa cuisine. Peut-être qu'un verre de vin l'aiderait à se détendre, à chasser ces pensées importunes. Elle ouvrit une bouteille, en versa un peu dans un verre et se posta devant la grande baie vitrée qui donnait sur la ville endormie. La lumière pâle de la lune illuminait les immeubles, créant des ombres délicates qui dansaient à travers le verre. Marise prit une gorgée de vin, savourant la brûlure douce-amère, espérant que ce simple plaisir sensuel lui apporterait un peu de réconfort.
Elle n'avait jamais eu de véritable attache, ni d'amis proches, et encore moins d'amoureux. La solitude était son armure, celle qui l'avait protégée depuis toujours, une cuirasse dont elle ne s'était jamais délestée. Sa vie dans l'ombre, son travail d'infiltration, d'espionnage et de dissimulation, étaient des choix mûrement réfléchis. La sécurité dans le détachement, la liberté dans l'isolement. Mais aujourd'hui, cette protection lui semblait vaciller.
Ses pensées la ramenèrent à l'enfance, à l'époque où elle observait son père mener ses affaires douteuses, où elle écoutait en cachette les conversations des hommes puissants qui venaient le visiter. Elle avait grandi en comprenant que le monde se divise entre ceux qui manipulent et ceux qui se laissent manipuler, et elle avait décidé, dès un âge précoce, de faire partie des premiers. Sa mère, faible et soumise, n'avait jamais tenté de la dissuader. Elle avait quitté le foyer un jour sans explication, la laissant seule avec un père distant et autoritaire.
Elle secoua la tête, tentant de chasser ces souvenirs. S'attacher aux fantômes du passé n'aiderait en rien. Son avenir était tout ce qui importait, et elle se refusait à laisser Max s'immiscer dans ses pensées comme une distraction nuisible. Mais quelque chose en elle brûlait de découvrir ce qu'il savait, ce qu'il voulait, et pourquoi il avait choisi de s'approcher d'elle.
Elle finit son verre et, déterminée, se dirigea vers son bureau pour y étaler ses recherches. Elle se perdit dans les dossiers, les notes et les photographies de ses précédents objectifs, cherchant à retrouver le contrôle sur ses pensées. Son téléphone vibra soudain sur la table, tirant son attention. Elle saisit l'appareil et ouvrit le message.
> "Bonne nuit, Marise. Je crois que tu as trouvé ta réponse."
Elle se figea. Ce message provenait d'un numéro inconnu, mais elle devina sans hésiter l'identité de l'expéditeur. Max. Sa respiration s'accéléra, et son esprit se mit en alerte. Comment connaissait-il son numéro personnel ? C'était un accès qu'elle ne permettait à personne d'avoir. Elle réprima un frisson, tentant de maîtriser l'inquiétude qui naissait en elle.
Elle hésita un moment, ses doigts flottant au-dessus de l'écran, puis elle répondit, brisant sa règle de prudence habituelle.
> "Je n'aime pas les surprises."
Quelques secondes plus tard, la réponse de Max s'afficha.
> "Je le sais bien, et pourtant... tu n'as jamais été aussi curieuse, n'est-ce pas ?"
Une vague de frustration l'envahit, mêlée à une fascination inexplicable. Il jouait avec elle, testant les limites de son endurance, et elle se sentait prise au piège d'une toile qu'il tissait patiemment autour d'elle.
Elle resta un instant, l'écran de son téléphone brillant dans la pénombre de son appartement, avant de décider de couper court à cet échange.
> "Bonne nuit, Max. Ne t'avise pas de trop jouer avec le feu."
Il ne répondit pas. Un silence oppressant s'installa, et elle posa enfin son téléphone sur la table, se forçant à reprendre son souffle. Malgré tout, elle ne put s'empêcher de sourire. Si Max pensait la déstabiliser, il se trompait. Au contraire, cet échange n'avait fait qu'éveiller davantage sa détermination à découvrir ce qui se cachait derrière ce mystérieux homme.
***
Le lendemain matin, en se réveillant, elle se promit d'aller au fond des choses. Elle passa sa matinée à chercher des informations sur Max, mais étrangement, tout ce qu'elle trouvait semblait soigneusement calculé pour ne révéler que le strict minimum. Pas de réseau social actif, peu de photographies, des articles ici et là sur ses investissements mais sans substance. C'était comme s'il avait volontairement effacé toute trace de son existence, laissant derrière lui une surface lisse et imperturbable, difficile à pénétrer.
En début d'après-midi, alors qu'elle revenait d'une réunion, elle trouva un petit papier glissé sous la porte de son appartement. Son cœur manqua un battement. Elle se baissa, ramassa la note et l'ouvrit avec précaution.
> "Tu n'es pas la seule à savoir entrer sans invitation. - Max."
Elle lâcha un rire nerveux, un mélange d'amusement et d'irritation. Il s'était introduit chez elle, juste pour lui prouver qu'il le pouvait. En plus de la note, elle remarqua qu'un léger parfum flottait dans l'air, une fragrance subtile qui lui rappelait le café où ils s'étaient rencontrés.
Elle arpenta son appartement, cherchant le moindre signe d'intrusion, de changement. Tout semblait en ordre. Rien ne manquait, rien n'avait été déplacé. Mais cette seule intrusion dans son espace privé suffisait à la déstabiliser. Elle ne savait pas s'il avait fait cela pour la prévenir, la menacer, ou simplement pour s'amuser.
Elle posa la note sur la table, la relisant une dernière fois avant de la ranger avec les autres, dans ce tiroir qui semblait désormais dédié aux mystères que Max laissait dans son sillage. Elle devait garder son calme, se rappela-t-elle. Elle était Marise, la femme de l'ombre, celle qui ne perdait jamais son sang-froid.
Mais malgré elle, elle sentit une chaleur étrange se diffuser en elle, un mélange de frustration et de fascination pour cet homme qui s'imposait progressivement dans sa vie.
La nuit suivante, l'atmosphère était étrangement calme dans le café faiblement éclairé où Marise attendait Max. La lumière dorée tamisée, les murmures feutrés des autres clients, et les notes suaves de jazz en arrière-plan formaient un cocon qui dissimulait ses inquiétudes et son impatience. Elle s'était promis de rester de marbre, de garder un contrôle parfait de ses émotions. Pourtant, l'attente, alliée au souvenir de l'intrusion de Max chez elle, la rendait plus nerveuse qu'elle ne voulait l'admettre.
Un bruit de pas attira son attention. Max venait d'entrer, et, malgré la tension intérieure qui la consumait, elle sentit son cœur s'accélérer légèrement. Il balaya la pièce du regard, ses yeux sombres et perçants la localisant en quelques secondes. Sans se presser, il s'avança vers elle et s'assit en face, un sourire en coin, comme s'il savourait déjà l'affrontement à venir.
- **"Tu as vraiment un don pour les surprises,"** lança-t-elle, s'efforçant de garder sa voix neutre.
Max prit le temps de croiser les bras, l'observant avec cette lueur d'amusement provocatrice qui lui était propre.
- **"Et toi pour les confrontations, apparemment."**
Un silence s'installa entre eux, tendu et lourd de sous-entendus. Elle refusait d'être la première à détourner les yeux, mais elle sentait son regard insistant sonder chaque recoin de son visage, comme s'il cherchait à percer les secrets qu'elle y dissimulait.
- **"C'était quoi cette note, chez moi ?"** finit-elle par demander, tranchante. **"Tu voulais me montrer que tu pouvais entrer comme bon te semble ?"**
Max haussa légèrement les épaules, affichant un calme déconcertant.
- **"Je voulais simplement te rappeler que l'inattendu fait partie du jeu, Marise."**
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