
Le Cri Silencieux de l'Épouse de Substitution
Chapitre 3
On m'a laissée sortir de la cave après deux jours. J'étais faible, avec de la fièvre à cause du froid.
J'ai dérivé dans un brouillard de maladie. Dans mon état de semi-conscience, je sentais parfois une main fraîche sur mon front, une voix murmurant mon nom. J'ai pensé que c'était peut-être Maxence, une lueur de son étrange « attention » possessive.
Quand la fièvre a finalement baissé, je me suis sentie assez forte pour sortir du lit. Je suis descendue, les jambes chancelantes.
Le son de rires m'a attirée vers le salon.
Maxence était là, assis sur le canapé. Apolline était blottie contre lui, sa tête sur son épaule. Il lui caressait doucement les cheveux, de la même manière qu'il m'avait parfois touchée au milieu de la nuit quand il pensait que je dormais.
Un souvenir a refait surface. Un de ces rares moments, étrangement doux. Il avait tracé la ligne de ma mâchoire, son contact léger comme une plume. « Si douce », avait-il murmuré, la voix pâteuse de sommeil.
Le voir faire la même chose pour Apolline, si ouvertement, si tendrement, a été comme un coup de poing dans le ventre.
Ce n'était jamais moi qu'il touchait. C'était toujours elle. Je n'étais qu'une doublure, un corps chaud pour occuper sa place jusqu'à ce qu'elle décide de revenir. La prise de conscience s'est installée dans ma poitrine, lourde et froide comme une pierre.
Apolline m'a repérée dans l'embrasure de la porte. « Kiara ! Viens, rejoins-nous », a-t-elle lancé, sa voix mielleuse.
Je voulais faire demi-tour et courir. Je voulais me cacher dans ma chambre jusqu'à ce que Léo vienne me chercher.
« Kiara. » La voix de Maxence était un ordre. « Assieds-toi. »
J'ai obéi, mon corps bougeant par instinct. Je me suis assise sur le fauteuil en face d'eux, me sentant comme une spectatrice à mes propres funérailles.
Maxence a pris un petit gâteau sur la table basse. « Tu n'as pas mangé. Prends ça. » Il me l'a tendu.
C'était un riche gâteau au chocolat, le genre qu'il savait que je détestais. L'odeur me soulevait le cœur. Une vague de nausée m'a submergée.
« Je n'ai pas faim », ai-je dit, ma voix à peine un murmure.
« Je ne te le demande pas. » Ses yeux étaient durs. « Mange. »
J'ai pris le gâteau, ma main tremblante. J'ai forcé une petite bouchée dans ma bouche. La douceur écœurante était insupportable. Mon estomac s'est rebellé.
J'ai bondi, couvrant ma bouche, et j'ai couru vers la salle de bain la plus proche, où j'ai été violemment malade.
Quand je suis ressortie en titubant, la tête me tournant, je me suis effondrée. La dernière chose que j'ai vue, c'est le visage de Maxence, son expression indéchiffrable, avant que le monde ne devienne noir.
Je me suis réveillée à l'odeur stérile d'un hôpital. La lumière était trop vive.
Un médecin parlait à voix basse de l'autre côté d'un rideau. « Les tests sont concluants. Madame de la Roche est enceinte. »
Enceinte. Le mot a résonné dans la pièce silencieuse.
« Elle en est à environ six semaines », a poursuivi le médecin. « Mais sa santé est très précaire. Malnourrie, anémique... elle a besoin d'un repos complet. Un autre choc comme celui qu'elle a eu pourrait être dangereux pour elle et pour le fœtus. »
Le rideau a été tiré. Maxence se tenait là, son visage un masque de pierre. Apolline était à côté de lui, ses traits parfaits tordus par une vilaine expression de choc et de jalousie.
Maxence a regardé le médecin, sa voix dénuée de toute émotion. « Débarrassez-vous-en. »
Le médecin a semblé décontenancé. « Monsieur de la Roche, je dois vous le déconseiller. Étant donné l'état fragile de votre femme, une interruption de grossesse comporte des risques importants. »
« Je suis conscient des risques », a dit Maxence, sa voix froide comme la glace. « Et j'ai pris ma décision. C'est ma femme. Le choix m'appartient. »
J'étais réveillée. J'ai entendu chaque mot. Ma main s'est instinctivement posée sur mon ventre. Un bébé. Notre bébé. Une petite, impossible lueur de vie en moi.
Et il allait l'éteindre sans une seconde pensée.
Je n'avais pas mon mot à dire. Aucun droit. J'étais juste un réceptacle, et son contenu était un inconvénient pour ses projets avec Apolline.
« Préparez l'intervention », a ordonné Maxence au médecin, son ton ne laissant aucune place à la discussion.
Il s'est retourné et ses yeux ont croisé les miens. J'étais allongée sur le lit, impuissante, une larme traçant un chemin dans la crasse sur ma joue.
Il s'est approché de mon lit. Pendant un instant, j'ai revu cette lueur dans ses yeux. Était-ce du regret ? De la pitié ?
Puis il s'est penché, sa voix un murmure bas pour mes oreilles seulement. « C'est pour le mieux, Kiara. Un obstacle dont nous n'avons pas besoin. »
Ce n'était qu'une illusion. Toute douceur était le fruit de mon imagination désespérée. Il n'y avait aucune humanité chez cet homme.
On m'a emmenée vers le bloc opératoire. Alors que les portes s'ouvraient, je l'ai regardé une dernière fois. Il se tenait là, me regardant, son expression un masque froid et indéchiffrable.
L'intervention a été un cauchemar. J'étais consciente, l'anesthésie n'ayant pas complètement pris. La douleur, aiguë et aveuglante, m'a déchirée.
Puis, quelque chose a mal tourné. J'ai entendu la voix paniquée d'une infirmière.
« Docteur, elle fait une hémorragie ! On est en train de la perdre ! »
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