
L'autel brisé, un amour trahi.
Chapitre 2
Alise POV:
La nuit s'écoula dans un brouillard de douleur et d'insomnie. Damien partit avec Laurine le matin, l'accompagnant, disait-il, pour une « consultation urgente » chez son guérisseur personnel. Je me retrouvai seule dans l'appartement silencieux, hantée par la marque et le souvenir de son odeur sur lui. La déchirure dans mon être ne cessait de s'élargir, me rappelant à chaque instant la trahison.
Puis, une clarté brutale. Le passé s'éclaira d'un coup.
Il y a trois semaines. La nuit où Damien m'avait dit devoir se rendre à la frontière pour une urgence, ne revenant que le lendemain matin. J'avais passé la nuit à me tordre de douleur dans notre lit, notre lien s'étirant et se déchirant en lambeaux. Je m'étais demandé si je n'étais pas malade, si ce n'était pas moi qui étais en train de mourir. J'avais imaginé le pire pour lui, frissonnant à l'idée qu'il soit blessé. Quand il était revenu, soulagée, je ne l'avais pas serré assez fort, trop épuisée, trop préoccupée par ma propre souffrance inexpliquée.
Son retour avait laissé une marque : l'odeur persistante d'une herbe rare, la Luna Nox, que je n'avais jamais sentie que lors des rituels de marquage les plus sacrés. Je l'avais interrogé à ce sujet, il avait balbutié des excuses sur un passage accidentel près d'une clairière. J'avais cru son mensonge, son tissu d'excuses. J'avais fait confiance.
Je n'aurais jamais pu imaginer qu'il me trahirait. Jamais.
Et maintenant, je savais. Il avait marqué Laurine cette nuit-là. Il m'avait trahie pendant que je me souciais de lui, comme une idiote.
Au lever du soleil, un email crypté atterrit dans ma boîte de réception. Il provenait d'une organisation professionnelle, l'Institut de Recherche Olfactive de pointe en Suisse, une invitation à diriger un laboratoire de recherche sur des composés botaniques rares. L'opportunité d'une vie, le rêve que j'avais chéri depuis toujours. C'était leur plus grand honneur, une plateforme pour les guérisseurs de mon calibre. Sept jours pour répondre.
Je fixai l'écran, le cœur battant. C'était mon rêve. Et c'était ma seule porte de sortie.
Alors que j'étais en train de faire mes valises, Damien entra dans la chambre.
« Qu'est-ce que tu fais ? » Sa voix était tendue.
Je ne levai pas les yeux. « Je range mes herbes. Je ne veux pas déranger ta nouvelle invitée. »
« Alise, parlons. »
« Il n'y a rien à dire, Damien. » Je me redressai, le fixant. « La cérémonie est annulée. »
Son visage devint livide. « Tu ne peux pas faire ça ! »
« Oh, si, je le peux. » Je continuai à plier une robe. « Je ne me lierai pas à un homme qui a marqué une autre femme. »
Il se précipita, me saisissant le bras. « Ce n'est que temporaire, Alise ! Dans un mois, la marque disparaîtra ! »
Je me dégageai de son emprise. « Et tu penses que je te croirai à nouveau ? »
Une lueur de douleur passa dans ses yeux. « Sa vie était en danger, Alise. Je ne pouvais pas ne rien faire. »
« Parce que tu lui devais ça ? » Je le pressai, une question brûlante sur mes lèvres. « Qu'est-ce que tu lui dois vraiment, Damien ? »
Il resta silencieux, les lèvres serrées.
« Si tu ne me dis pas, il n'y a rien à dire. » Je me dirigeai vers la porte.
« Alise ! » Il s'écria, se jetant à mes pieds, à genoux. « S'il te plaît, ne fais pas ça. Donne-moi un mois. Un mois à partir de la cérémonie, et je jure que je ferai une cérémonie grandiose, juste pour nous. »
Je le regardai, agenouillé, et je ne ressentis aucune pitié, seulement l'absurdité et l'injustice. Cinq ans. Cinq ans de vie, un destin que nous étions censés embrasser ensemble, gâchés par un mensonge. Une hésitation.
L'ascenseur s'ouvrit. Laurine. Elle nous vit, et un sourire triomphant éclaira son visage.
Elle s'approcha de moi, me tendant un dossier. « Alise, ma chère, pourriez-vous jeter un œil à mes rapports médicaux ? » Sa voix était douce, presque innocente. « L'énergie de Damien m'a fait beaucoup de bien, mais il y a eu un petit effet secondaire inattendu. »
Je pris le dossier. Mes yeux de guérisseuse parcoururent les données. Mon souffle se coupa.
Six semaines.
Elle était enceinte de six semaines.
La marque avait été faite il y a seulement trois semaines.
Je relevai les yeux, mes pupilles dilatées, et lui tendis le rapport froidement. « Toutes mes félicitations, Damien. » Mon ton était glacial. « L'effet secondaire a commencé bien avant la marque. »
Je ne lui laissai pas le temps de répondre, ni de voir le choc et la confusion sur son visage. Je me précipitai dans ma chambre.
Sur mon calendrier, la date de la cérémonie. Je levai mon stylo, mais au lieu d'un cœur, je traçai une croix. C'était la date de mon départ. Treize jours.
Je m'assis devant mon ordinateur, le curseur clignotant. Je cliquai sur « Répondre ». « J'accepte. »
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