
L'année sombre
Chapitre 3
Dimanche 5 septembre
« Trois hommes »
Les cheveux courts et bruns, une carrure fine comme une aiguille, mais forte comme une épée, on entendait son rire résonner comme une douce mélodie tout le long du couloir. Un son délicieux et agréable pour l’homme aux cheveux châtains qui écoutait cette mélodie en rythme avec les battements de son cœur qui venaient tout juste de se synchroniser à la même fréquence que ses gloussements. Sa peau était douce et naturellement surplombée d’un léger bronzage, sans aucune forme de pilosité excessive, on aurait dit un être pur et innocent.
Non loin l’un de l’autre, à seulement quelques chambres, les deux jeunes amis, l’homme aux cheveux bruns et celui aux cheveux châtains, se retrouvaient après une longue période sans aucune prise de contact, deux mois s’étaient écoulés depuis leur dernière rencontre. Mais dans un regard si profond, se restituait la même passion, le même désir, la même flamme. Nourris par la pudeur et l’ignorance, les échanges restaient tout de même secs, cependant légèrement provocateurs. Un simple mortel s’approchant d’une divinité, cette dernière semblait l’accueillir auprès d’elle dans ses draps de soie et d’or au creux de son cœur
En ce jour, les choses étaient différentes. Il n’était plus question d’une simple amitié, entre ces deux hommes, un manque s’était créé durant la silencieuse période. Ils se regardaient avec passion, amour et folie. Mais jamais le demi-dieu n’aurait quitté son partenaire divin aux cheveux d’or pour un simple mortel. Ils restaient là alors, côte à côte sans s’avouer l’un à l’autre que Morphée avait implanté dans l’esprit de chacun une triste vérité qui allait détruire la vie d’un des deux hommes. Au moment de se quitter, un infime contact entre les deux mains des compères déclencha une minuscule tension électrique. Là, au-dessus du seuil de la porte du dieu, le temps venait de s’arrêter et sans se regarder l’agréable douleur de la décharge électrique, produite par le contact entre leur doigt, délivrait une multitude de sentiments entre les deux prisons charnelles. Pour la première fois depuis des mois ils se contemplaient en ce moment si singulier comme des égaux.
De l’autre côté du miroir, bercé par le chant des corbeaux le prince aux cheveux d’or retirait son masque. Dans la noirceur du coton sali par le maquillage, il s’admirait attentivement pour contempler comme chaque soir, sa réussite. Il était fier et confiant. Le regard droit dans cette sublime glace aux décorations d’or blanc et d’argent, son visage respirait enfin à l’air libre, personne ne pouvait voir ce qu’il se cachait sous cette mascarade de peinture
Une fois dans son lit, le monde de l’imaginaire prit le dessus. Cette dame en robe noire comme l’ébène, demeurait là juste devant lui, le regardant avec un air ahuri avant de lui sauter dessus et de dévorer son âme ou du moins ce qu’il en restait. Un retour brutal à la réalité.
Un calme plat était tombé sur cette petite province du sud de la France, laissant place à une triste bruine annonçant la descente des dieux. Peut-être allaient-ils simplement quitter l’Olympe et rejoindre la terre pour vivre comme des mortels ou alors les anges seraient, dans un avenir proche, déchus. Seule l’œuvre du temps aurait pu le prédire à cette date-là. Dans son lit, l’homme serein aux cheveux châtain clair s’agitait instinctivement. Au plus profond de ses rêves, de vieux souvenirs hantaient sa nuit.
Je me souviens de ce jour où le ciel était gris et le fond de l’air humide. C’est alors que sa main se claqua contre mon visage, et dans le bruit sourd de la gifle il cria : « tu la mérites. »
Puis, une seconde vint résonner une fois de plus dans ma tête, suivie de la phrase : « et celle-là aussi ! »
Enfin, dans la troisième claque, mon esprit quitta ce monde et à ce moment-là, je voyageais dans l’univers du surréalisme là où la douleur et le froid n’existent pas.
C’est alors que je me suis écroulé par terre et que j’entendais encore les sons des autres claques suivis de leurs reproches. Du sol on pouvait y voir ses jambes et sa main qui va et vient. À ce moment-là, il a brisé mon âme. Je me suis relevé avec seulement la joue rosée, et une larme qui coulait doucement avant de tomber pour rejoindre les éclats de mon esprit.
Depuis ce jour, la caresse d’une main, les marques sur le corps me rappellent ce dont nous sommes capables par le choix de la facilité.
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