
L'Amour Trahi, La Vengeance D'Aline
Chapitre 3
Neuf jours avant mon départ.
Je ne peux pas rester enfermée dans cette maison, à attendre. J'ai besoin d'argent, juste assez pour tenir jusqu'à mon arrivée en Guyane. Le peu que j'avais a disparu. Mes parents ont probablement "géré" mes comptes.
Je sors tôt le matin. Paris est gris et humide. Je marche, ignorant les regards curieux sur ma démarche hésitante. Je finis par trouver un petit café qui cherche une serveuse pour quelques jours. Le patron, un homme bourru au grand cœur, ne pose pas de questions. Il voit juste une femme qui a besoin de travailler.
« Tu peux commencer tout de suite. Le service du midi va être chargé. »
Je passe la journée à courir entre les tables, à prendre des commandes, à servir des cafés. Le travail est dur, physique. Ma jambe me lance, mais la douleur me rappelle que je suis vivante, que je suis libre.
Le soir, je rentre à la demeure des Fuchs, épuisée. Je gagne ma chambre sans croiser personne. C'est mieux ainsi.
Le lendemain, alors que je suis en pleine heure de pointe, la cloche de la porte du café tinte. Je me retourne, un carnet à la main.
C'est Raphaël.
Il me regarde, abasourdi. Il ne s'attendait pas à me trouver ici, dans ce modeste café, avec un tablier sale. Son regard balaie la salle, comme s'il avait honte d'être vu dans un endroit pareil.
« Aline ? Qu'est-ce que tu fais ici ? »
« Je travaille. »
Il s'approche de ma table. « Tu n'as pas besoin de faire ça. Tu aurais pu me demander de l'argent. »
« Je n'ai pas besoin de ta pitié, Raphaël. »
Il a l'air blessé. Il sort une petite boîte de sa poche.
« Je... J'ai réalisé hier que c'était aussi ton anniversaire. Je suis désolé, j'ai oublié. Je t'ai acheté ça. »
Il ouvre la boîte. C'est un gâteau miniature, un opéra, mon préféré. Ou plutôt, celui que je préférais avant. Avant lui. Avant tout.
Un souvenir me revient. Il y a des années, Raphaël a eu besoin d'une greffe de moelle osseuse. Leucémie. C'était grave. Moi, j'étais compatible. Personne ne le savait, sauf le médecin de famille, un homme de confiance que j'avais supplié de garder le secret. Je ne voulais pas que ma famille m'accuse de vouloir les "acheter" avec ce don. Je l'ai fait, anonymement. L'opération a été un succès.
Mais Dalie, apprenant que j'étais potentiellement compatible, a vu une opportunité. Elle a soudoyé le médecin, falsifié les dossiers et fait croire à tout le monde, y compris à Raphaël, que c'était elle la donneuse. Elle est devenue son héroïne, celle qui lui a sauvé la vie. C'est à ce moment-là que Raphaël a commencé à la voir différemment. C'est ce mensonge qui a scellé mon destin.
Il me tend le gâteau. « C'est ton préféré, non ? »
Je le regarde, puis je regarde le gâteau. Mon estomac se noue.
« Je n'aime plus l'opéra. »
Son sourire s'efface. Il ne comprend pas. Pour lui, je suis toujours la même Aline, celle qu'il a mise en cage.
Je lui tourne le dos et vais prendre la commande d'une autre table. Je l'entends soupirer.
Soudain, son téléphone sonne. Il répond. Son visage se crispe.
« Quoi ? Dalie ? Qu'est-ce qui se passe ? J'arrive tout de suite ! »
Il raccroche et se précipite vers moi.
« C'est Dalie. Elle a encore fait une crise. Elle est à l'hôpital. Je dois y aller. »
Il n'attend même pas ma réponse. Il court hors du café, laissant la petite boîte avec le gâteau sur la table.
Quelques minutes plus tard, mon propre téléphone vibre. C'est un flash info d'un site people.
"Dalie Fuchs, la fiancée du magnat du luxe Raphaël Couture, a tenté de se suicider en se jetant dans la Seine. Elle a été sauvée de justesse. Selon des sources proches, elle souffrirait d'une grave dépression suite au retour de sa sœur, une ex-détenue."
Je regarde la photo qui accompagne l'article. Dalie, enveloppée dans une couverture, l'air fragile et terrifiée, dans les bras d'un Raphaël protecteur.
Quelle comédie. Elle n'a même pas les cheveux mouillés.
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