
L'Amour Perdu, le Pouvoir Retrouvé
Chapitre 3
Ma sœur cadette, Chloé, est entrée dans la chambre, un uniforme de cuisine propre plié sur son bras.
"Amélie, dépêche-toi ! On va être en retard. C'est le grand jour !"
Son visage était un mélange d'excitation et de nervosité. Dans ma vie précédente, sa présence m'avait rassurée. Aujourd'hui, elle me rappelait à quel point nous étions vulnérables.
J'ai enfilé l'uniforme. Le tissu était rêche contre ma peau, un rappel brutal de la réalité. Ce n'était pas un rêve.
"Tu penses que l'un des grands chefs va nous remarquer ?" a demandé Chloé, ses yeux brillant d'espoir.
"Peut-être," ai-je répondu d'une voix neutre.
Mon regard balayait la cour bondée. Tous les jeunes talents de Paris étaient là. Et au centre, sur une estrade, se tenaient les mentors. Les chefs des grandes familles culinaires.
Et parmi eux, Louis.
Il était exactement comme dans mon souvenir, séduisant, confiant, le centre de l'attention. Nos regards se sont croisés une fraction de seconde. J'ai soutenu son regard, laissant ma haine affleurer, froide et pure.
À ses côtés, Sophie observait la foule avec un air d'ennui aristocratique. Elle n'était pas candidate, elle faisait déjà partie du cercle du pouvoir.
Puis, mon cœur a cessé de battre.
Sophie a fait un geste vers un jeune garçon qui se tenait timidement derrière elle. Un garçon aux mêmes yeux, au même visage que mon Léo.
Il portait un costume cher, pas un uniforme de cuisinier.
"Léo, tiens-toi droit," a dit Sophie d'un ton sec.
Quelqu'un à côté de moi a chuchoté : "C'est le petit frère de Sophie, l'héritier de la famille De Ronsard. On dit qu'il a un palais exceptionnel."
Mon Léo. Mon fils. Dans cette nouvelle vie, il n'était même pas l'enfant de Louis. Il était le frère de ma rivale. La cruauté du destin était d'une ironie amère. Il était là, à quelques mètres, mais il était un étranger. Un étranger qui, dans une autre vie, m'avait poignardée en plein cœur.
Le père de Louis, un homme imposant à l'aura glaciale, s'est avancé au centre de l'estrade. Il a tapoté le micro.
"Bienvenue à la Sélection annuelle," a-t-il commencé, sa voix résonnant dans la cour. "Comme vous le savez, notre monde est gouverné par le talent. Un talent qui se transmet par le sang. Les grandes familles culinaires ont le devoir de préserver et de renforcer leurs lignées."
Il a fait un geste vers les jeunes candidats.
"Certains d'entre vous sont ici pour prouver leur valeur et, peut-être, intégrer l'une de nos familles par le biais d'un apprentissage, qui peut mener à un mariage. D'autres," son regard s'est posé sur un groupe de jeunes gens richement vêtus, dont Sophie, "sont ici pour choisir."
Il a expliqué les règles, que je connaissais par cœur. Les héritiers des grandes familles choisissaient un apprenti parmi les candidats. Ce choix était un engagement, un lien quasi sacré.
"Cette année, mon fils Louis et sa cousine Sophie feront leur premier choix en tant que mentors de la nouvelle génération."
Tous les regards se sont tournés vers eux.
Louis a pris le micro. Son sourire était charmeur, mais ses yeux... quand ils ont de nouveau balayé la foule, ils se sont arrêtés sur moi.
Et j'ai vu quelque chose qui a glacé mes os.
Une lueur de reconnaissance.
Une lueur de malice.
Il se souvenait.
Ce n'était pas possible. J'étais la seule à être revenue. C'était mon avantage, ma seule arme.
Mais ce regard ne mentait pas. Il savait. Il savait qui j'étais, ce qu'il m'avait fait, et il se tenait là, sur cette estrade, avec tout le pouvoir du monde entre ses mains.
Le jeu venait de changer. Ce n'était plus ma quête de vengeance contre des ennemis ignorants. C'était une guerre entre deux âmes qui se souvenaient de tout.
"Nous allons commencer," a annoncé Louis, son sourire s'élargissant en me fixant. "J'ai déjà une idée très précise de la personne que je vais choisir."
Chloé, à côté de moi, a frissonné d'excitation.
"Il te regarde, Amélie !" a-t-elle murmuré. "Imagine s'il te choisissait !"
Oui, imagine.
Dans ma vie passée, il m'avait choisie et m'avait détruite.
Cette fois, je savais que son choix serait une nouvelle forme de torture, encore plus raffinée, encore plus cruelle.
Je me tenais droite, le menton levé. J'étais une candidate "libre", sans nom, sans soutien. La proie parfaite.
Mais je n'étais plus la jeune fille naïve et amoureuse. J'étais une femme qui avait tout perdu et qui n'avait plus rien à perdre.
Qu'il vienne. J'étais prête.
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