
L'amour n'est pas pour nous
Chapitre 3
Je poussai l'énième soupir de la journée et les regardai dans les yeux à tour de rôle. Eux non plus ne me lâchaient pas du regard et s'assirent près de moi. Sara se plaça gentiment à côté de moi et me prit dans ses bras. Elle caressait gentiment mes cheveux et je fermai les yeux pour me concentrer sur la musique qui était en train de passer. Soudain je me sentis tomber sur le bitume et mes écouteurs se détachaient de mes oreilles. Quand j'ouvris mes yeux je découvris avec surprise Aloïs devant notre petite bande avec mon MP3 dans les mains. Sara m'avait lâché sans pouvoir résister à la force herculéenne de son bourreau et Aloïs me regardait avec un sourire en coin placardé sur sa bouche, il porta une de mes oreillettes à son oreille gauche et se moqua de plus belle
-Comme je me l'imaginais, une musique de looser. Je le regardais sans pouvoir rien faire, ma rage de tout à l'heure s'était dissipée et je ne savais plus comment réagir. Ses magnifiques yeux émeraudes me transperçaient et me mettaient à nu. Je ne cessai de le regarder et de me noyer dans son regard. James se leva alors et essaya de reprendre mon appareil en vain, il se fit cependant éjecter et se retrouva allongé sur le bitume avec quelques bleus. Mes yeux virent à nouveau rouge et je me jetai littéralement sur Aloïs, nous tombâmes à la renverse et je lui crachai à la gueule
-Combien de fois je vais te demander de ne pas toucher à mes amis? Il me regarda de travers et se releva sans dire un mot, il leva la main et quand je pensai qu'il allait me frapper il explosa mon MP3 sur le sol qu'il écrasa encore de son pied. Mon appareil et mes écouteurs étaient complètement broyés, je regardai ce qui restait de mon lecteur s'éparpiller sur le sol, bouche-bée. Quand nos regards se croisèrent de nouveau, il me lança un regard pleins d'émotions que je n'arrivais plus à décrypter : haine, pitié, douleur, mépris, dégoût… Je ne savais plus où me mettre, je n'arrivais plus à réfléchir correctement, il s'essuya le visage et se tourna pour marcher dans la direction opposée. Il ne riposta pas, il ne m'injuria pas, il ne parla pas, il se contentait de nous tourner le dos et partir: Je ne comprenais rien. Aloïs avait toujours détesté se faire humilier alors pourquoi il s'en allait en laissant sa fierté tomber avec la salive que je lui avais craché au visage? Je le regardais s'en aller et s'arrêter à la hauteur d'un de ses amis avec qui il se dirigea à l'intérieur du campus. J'étais complètement abasourdi et mes amis aussi. Je me retournai pour leur faire face et Sara soupira doucement. -Je ne sais vraiment pas pourquoi tu cherches ta mort comme ça, me dit-elle désespérée
-Je ne comptais pas le laisser frapper encore James tu sais très bien que déjà tout à l'heure... -C'est gentil de t'inquiéter pour nous, m'interrompit-elle, mais tu connais Aloïs, s'il ne fait rien aujourd'hui ce n'est pas parce qu'il a peur ou quoi que ce soit il n'oublie jamais rien et est très rancunier, c'est une putain de bombe à retardement alors fais gaffe à tes fesses. Je regardai tout le monde et dans leurs yeux c'était la même inquiétude, je soupirai encore une fois et jetai un regard une fois de plus à mes appareils sur le sol, en pensant que j'étais obligé de m'en racheter. Mes pensées se concentrèrent rapidement sur Aloïs, je n'avais pas envie de lui faire la guerre, je ne voulais pas non plus qu'il me déteste mais le mal était déjà fait... J'avais déjà perdu espoir il y a fort longtemps et j'avais déjà arrêté de penser qu'un jour, une quelconque relation pourrait se construire entre nous deux mais là j'avais vraiment la confirmation que tout ceci était impossible. C'était clairement un amour impossible. La fin de la journée arriva très rapidement et l'heure de colle qui m'attendait ne m'enchantait pas vraiment. Je vis plusieurs fois Aloïs traîner dans les couloirs, s'activant à une tâche qui m'était inconnue. Ceci m'inquiétait énormément, surtout après les altercations de cette journée. Après avoir salué mes amis, je me dirigeai nonchalamment vers ma salle de retenue. Je m'arrêtai net devant celle-ci, appréhendant ces quelques heures que je passerai avec mon plus que "coup de coeur". Perdue dans mes pensées, je ne me réveillai que lorsque Aloïs passa devant moi, m'ignorant royalement et me dominant de toute sa longueur. Il entra calmement dans la salle de classe et je le suivis quelques minutes plus tard. A mon plus grand étonnement il ne s'assit pas au fond de la salle, pour écouter la musique ou autre, il prit place à l'une des premières tables et semblait attendre la venue du prof patiemment et calmement. Son comportement m'intriguait et je ne cessais de le regarder, le scrutant, l'analysant pour trouver ne serait-ce qu'une seule chose qui pourrait justifier son attitude. Je ne pensais même plus à m'asseoir à ce moment là, il me regarda donc et souffla exaspéré :
-Tu viens t'asseoir ou bien tu continues de me mater comme ça? Je ne lui répondis pas, trop intriguée du fait qu'il ait pu m'adresser la parole sans m'insulter ou être grossier. Je continuai de le regarder avec de gros yeux. Finalement, vraiment agacé, il détourna le regard et se concentra sur son téléphone laissant mon esprit se perdre dans son âme. Le surveillant arriva finalement et m'intima l'ordre de m'asseoir, ce que je fis immédiatement, les joues en feu, rougies par la honte et l'embarras. Je me rendis à peine compte qu'il y'avait quelques minutes je fixais Aloïs, le dévorant littéralement des yeux et je ne me suis même pas pris un coup de poing, ni même une insulte : rien du tout. -Bien, vous rattraperez donc ce cours avec moi et je vous préviens vous n'avez pas intérêt à bavarder. Rangez donc immédiatement vos portables et suivez-moi. A notre plus grand étonnement, Aloïs ne contesta même pas la décision du surveillant. Il rangea tranquillement son téléphone et lui porta toute son attention. Durant tout le cours je ne m'arrêtais pas de le regarder, de l'espionner du coin de l'œil, me délectant de chacun de ses gestes, du fait qu'il passe sa main dans ses cheveux en passant par son tic favori : il se mordait sensuellement la lèvre inférieure et plissait négligemment ses yeux pour montrer son effort de concentration. J'observais tout, tel une obsédée ne pouvant détacher mon attention de l'être le plus parfait que l'univers ait mis sur mon chemin. La fin de la retenue arriva finalement et le prof sortit sans demander son reste, fatigué d'avoir dû me faire sortir de mes rêveries et de mes contemplations tout le long du cours sans pour autant que je ne récidive. Je ne pus donc que montrer mon mécontentement lorsque l'heure se finit à une vitesse affolante, ne pouvant plus exercer mon passe-temps favori, soit mâter Aloïs. On sortit donc tous les deux en même temps de la classe. Par contre, il me plaqua violemment contre le mur et me regarda dans les yeux d'un regard qui se voulait intriguant. -Ne crois pas que je n'ai pas remarqué ton petit manège en classe. -De... Quoi tu parles? -Je parle du fait que tu me matais comme une prostituée tout à l'heure en classe. Je rougis immédiatement, ne sachant pas quoi lui répondre, gênée par le fait qu'il m'ait surpris entrain de le dévorer du regard. Il me regardait toujours aussi intensément et sur le coup, je me sentais de plus en plus fondre, sous l'effet des flammes ardentes qu'était son regard. -Je te préviens tout de suite, je ne suis pas intéressé par toi. T'es vraiment qu'une idiote si tu penses que ça pourrait un jour être le cas. Tu ne vaut absolument rien alors je préfère te prévenir : arrête immédiatement tes sales manies, ça me file la gerbe. Me sentir observer par une fille sexy c'est le comble mais ton regard me donne envie de vomir alors sache que la prochaine fois que je te surprends à me mater de la sorte je te défigure. Il s'écarta alors rapidement de moi et disparu dans la nuit, je me contentais de regarder droit devant moi, à l'endroit où il s'était tenu quelques minutes plus tôt ne comprenant toujours pas la situation. J'étais paralysée et je ne savais plus quoi faire, j'essayais de reprendre mon souffle mais je n'y arrivais pas. Mes poumons s'étaient mis à pomper l'air trois fois plus vite et mon cœur était finalement descendu dans mon estomac et je n'allais pas tarder à l'évacuer à l'aide de mes fesses rebondies. En gros, il venait de me mettre en garde? Son côté calme n'avait pas mis long feu. En quelque temps il était redevenu comme d'habitude, je soufflais légèrement et baissais le regard sur mes baskets, assez honteuse, je pensais au fait que je doive rapidement retourner chez moi mais je ne bougeais pas pour autant. Mes pieds étaient figés à cet endroit, mon cerveau ne cessait de repasser en boucle ce moment.
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