
L'Amour Face au Piège
Chapitre 2
La première fois que j'ai revu Louis Beaumont, c'était cinq ans après notre rupture.
Le grand écran dans la salle de conférence projetait les détails d'une acquisition d'entreprise. J'étais assise à la longue table, mes notes parfaitement alignées devant moi. J'étais Amélie Dubois, une avocate respectée du cabinet Moreau & Associés.
La porte s'est ouverte.
Mon patron, Maître Moreau, s'est levé avec un grand sourire.
« Monsieur Beaumont, soyez le bienvenu. »
J'ai levé les yeux, et mon stylo a failli me glisser des doigts.
Louis Beaumont était là. Plus grand, plus imposant qu'avant. Son costume sur mesure était impeccable, son visage plus dur, plus froid. Il n'était plus le jeune homme que j'avais connu, mais un homme d'affaires puissant, dont le nom faisait la une des magazines économiques.
Et il n'était pas seul.
À ses côtés se tenait Chloé Martin. Elle portait une robe blanche, simple et élégante. Elle lui a souri, un sourire doux et confiant, le genre de sourire qu'une femme réserve à l'homme qui lui appartient. Sa main reposait légèrement sur son bras.
Un geste possessif, mais discret.
Mon cœur s'est serré. J'ai baissé les yeux sur mes dossiers, feignant une concentration absolue. Cinq ans. Cinq ans que j'avais tout fait pour l'oublier, pour construire une nouvelle vie, loin de lui, loin de ce monde.
Et maintenant, il était là.
« Maître Dubois est notre meilleure avocate en droit des sociétés, » a déclaré Maître Moreau, me désignant d'un geste de la main. « Elle s'occupera de votre dossier. »
Louis a tourné son regard vers moi. Ses yeux étaient sombres, indéchiffrables. Pas de surprise, pas de reconnaissance. Juste un froid glacial.
« Bien, » a-t-il dit, d'une voix qui ne trahissait aucune émotion.
La réunion a commencé. J'ai parlé, j'ai argumenté, j'ai exposé les points juridiques. Ma voix était stable, professionnelle. Personne n'aurait pu deviner la tempête qui faisait rage en moi. Chaque fois que je levais les yeux, je voyais Chloé le regarder avec adoration, lui murmurer des choses à l'oreille.
Ils formaient un couple parfait. C'est ce que tout le monde disait à l'époque, et c'était encore vrai aujourd'hui.
À la fin de la réunion, Maître Moreau, ravi, a raccompagné nos clients. Je suis restée dans la salle, le temps que mes mains arrêtent de trembler.
Quand mon patron est revenu, son visage rayonnait.
« C'est un contrat énorme, Amélie ! L'entreprise de Chloé Martin est au bord de la faillite, et Beaumont Tech la rachète. Mais il y a des complications, des actionnaires récalcitrants. Ils ont besoin de la meilleure. C'est toi. »
J'ai fermé mon dossier, le bruit sec résonnant dans le silence.
« Je ne peux pas, Maître Moreau. »
Son sourire s'est effacé.
« Comment ça, tu ne peux pas ? C'est une opportunité en or. »
« Donnez ce dossier à quelqu'un d'autre. N'importe qui. Mais pas moi. »
Je me suis levée, prête à partir. Je ne pouvais pas faire ça. Je ne pouvais pas passer mes journées à travailler pour lui, à la voir, elle, à ses côtés.
Alors que je passais la porte, j'ai entendu la voix douce de Chloé dans le couloir.
« Elle n'a pas l'air très professionnelle, Louis. Peut-être devrions-nous demander un autre avocat ? »
J'ai senti le mépris dans ses mots. J'ai serré les poings, mes ongles s'enfonçant dans mes paumes. J'ai continué à marcher sans me retourner.
La solitude de mon bureau m'a enveloppée. La ville s'étendait sous mes fenêtres, mais je ne la voyais pas. Je ne voyais que son visage, ses yeux froids.
Maître Moreau est entré sans frapper.
« Amélie, qu'est-ce qui se passe ? Tu n'as jamais refusé un dossier. »
J'ai hésité. Je ne parlais jamais de mon passé.
« Louis Beaumont, » ai-je dit, ma voix à peine un murmure. « C'est mon ex. »
Mon patron m'a regardée, stupéfait.
« L'homme le plus riche de la ville est ton ex ? Et tu ne m'as jamais rien dit ? »
« C'est une histoire compliquée. Et terminée. Je ne veux pas le revoir. Surtout pas avec elle. »
Il a soupiré, passant une main dans ses cheveux.
« Je comprends. Mais c'est Louis Beaumont lui-même qui a insisté pour que ce soit toi. Il a dit qu'on lui avait parlé de la 'meilleure avocate de la ville' et qu'il voulait toi, et personne d'autre. »
Mon sang s'est glacé. Lui ? Il avait insisté ? Pourquoi ? Pour m'humilier ? Pour me montrer ce que j'avais perdu ?
Je me suis assise, un sentiment d'impuissance m'envahissant. J'avais fui pendant cinq ans. J'avais construit des murs si hauts autour de mon cœur. Et en une seule journée, il les avait tous fait s'effondrer.
Je savais ce que cela signifiait. Nous étions désormais adversaires. Et dans ce jeu, il avait toujours été plus fort que moi.
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