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Couverture du roman L'amour est au fond du cœur

L'amour est au fond du cœur

Lucianna feint une existence idyllique entre ses études et un compagnon en apparence dévoué. Pourtant, elle endure un calvaire secret depuis deux ans. Son petit-ami est un tortionnaire qui la brise cruellement, usant d'un chantage ignoble : si elle s'enfuit, sa petite sœur subira son sort. Prête au sacrifice pour protéger les siens, Lucianna voit sa résistance s'étioler, jusqu'au jour où elle croise Zac, un escort boy au regard magnétique capable de tout changer.
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Chapitre 2

-         Hey Zac, mec, tu m’entends ?

-         Oui excuse-moi vieux. J’étais ailleurs…

-          Comme d’hab en ce moment mon frère!

J’adore Erwin, vraiment. Mais c’est vrai qu’en ce moment je ne suis plus trop sur la même longueur d’onde que lui. Ce n’est pas vraiment mon frère. Disons qu’on se connaît depuis qu’on est gosses.

Nos parents sont voisins, alors on a fréquenté les mêmes jardins d’enfants, les mêmes classes, les mêmes clubs de sport, les mêmes boîtes, les mêmes filles et les mêmes commissariats.

Aujourd’hui nous voilà assis sur le même banc de la même université. Non, Erwin n’est pas mon frère, il est bien plus que ça. On partage tout depuis toujours, même notre chambre sur ce campus.

Mon portable vibre dans ma poche. C’est reparti. Un nouveau numéro pour un nouveau rendez-vous.

– Encore ta copine ?

– Tu parles de celle qui n’existe que dans ta tête ?

– Vu que tu refuses de me dire d’où viennent ces messages, soit c’est ça, soit t’es un espion à la solde du gouvernement !

– Merde tu m’as démasqué ! Va falloir que je te tue maintenant !

– Ouais c’est ça ! Allez Bond je te laisse, j’ai cours moi. Y en a qui bossent ici. Garde donc ton précieux petit secret !

Je le regarde s’éloigner le cœur serré. Bien sûr, ça me fait mal de lui mentir ainsi. Mais que dire ?

– Hey Erwin, mon pote ! Tu sais, mon père n’est pas parti à l’étranger plusieurs mois pour son boulot, non en fait je l’ai foutu dehors après qu’il a battu ma mère. Enfoiré d’alcoolique. Du coup, je me retrouve sans argent. Il a fallu que je trouve un revenu conséquent au plus vite pour ne pas inquiéter ma mère et pour continuer mes études hors de prix. La seule solution que j’ai trouvée, c’est de faire la pute.

Ne faites pas cette tête. Oui je m’appelle Zac, j’ai 24 ans et je suis une pute. C’est le terme qui vous dérange ? Vous préféreriez gigolo, escort boy ? Une pute est une pute, homme ou femme.

Mais je fais dans le contemporain. Je suis une pute sur catalogue. Comme une robe qu’on veut s’offrir. On peut choisir la couleur, la taille, la forme et même les accessoires qui vont avec.

Je suis remonté dans notre chambre.

Erwin a encore laissé traîner ses affaires partout mais je ne peux m’empêcher de sourire. Ce bordel, c’est quelque chose de connu et j’apprécie tout ce foutoir finalement, il me rassure. Rien à voir avec l’appartement branché où j’ai passé la nuit dernière.

Bordel, ces quinquagénaires qui ne savent plus quoi faire de leur pognon. Elles ont un intérieur parfait, une maison dans les Hamptons, un coach sportif, une carte au country club et quand il leur manque le grand frisson, elles font appel à nous.

J’ai besoin de dormir. J’ai passé toute la nuit dans son immense appartement et cette nympho en voulait pour son argent.

Bordel ça me dégoûte.

Je ferme les yeux, serre les poings et tente de sombrer. Quel con. Ça fait des semaines que je ne dors pas. Pas vraiment en tout cas. Et de toute façon je dois répondre à ce putain de message.

J’appelle ma boss.

– Salut trésor, comment tu vas ?

– Salut Jena. T’as un nouveau plan pour moi ?

–Affirmatif. Et je vais bien, merci ! Si tu n’étais pas aussi beau gosse, je te virerais !

– C’est ça ouais.

Je sais qu’elle plaisante. Elle sait comment je suis. Les conditions ont été très claires entre nous.

Pas de photos de mon visage sur le site, pas de plan dans ma zone de résidence et jamais de mecs. Je me force déjà avec les femmes, alors que je suis hétéro, mais je ne pourrais pas me forcer avec un homme. Aucun désir, jamais.

– On t’a attribué selon critères.

– Merde. Tu sais que je préfère quand on me choisit vraiment.

– Ne stresse pas, Zac. Tu n’as jamais déçu une cliente, ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer. Elle a pris le forfait diamant.

– Sans me connaître ?

– Ni échangé, ni remboursé ! Alors ne me déçois pas et dépêche-toi de la contacter.

– À plus Jena.

Je m’assois sur mon lit et me passe les mains sur le visage. Putain, le forfait diamant, carrément ? Fait chier. J’ai cru que ce truc n’était jamais pris. Ça veut dire que pendant trois semaines, je ne serai qu’à elle. Autant de temps qu’elle veut, quand elle veut. Pas d’autres clientes.

C’est flippant.

Si cette cliente est une maniaque du contrôle, ça craint. Je n’ai pas envie de me retrouver enfermé ou attaché dans un sous-sol.

Et merde. En même temps, avec ce qu’elle va me payer, je serai tranquille pour un mois minimum. Ça va me permettre de faire une pause et de me mettre à fond dans mes études. On ne devient pas médecin aussi facilement qu’on le croit…

Allez, quand faut y aller… Inutile de retarder les choses.

Je lui envoie un texto car c’est la préférence qu’elle a choisie. Bizarre. Souvent les clientes préfèrent que je les appelle directement. Enfin, je ne peux pas non plus prétendre tout connaître. Je suis encore un petit nouveau, après tout.

Dix-neuf heures vingt-cinq. J’attends patiemment en bas de l’immeuble, avachi sur ma moto.

Le bâtiment qui me surplombe est plutôt chic mais sans en faire des tonnes. C’est mon premier rendez-vous en dehors de l’hôtel. D’habitude c’est toujours là-bas que ça se passe.

Une fois que les clientes sont rassurées, elles nous invitent généralement chez elles. Peut-être qu’elle a déjà utilisé notre site. J’ai oublié de demander des précisions à Jena alors j’ai fourré quelques trucs dans mon sac au cas où.

Dix-neuf heures vingt-huit. Il est temps d’y aller.

Je sonne au 361. Personne ne répond mais la porte se déverrouille. Le hall est accueillant et il y flotte une douce odeur de vanille. C’est ça de vivre dans un quartier de riches.

Ne croyez pas que je me plaigne. Je n’ai jamais été malheureux. Mes parents ont toujours travaillé tous les deux, on avait une belle maison, simple mais belle. Mais près de chez nous vivent tous ces bourgeois avec leurs maisons parfaites, leurs pelouses parfaites et leurs gosses parfaits. Ils m’ont toujours foutu la gerbe et maintenant je bosse pour eux. Enfin, je baise pour eux serait plus exact.

Je prends les escaliers pour tenter de me recentrer. De toute façon les ascenseurs me foutent la trouille.

Dix-neuf heures trente. Appartement 361. Je frappe. Elle ouvre. Ce qui me surprend d’abord, c’est son âge. Bordel, on doit être de la même année ou pas très loin, en tout cas. C’est un choc. Jusqu’ici, mes clientes avaient toutes la cinquantaine minimum. Tout à coup, je me dis que je me suis trompé. Mais elle se pousse pour me laisser entrer. Et moi je reste là comme un con à la regarder. Elle lève le regard vers moi et ses yeux me frappent en plein cœur. J’y vois en premier un éclat de rage de vivre monumental, une volonté extrême. Mais en m’y plongeant, je vois une profonde souffrance, une détresse presque douloureuse à observer.

– Vous n’entrez pas ?

– Si, bien sûr.

Reprends-toi Zac. Bordel, qu’est-ce qui me prend d’agir comme un crétin ? Elle ferme la porte derrière moi et m’invite à entrer.

– Faites comme chez vous.

Sûr de toi mon pote. Sois sûr de toi. Je suis plus nerveux qu’à ma première passe. Et je ne comprends pas pourquoi. D’habitude je rentre, je demande ce qu’elle veut et on s’y met. Peut-être que c’est à cause de son âge. Peu importe, faut que je me remette sur les rails.

Allez ! J’inspire et expire calmement tout en enlevant mon blouson. Je le pose sur une chaise et regarde autour de moi. C’est un bel appartement, arrangé avec goût et en même temps très impersonnel. On se croirait dans un loft d’exposition. Pas de photos au mur, pas de bibelots. La seule chose qui dérange ce parfait environnement clinique, ce sont les piles de livres qui traînent ici et là. Alors que mes yeux tournent autour de la pièce, ils retombent sur elle. Qui m’observe. J’aimerais savoir à quoi elle pense. Sûrement à me chevaucher comme les autres. Pourtant, je ne vois pas de réelle excitation dans son regard. On dirait plutôt qu’elle me jauge. Peut-être que je ne lui plais pas.

Je m’avance vers elle et ramène une mèche de ses cheveux derrière ses oreilles. Elle ferme les yeux et frémit légèrement. Je l’attire dans mes bras et saisis son visage dans le creux de ma main. Je l’observe quelques minutes. Elle ne rouvre pas les yeux. Elle se concentre. Je ne sais pas sur quoi. Ses traits sont fins et elle est plutôt jolie. Pas un mannequin, non, une beauté plus simple, presque trop discrète. Je sens sous ma main posée sur sa hanche qu’elle a des rondeurs. Et je la trouve encore plus belle.

Je me penche vers elle et me mets à embrasser son menton. Doucement, très doucement. Je ne sais pas pourquoi mais je sens que c’est ce qu’elle attend. De la douceur. Elle tremble un peu dans mes bras, alors je la maintiens un peu plus fermement contre moi pour saisir sa bouche.

Soudain elle me repousse comme si une guêpe venait de la piquer.

– Non, ne faites pas ça.

Elle a mis un mètre entre nous et je me sens soudain très mal à l’aise. Merde, qu’est-ce qui m’a pris ? Ce n’est absolument pas censé se passer comme ça. Je ne suis pas supposé me jeter sur mes clientes. Sauf si elles le demandent, bien sûr. Elle n’avait sûrement pas envie de ça.

Putain, si ça se trouve, elle fait partie de celles qui ne veulent pas qu’on les embrasse sur la bouche. En général ça m’arrange. Trop d’intimité. Alors qu’est-ce qui m’a pris de vouloir l’embrasser ? De la désirer comme ça ? Ce n’est pas normal. Je n’ai jamais désiré aucune cliente. Pas de plaisir, juste le boulot.

– Pardonnez-moi, Lucianna. Je suis désolé.

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