
L'Amour Brisé, L'Enfant Sacrifié
Chapitre 3
« Calme-toi, Alexandre. On est là. On va s'occuper de tout. »
La voix de mon beau-père, Jean-Pierre, était grave mais ferme. Il m'a fait asseoir sur une chaise dans le couloir de l'hôpital, tandis que sa femme, Hélène, est allée parler aux médecins.
« On va faire transférer Léo dans la meilleure clinique privée de la ville. L'argent n'est pas un problème. On va payer pour tout. »
Je secouais la tête, incapable de parler. L'image de Léo, si petit et fragile dans ce grand lit blanc, était gravée dans mon esprit.
« Ce n'est pas juste une chute, » j'ai réussi à articuler. « Elle l'a envoyé là-bas pour le punir. Pour une montre. Et elle... elle est avec Marc. »
Le visage de Jean-Pierre s'est durci encore plus. Il a sorti son téléphone, a composé un numéro. J'ai compris qu'il appelait Sophie. Il a mis le haut-parleur.
« Sophie ? C'est papa. Où es-tu ? »
La voix de ma femme est arrivée, lointaine et agacée.
« Papa ? Qu'est-ce qui se passe ? Je suis occupée. »
« Ton fils est à l'hôpital. Dans le coma. »
Il y a eu un silence. Puis, sa voix a repris, plus froide que jamais.
« Je sais. L'école m'a appelée. C'est un accident. Il a toujours été maladroit. Il se relèvera. Il a besoin d'apprendre à être moins fragile. »
Je n'en croyais pas mes oreilles. Aucune inquiétude. Aucune tristesse. Juste une justification froide et distante.
« Tu ne viens pas ? » a demandé son père, sa voix tremblante de colère contenue.
« Je ne peux pas. Marc a besoin de moi. Et puis, je ne veux pas voir Alexandre. Il va encore faire une scène. Dites-lui de signer les papiers du divorce et de ne plus m'embêter. Léo est mon fils, je sais ce qui est bon pour lui. »
Elle a raccroché.
Jean-Pierre a fixé son téléphone, le visage blême.
« Je... je ne la reconnais plus. »
Je me suis levé, chancelant.
« Je vous en supplie, » ai-je répété, comme un disque rayé. « Aidez-moi à la faire sortir de nos vies. Je veux le divorce. Je veux la garde exclusive de Léo. Il ne doit plus jamais la revoir. Jamais. »
Hélène est revenue, le visage dévasté.
« Les médecins viennent de recevoir les résultats du scanner, » a-t-elle dit, la voix étranglée par les sanglots. « C'est... c'est très grave, Alexandre. »
Un médecin est arrivé derrière elle. Un homme d'une cinquantaine d'années, au regard fatigué et compatissant.
« Monsieur Dubois, je suis le docteur Martin, chef du service de neurologie. Je dois être honnête avec vous. L'état de votre fils est critique. »
Il a pris une profonde inspiration.
« Léo souffre d'un traumatisme crânien sévère avec un hématome sous-dural. Nous avons dû le placer en coma artificiel pour réduire la pression sur son cerveau. Les prochaines 48 heures sont cruciales. Il y a un risque élevé de séquelles permanentes. S'il se réveille... »
Il n'a pas terminé sa phrase, mais je comprenais. S'il se réveille.
Mes jambes ont cédé. Je me suis effondré sur le sol, le son de mes propres sanglots résonnant dans le couloir stérile.
Tout s'est brisé en moi. L'amour, l'espoir, la force. Il ne restait que la douleur, pure et insupportable.
Léo... Mon Léo. Il voulait devenir footballeur. Il dessinait des super-héros toute la journée. Il rêvait d'aller à Disneyland. Tous ces rêves, toute cette innocence, balayés par la cruauté de sa propre mère.
Elle lui avait pris son enfance. Elle était en train de lui prendre sa vie.
J'ai levé la tête vers le plafond blanc de l'hôpital, une rage folle montant en moi. Une rage contre Sophie, contre Marc, contre le monde entier.
« Prenez tout ce que j'ai ! » ai-je hurlé dans le couloir vide. « Prenez ma maison, mon argent, ma vie ! Mais rendez-moi mon fils ! Rendez-le-moi ! »
Hélène s'est agenouillée à côté de moi, pleurant silencieusement, tandis que Jean-Pierre restait debout, son visage une sculpture de chagrin et de fureur. La famille qu'il avait construite venait d'exploser en mille morceaux.
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