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Couverture du roman L'Amour Brisé de l'Oncle

L'Amour Brisé de l'Oncle

Orpheline recueillie par Monsieur Dubois, Amélie vit un conte de fées jusqu'à ses dix-huit ans. Tout bascule quand son protecteur l'accuse injustement d'inceste et l'envoie subir trois ans de calvaire dans une abbaye isolée. Brisée par la torture et privée d'études, elle voit Dubois revenir avec Claire, sa fiancée machiavélique. Ignorée et persécutée, Amélie ne songe plus qu'à s'échapper. Munie d'un billet pour le Canada, elle prépare sa fuite pour renaître loin de cet enfer.
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Chapitre 3

La porte de la chambre se referma avec un claquement sec, plongeant Amélie dans une obscurité presque totale, seulement percée par la faible lueur de la lune filtrant à travers les rideaux. Le silence qui suivit fut plus assourdissant que les cris de Monsieur Dubois.

Il avait fracassé un vase contre le mur. Le bruit de la porcelaine se brisant en mille morceaux résonnait encore dans ses oreilles. Sa voix, glaciale et pleine de dégoût, tournait en boucle dans sa tête.

« Tu es dégoûtante. »

« Arrête de me regarder comme ça. »

« Je ne suis pas ton amant, je suis ton oncle ! Compris ? »

Amélie était assise par terre, le dos contre le mur froid. Elle ne bougeait pas. Elle ne pleurait pas. Elle se sentait vide, comme si tout ce qui était à l'intérieur d'elle avait été aspiré. Il l'avait repoussée si violemment que sa tête avait cogné le mur, mais la douleur physique n'était rien.

« Je ne t'aimerai jamais, Amélie. Jamais. »

Ces mots résonnaient, encore et encore. Il était parti, la laissant seule avec son humiliation. Son dos, sa silhouette imposante se découpant dans l'encadrement de la porte, était comme une montagne de glace, infranchissable.

Puis, elle entendit des bruits provenant de la chambre voisine, celle de Claire. Des bruits étouffés, des chuchotements, puis des sons plus distincts. Des gémissements, des soupirs, le bruit de peaux qui se rencontrent. Le son devenait de plus en plus fort, presque animal. C'était obscène, délibéré.

Amélie comprit. Il ne faisait pas que la rejeter. Il la punissait. Il lui montrait sa place. Il lui montrait ce qu'elle n'aurait jamais. Il lui disait : « Voilà la normalité. Voilà ce qu'est une femme désirable. Toi, tu n'es qu'une erreur, une chose anormale. »

Une larme solitaire coula sur sa joue. Mais ce n'était pas une larme de jalousie ou d'amour déçu. Non. Ça, c'était fini. L'amour qu'elle avait pu ressentir pour lui, un mélange confus d'adoration filiale et de dépendance, avait été tué à l'abbaye. Annihilé par la faim, la peur et la violence.

Elle se souvint de ses mots exacts, prononcés d'une voix froide le jour de son retour : « N'oublie jamais qui je suis pour toi. Je ne t'aimerai jamais de cette façon. » Elle l'avait compris. Elle avait accepté.

La douleur qu'elle ressentait maintenant n'avait rien à voir avec l'amour. C'était une douleur plus profonde, plus ancienne. Les bruits de la chambre voisine étaient une réplique exacte des bruits qu'elle avait entendus pendant trois ans dans sa cellule de l'abbaye. Les bruits des hommes qui venaient la nuit. Les mêmes gémissements, les mêmes respirations saccadées.

C'était un écho de son traumatisme.

Elle se mit à trembler, non de froid, mais de terreur. Elle porta ses mains à sa tête et se la frappa contre le mur, encore et encore. Doucement d'abord, puis de plus en plus fort.

« Je ne l'aime plus, » murmura-t-elle. « Je ne l'aime plus. Je ne l'aime plus. »

C'était un mantra, une prière désespérée pour se convaincre elle-même, pour effacer les souvenirs. Le bruit sourd de son crâne contre le plâtre était la seule chose qui pouvait couvrir les sons de la chambre d'à côté. Elle continua, comme une folle, jusqu'à ce que le sang commence à couler de son front et que les bruits cessent enfin.

Le lendemain matin, à la table du petit-déjeuner, Amélie mangeait son pain mécaniquement. Elle avait mis du fond de teint pour cacher la bosse et la coupure sur son front. Elle ne regardait personne.

Monsieur Dubois et Claire étaient assis l'un en face de l'autre. Claire portait un déshabillé de soie qui laissait voir des marques rouges sur son cou. Elle souriait, triomphante.

« Tu as une marque sur le front, Amélie, » dit Monsieur Dubois d'un ton neutre.

« Je suis tombée, » répondit Amélie sans lever les yeux.

Elle avait un plan. Plus que quelques jours. Elle devait tenir. Se faire discrète, invisible. Attendre le jour de son vol.

« Tu es sûre que tu es juste tombée ? » insista-t-il, un soupçon de méfiance dans la voix. « Tu ne me mens pas ? »

« Chéri, laisse-la tranquille, » intervint Claire avec une douceur feinte. « Elle est maladroite, c'est tout. N'est-ce pas, Amélie ? » Puis, se tournant vers Amélie, elle ajouta : « D'ailleurs, nous allons choisir le lieu de notre mariage aujourd'hui. Tu viens avec nous. »

Amélie sentit un frisson de dégoût la parcourir.

« Je suis un peu fatiguée, je préférerais rester ici. »

« Non, » coupa Monsieur Dubois, sa voix dure comme de l'acier. « Tu as dit que tu serais obéissante. Tu viens. C'est un ordre. »

Amélie baissa la tête et acquiesça. Elle n'avait pas le choix.

Ils ont passé la journée à visiter des lieux extravagants. Des châteaux, des manoirs... Finalement, Claire a choisi un immense yacht de luxe amarré dans le port.

« C'est parfait, n'est-ce pas, chéri ? Un mariage sur l'eau. »

Monsieur Dubois a souri et l'a embrassée.

« Tout ce que tu veux, mon amour. »

Il a ensuite reçu un appel d'affaires et s'est éloigné pour parler, les laissant seules sur le pont. Le vent frais de la mer fouettait le visage d'Amélie.

Claire s'est approchée, son sourire avait disparu.

« Tu crois que je suis stupide ? » dit-elle, sa voix basse et menaçante. « Je sais que tu l'aimes. Je l'ai vu dans tes yeux dès le premier jour. »

Amélie est restée silencieuse.

« J'ai payé une des religieuses de ton abbaye, » continua Claire. « Elle m'a tout raconté. Tes crises, tes murmures dans ton sommeil. Tu l'appelais "Oncle Dubois". Tu es vraiment sans vergogne. »

Le cœur d'Amélie se serra. Elle se sentait nue, exposée.

« Tu vas quitter cette maison, » siffla Claire. « Tu vas disparaître de nos vies. Je ne veux pas d'une tierce personne à mon mariage. Surtout pas une nièce adoptive qui a des sentiments incestueux pour son oncle. »

Le mot "incestueux" a frappé Amélie comme un coup de poing.

« Je vais partir, » dit Amélie d'une voix à peine audible, en fermant les yeux. « Je vous le promets. »

Elle pensait à son billet d'avion, à sa porte de sortie. Juste quelques jours de plus.

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