
Laisse-moi, Cher Ex-Mari : J'ai un Empire à Gouverner
Chapitre 2
Rassurée par cette pensée, elle s'avança vers l'entrée. Des agents de sécurité l'arrêtèrent aussitôt. L'un d'eux la dévisagea avec dégoût.
- D'où tu sors, toi ? Dégage. Ne fais pas fuir les invités.
- Je suis l'assistante d'Antoinette, je-
- Antoinette ? Jamais entendu parler. Pars d'ici.
Antoinette rappela. Rose expliqua la situation, mais on lui répondit sèchement de se débrouiller seule.
Alors qu'elle cherchait un moyen d'entrer, une agitation parcourut le hall. Un homme grand, élégant, entra lentement. Son regard sombre imposait le silence.
- Gaël...
Rose se figea. Les souvenirs la submergèrent. Elle tremblait, certaine que s'il la voyait, il la détruirait encore une fois.
Au moment où elle tenta de s'éloigner, elle heurta Antoinette. Sans regarder, celle-ci la gifla.
- Incapable ! Je t'ai dit de rester près de moi !
Après le coup, Antoinette sentit l'atmosphère changer. Elle leva les yeux... et croisa le regard menaçant de Gaël.
- M... Monsieur Kaelan ?
Il l'ignora. Son attention était fixée sur la silhouette maigre devant lui.
- Lève la tête, ordonna-t-il.
Cette voix. Toujours la même. Froide, dure, sans la moindre trace de pitié. Rose savait qu'elle l'entendrait encore jusqu'à son dernier souffle. Son corps se mit à trembler malgré elle. La peur et la peine lui nouaient la gorge. Une seule pensée martelait son esprit : il ne fallait surtout pas qu'il la reconnaisse.
Elle se laissa tomber au sol, haletante, puis balaya les environs du regard. Au fond du hall, derrière les tentures et les panneaux décoratifs, une porte discrète attira son attention : la sortie arrière de l'hôtel. Sans réfléchir davantage, elle se redressa brusquement et se mit à courir.
- Attrapez-la ! lança une voix autoritaire.
Ses jambes manquèrent de céder sous l'effet de la panique. En fuyant, Rose renversa tout ce qui se trouvait sur son passage : chevalets, banderoles, présentoirs. Chaque obstacle gagné était une seconde de plus pour survivre. Elle franchit la sortie arrière et s'engouffra dans une allée étroite. Derrière elle, les pas résonnaient de plus en plus fort. Elle n'osa pas se retourner. Elle courait comme si quelque chose de monstrueux était à ses trousses.
Gaël sortit à son tour de l'hôtel. Il scruta les alentours avec agitation, le regard tendu, mais la silhouette qu'il poursuivait avait déjà disparu.
Sienna arriva peu après, accompagnée de Dylan Pringston, l'assistant de Gaël. Essoufflée, elle s'approcha de lui.
- Gaël, qu'est-ce qui se passe ? J'ai entendu dire que tu poursuivais une femme.
Il ne lui répondit pas. Ses yeux balayaient l'espace avec insistance, comme s'il cherchait une ombre précise parmi la foule.
Un mauvais pressentiment traversa Sienna. Elle hésita, puis osa demander à voix basse :
- Tu crois que cette femme pourrait être...
- C'est forcément elle, coupa Gaël d'un ton sombre. Elle n'a jamais payé pour ce qu'elle a fait. Elle ne s'en sortira pas, pas dans cette vie.
Il se tourna vers Dylan.
- Envoie des hommes. Je veux qu'on retrouve la femme qui vient de s'enfuir. Bloque les sorties. Ne la laisse pas disparaître.
Dylan obéit immédiatement et mobilisa la sécurité autour de l'hôtel. Malgré cela, Gaël restait nerveux. Il continua de chercher, l'expression fermée, comme si une certitude terrible venait de s'ancrer en lui.
Sienna observa son agitation, le cœur serré. Une pointe de jalousie monta en elle.
Cinq ans, pensa-t-elle. Cinq ans depuis la mort de Rose. Pourquoi suffit-il d'une silhouette pour troubler cet homme à ce point ?
Elle se força à se rassurer. Rose était morte. Son corps avait disparu dans les flammes. Rien ni personne ne pouvait la ramener.
Dans un sous-sol étroit et humide, Rose était recroquevillée contre un mur. Le froid s'infiltrait dans ses os, mais elle ne parvenait pas à bouger.
Des voix résonnaient dans sa tête, cruelles, tranchantes.
J'aimerais vraiment pouvoir te tuer.
Tu ferais mieux de mourir là-bas.
Tu sais très bien comment cet enfant est né. Il n'aurait jamais dû venir au monde.
C'étaient les paroles de Gaël. Toujours les mêmes. Elle enfouit son visage contre ses genoux et laissa échapper un sanglot étouffé.
Depuis l'enfance, elle avait cherché à attirer son attention. Sa mère lui avait demandé de veiller sur lui avant de mourir. Mais tout ce qu'elle avait reçu en retour, c'était son mépris. Même après qu'il lui eut sauvé la vie autrefois, même après leur mariage, il ne lui avait jamais accordé sa confiance. Solange pouvait la provoquer, la piéger, la salir : Gaël la défendait toujours. Rose, elle, n'avait jamais compté.
Dans l'obscurité du sous-sol, seule la lumière de son téléphone éclairait faiblement ses mains tremblantes. L'écran indiquait onze appels manqués d'Antoinette. Antoinette n'avait jamais été patiente.
Rose se traîna jusqu'au mur et répondit enfin, avec prudence. Le silence. Personne ne parlait à l'autre bout.
Ces dernières années, Antoinette avait eu peu de rôles. Rose avait accepté de travailler pour elle précisément parce qu'elle pensait ainsi éviter Gaël à jamais. Elle n'aurait jamais imaginé qu'Antoinette décrocherait un rôle dans une production de GK Pictures, avec Sienna en vedette. Elle comprit alors qu'elle ne pourrait plus continuer ainsi.
Toujours aucun mot au téléphone.
Le cœur battant, Rose prit sa décision.
- Antoinette... je sais que je n'ai jamais été très douée et que je fais souvent des erreurs. Je crois qu'il vaut mieux que j'arrête ici, dit-elle doucement. Tu n'as pas besoin de me payer ce mois-ci. C'est moi qui pars.
Le silence persista. Puis un léger souffle se fit entendre, lent, oppressant... étrangement familier.
Un frisson parcourut Rose.
- Antoinette ? murmura-t-elle.
La voix qui répondit fit s'arrêter son cœur.
- Rose Bertram !
- Aaaah !
Terrifiée, Rose laissa échapper son téléphone qui tomba au sol. Elle se recroquevilla aussitôt dans un coin, le souffle court, les yeux rivés sur l'écran encore allumé, comme si une créature effrayante pouvait en surgir.
C'est sa voix...
La certitude la glaça jusqu'aux os.
Gaël. Comment est-ce possible ? Pourquoi m'appelle-t-il avec le téléphone d'Antoinette ? Est-ce qu'il a déjà découvert que je travaille pour elle ? S'il me retrouve, il me renverra là-bas. Je ne peux pas retourner en prison. Je ne supporterai plus jamais cet endroit sans lumière, sans humanité... ni ces tortures. Plus jamais.
Le souvenir de la cellule, des coups, et surtout de l'incendie, lui donna la nausée. Non. Elle devait disparaître. Tant qu'elle respirait, elle devait fuir.
Rose se leva précipitamment, attrapa quelques vêtements, les fourra dans un sac sans même vérifier ce qu'elle prenait, puis sortit à la hâte.
Dans le salon de l'hôtel, la présence de Gaël avait figé l'air. Une tension pesante s'était installée, mêlée à une excitation nerveuse chez les acteurs secondaires, tous désireux d'attirer l'attention du PDG de GK Pictures. Mais en voyant son expression sombre, plus personne n'osait parler, ni même respirer trop fort.
Antoinette s'avança avec prudence.
- Mon assistante est maladroite. Je vous présente mes excuses si elle vous a manqué de respect.
Elle était furieuse. Cette femme à l'apparence repoussante risquait de ruiner ses chances.
Le visage de Gaël s'assombrit encore davantage, ce qui paniqua Antoinette.
- J-je précise... cette femme n'a aucun lien avec moi. On m'a demandé de l'héberger, c'est tout. Sinon, jamais je n'aurais pris quelqu'un d'aussi... incompétent comme assistante.
- D'aussi... quoi ? demanda Gaël d'une voix basse.
Antoinette déglutit.
- Elle est... très laide. Excessivement maigre. Et la cicatrice sur son front est vraiment choquante. Si vous doutez, vous pouvez demander autour.
Vous aimerez aussi





