
La vie c'est une chanson de Francis Cabrel
Chapitre 3
L’atterrissage se fait sans encombre, je me précipite pour retrouver Damien et aussi pour allumer une cigarette. Oui je sais ce n’est pas bien, je n’ai pas encore trouvé la volonté de respirer par moi-même, je suis addictive à cette merde en boîte, complètement soumise à cette drogue. Il faut savoir que, des fois, je suis de ceux qui prêchent la bonne parole mais ne la pratique pas systématiquement. J’aperçois mon grand frère et je suis à cet instant la petite sœur la plus comblée du monde. Un élan d’amour me donne envie de me jeter dans ses bras, mais je ne le fais pas. Ce n’est pas de la pudeur, je crois que c’est la mémoire du corps, en tout cas c’est ce que j’ai appris dans un livre, ce serait un symptôme post-traumatique. De quoi ? Je n’en suis pas vraiment sûr, ou plutôt je ne suis pas prête à en parler, je n’aime pas que l’on me touche, c’est tout. Les gens qui vous posent la main sur l’épaule pour vous dire bonjour, je déteste ça, et les accolades, je n’apprécie pas, j’ai envie de fuir, chacun de mes muscles se contracte, c’est comme un réflexe, mais je le cache par politesse. Comme j’ai dû souffrir pour en frémir encore à l’âge adulte. Il n’y a qu’avec les enfants et mon amoureux, quand j’en ai un, avec qui je suis à l’aise. Damien serait une des seules personnes à savoir pourquoi, nous sommes liés autant par l’amour que par la souffrance.
Le sourire de mon frère après nos retrouvailles s’estompe un peu à la vue de mes nombreuses valises qui s’étalent sur le tapis roulant, mais il ne faut pas se fier aux apparences. Mon frère a une silhouette un peu frêle mais la force de Hulk. Il n’est pas du genre à s’apprêter contrairement à moi, je crois même qu’il ne se trouve pas forcément beau. S’il savait ce que je vois, moi. Un grand châtain aux yeux bleus, atypique à souhait, d’une édition unique et originalement illimitée, un cœur grand comme ça, une merveille du monde.
— Qu’est-ce que tu avais de si précieux à emmener pour avoir eu besoin de tant de valises ? me demande-t-il en essayant d’attraper le plus de bagages possibles.
— Eh ben des sacs à main et des chaussures, dis-je en riant.
— Oui, évidemment, quelles questions, sourit-il à son tour, enfin jusqu’au moment où il m’avoue que nous devons rentrer à pied.
— Haha, c’est une blague, répliqué-je, du grand Damien mais rien ne me fera regretter une seule de ces valises, il faut dire que la féminité et moi, c’est une grande histoire, et ça à étais un grand combat, j’avais impression de ne pas être comme les autres filles, de ne pas avoir grandi correctement d’être en retard, et avais-je vraiment envie de ressembler aux autres ? Ce qui est sûr c’est qu’à l’intérieur je suis comme dans la chanson de Britney Spears je vous donne la traduction je ne suis pas une fille, pas encore une femme, tout ce dont j’ai besoin c’est de temps, un moment à moi, pendant que je suis entre les deux mais très sincèrement je me plais bien entre les deux.
— Pense au côté positif, ça te permettra de visiter ta nouvelle ville par la même occasion.
— Et quelle ville ! répliqué-je, en contemplant cette magnifique métropole qui s’étend sous mes yeux. Les gens paraissent tellement calmes et tellement vivants à la fois, la fin de journée arrive à grands pas, il y a des personnes de toutes origines avec des accents des plus originaux, il faut aussi dire que cette métropole est considérée comme la plus cosmopolite du monde avec 49 pour cent de sa population née en dehors du Canada, la ville est propre, on comprend vite que les gens s’y sentent en sécurité, je découvre que les immeubles, les centres commerciaux, les métros sont reliés par des sous terrains géants, super-pratiques quand on sait qu’ici les températures ne sont en général pas très hautes, seul bémol pour moi, qui marche à l’énergie solaire. Mais ce que j’observe la, c’est une perfection en comparaison à ceux que je connais. Je pense d’un coup aux paroles de la chanson d’Axel Red Tous ces gens qui se serrent dans leurs bras, sur leurs cœurs, qui ne savent plus ce que c’est d’avoir froid, d’avoir peur, est-ce la terre qui retient leurs pas ? Ou le ciel qui est trop lourd ? Ils marchent à l’écart du hasard que savent-ils de l’amour ?
Une odeur me fait d’un coup sortir de ma rêverie musicale.
— Est-ce une odeur de restaurant chinois que je sens ? crié-je en cherchant autour de moi
— Ho oui et un des meilleurs d’ici, me répond-il. On peut aller manger la, ce soir si tu veux, j’invite les collèges pour te les présenter, et on pourra te parler du foyer de l’enfance et comment vont se passer tes premiers jours de travail.
— Et comment avec plaisirs, acquiescé-je.
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