
La Trahison Sous Le Voile Blanc
Chapitre 2
Améthyste Point de vue
L'air étouffant de la pièce a commencé à me suffoquer. Les rires et les voix se sont transformés en une cacophonie insupportable.
J'ai tiré ma main de celle de Guylain.
« Je… je me sens vraiment très mal. »
Je me suis levée brusquement.
« Je dois partir. »
Guylain a froncé les sourcils, l'inquiétude se peignant sur son visage. C'était un masque parfait.
« Qu'est-ce qu'il y a, ma chérie ? Je peux te ramener à la maison. »
J'ai secoué la tête.
« Non. Je veux être seule. Je suis juste fatiguée. »
Je me suis détournée avant qu'il ne puisse protester davantage.
J'ai quitté le salon, les bruits de la fête s'estompant derrière moi.
Plus jamais.
En sortant, j'ai levé les yeux vers le gigantesque panneau publicitaire qui dominait la place. « Améthyste, mon amour éternel. Veux-tu m'épouser ? » Le visage de Guylain, souriant, était partout.
Des passants se sont arrêtés, admiratifs.
« Quel homme ! Si romantique ! »
« Elle a de la chance, cette femme. »
Une femme a soupiré : « Il est si attentionné, même avec sa cécité. »
J'ai souri, un sourire amer qui n'a pas atteint mes yeux.
De la chance ?
J'ai pensé à la Améthyste d'avant, celle qui avait cru en lui, en cet amour.
Celle qui s'accrochait à ses mots, à ses gestes, comme à une bouée de sauvetage.
Dans l'orphelinat, j'avais appris à me méfier du monde. Les autres enfants se moquaient de ma surdité, de mes lunettes épaisses. Ma maladie m'avait volé l'ouïe, puis ma vue. J'étais une cible facile. J'avais construit des murs autour de mon cœur, jurant de ne jamais laisser personne entrer.
Puis il était arrivé. Guylain Roussel.
C'était il y a cinq ans. Il était venu à l'orphelinat pour un événement caritatif.
Il était beau, charismatique. Il avait souri, et mon cœur, si longtemps fermé, avait tressailli.
Il m'avait poursuivie avec une insistance folle. Chaque jour une fleur, chaque jour une lettre, chaque jour un mot doux en langue des signes.
Je le repoussais, jour après jour.
« Je suis sourde et aveugle. Je suis un fardeau. »
Il m'avait répondu en langue des signes : « Tu es ma lumière. »
Un soir, nous étions pris dans une bousculade impromptue. Quelqu'un avait paniqué.
Guylain m'avait traînée à l'abri, me protégeant de son corps. Le verre avait volé, et il avait hurlé.
« Mon bras ! »
Il avait saigné abondamment. Pourtant, sa première question, les yeux embués de douleur, avait été : « Tu vas bien, mon amour ? »
Dans les jours qui ont suivi, j'ai appris qu'il avait appris la langue des signes en secret, juste pour moi. Pour me parler.
Sa cicatrice, longue et violacée sur son bras, était devenue le symbole de notre amour.
Pendant cinq ans, il avait été mon protecteur, mon rocher. Il avait bravé sa famille, qui désapprouvait notre union.
Il m'avait demandé en mariage, un soir, sous les étoiles.
Mon plus grand désir était de retrouver l'ouïe pour lui répondre. Pour lui dire « oui » de ma propre voix.
J'avais entendu parler d'une nouvelle technologie médicale. Une opération risquée, expérimentale.
J'avais tout fait pour y avoir accès. En secret. Pour lui faire la surprise le jour de notre mariage.
Le voyage à l'étranger pour l'opération avait été long. Le réveil, un miracle.
Les sons sont revenus en premier. Des murmures indistincts, puis des mots.
Puis la lumière. Des formes floues, puis des visages.
J'étais guérie.
Le retour à Paris avait été rempli d'une joie indescriptible. Je voulais le surprendre.
J'avais prévu d'apparaître le jour du mariage, marchant vers lui, capable de l'entendre, de le voir.
Mais la veille de mon retour, mon téléphone avait vibré.
Un message vocal. Une voix inconnue : « Guylain, mon amour, j'ai hâte de te retrouver. Elle ne saura jamais, n'est-ce pas ? »
J'avais écouté le message encore et encore. Une trahison longue d'un an, à ce que j'ai découvert en fouillant.
Un an de mensonges. Un an de baisers volés.
Un an alors que je luttais pour retrouver ma vue et mon ouïe, pour lui.
A ce moment, mon corps s'était effondré. Le sang s'était retiré de mes joues.
Les mots de la soirée sont revenus en boucle. « Ma poupée silencieuse. Qui, à part moi, voudrait d'une femme sourde et aveugle ? »
Il m'avait utilisé. Mon handicap était son excuse. Mon silence sa couverture.
Le froid glacial de la nuit parisienne m'a réveillée.
Je ne serai plus jamais une poupée silencieuse.
Je ne pardonnerai jamais.
Je ne te laisserai jamais me briser à nouveau.
Ce n'était plus de la douleur. C'était une détermination implacable.
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