
La trahison froide et amère du milliardaire
Chapitre 3
Anicée se tenait en haut du grand escalier, agrippant la rampe jusqu'à ce que ses jointures blanchissent. Elle l'observait.
Adrien entra dans le hall, desserrant sa cravate d'une main. Il avait l'air fatigué, de cette satisfaction lasse qui vient après une longue journée à gérer des crises. Il tendit sa veste à Estève sans le regarder.
- Où est-elle ? demanda Adrien.
- Madame Hauterive est à l'étage, monsieur, répondit Estève doucement.
Adrien leva les yeux. Quand son regard croisa le sien, il ne tressaillit pas. Il n'avait pas l'air coupable. Il avait juste l'air agacé.
- Pourquoi restes-tu là dans le noir ? demanda-t-il. Et qu'est-ce que tu portes ?
Anicée descendit les marches lentement, une à une. La douleur dans son bras était maintenant un lancinement sourd, éclipsé par l'adrénaline qui courait dans ses veines.
- Où étais-tu ? demanda-t-elle.
Sa voix était stable, d'un calme terrifiant.
Adrien soupira, passant devant elle vers le bar du salon.
- Au travail. J'ai entendu dire que tu es sortie contre avis médical. C'était irresponsable, Anicée. Les médecins voulaient te garder en observation.
- Au travail, répéta-t-elle. L'aile VIP de la maternité est considérée comme une succursale maintenant ?
Adrien se figea. Il se versait un verre de scotch. Le liquide éclaboussa légèrement le bord. Il posa la bouteille lentement et se tourna pour lui faire face.
- Tu m'as suivi ?
Sa voix descendit d'une octave. Ce n'était pas une question ; c'était une accusation.
- Je n'ai pas eu besoin de le faire, dit-elle. Tu ne te cachais pas vraiment. Tu l'as portée à l'intérieur, Adrien. Comme si elle était en verre.
Adrien prit une gorgée de sa boisson. Il s'adossa contre le bar en acajou, croisant les chevilles. Son arrogance décontractée était époustouflante.
- Cassandre traverse une période difficile. C'est une grossesse à risque. Elle avait besoin de soutien.
- De soutien, rit Anicée.
C'était un son cassant, aigu.
- Douze semaines de soutien ? Depuis notre anniversaire ?
La mâchoire d'Adrien se contracta.
- C'était un accident. Ce n'était pas prévu.
- Un accident, c'est renverser du café, Adrien. Coucher avec ton ex à Londres pendant que ta femme est assise à la maison est un choix.
Il posa son verre brutalement. Le son résonna dans la pièce caverneuse.
- Arrête ça, dit-il.
Sa voix était d'acier froid.
- Tu deviens hystérique. Cassandre est fragile. Elle n'est pas comme toi. Toi... tu peux gérer les choses. Tu es résiliente. C'est pour ça que je t'ai épousée.
Résiliente. C'était un nom de code. Cela signifiait habituée à souffrir. Cela signifiait peu d'entretien.
- Je t'ai épousée parce que je pensais que tu étais différente, continua-t-il en marchant vers elle.
Il utilisait sa taille pour la dominer, une tactique qui la faisait habituellement rétrécir. Mais ce soir, elle tint bon.
- Cette situation avec Cassandre... c'est compliqué. Mais l'enfant est un Hauterive. Nous avons un devoir envers la famille.
- Nous ? demanda Anicée. Il n'y a plus de "nous".
Adrien leva les yeux au ciel.
- Ne sois pas dramatique. Tu es ma femme. Tu es une Hauterive maintenant. Tu as signé le contrat de mariage. Tu sais exactement à quoi ressemblerait ta vie sans moi.
Il tendit la main pour écarter une mèche rebelle de son front.
Anicée se recula brusquement comme si sa main était un fer rouge.
- Ne me touche pas. Tu as son odeur sur toi.
La main d'Adrien resta suspendue dans l'air, puis retomba sur son côté. Son expression se durcit.
- Tu oublies d'où tu viens, Anicée. Ce foyer d'accueil dans l'Ohio ? Le néant ? Je t'ai donné une vie. Je t'ai donné un but. Ne fais pas une crise juste parce que les choses se sont compliquées.
L'air dans la pièce sembla disparaître. Il avait dit tout haut ce qu'il pensait tout bas. Pour lui, elle était un chien de refuge. Une œuvre de charité qu'il avait tirée de l'obscurité pour gérer son emploi du temps et réchauffer son lit.
- Je veux divorcer, dit-elle.
Adrien laissa échapper un petit rire méprisant. Il reprit son verre.
- Non, tu ne le veux pas. Tu aimes le penthouse. Tu aimes les vêtements. Tu aimes faire semblant d'être quelqu'un qui compte.
Il but une gorgée, l'observant par-dessus le bord du verre.
- Va te coucher, Anicée. Prends un cachet. On en parlera quand tu seras rationnelle.
Il lui tourna le dos et entra dans son bureau, fermant les lourdes portes en chêne avec un clic définitif.
Anicée resta seule dans le couloir. Madame Perrine époussetait un vase dans le coin, gardant la tête résolument baissée, faisant semblant de ne pas avoir assisté à l'exécution d'un mariage.
Anicée regarda la porte fermée. Une sensation étrange l'envahit. Ce n'était plus de la tristesse. C'était de la clarté.
Elle se tourna et marcha vers l'aile des invités. Elle ne dormirait pas dans leur lit ce soir. Elle ne dormirait pas dans des draps qui sentaient ses mensonges.
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