
La trahison de l'homme, la symphonie brisée de la femme
Chapitre 3
Point de vue d'Anouk Fournier :
Mon premier instinct a été de détaler, de trouver une sortie de secours, n'importe quelle échappatoire au regard prédateur de Julien. Mais j'ai regardé Madame Dubois. Son visage était pâle, ses mains tremblaient toujours, ses yeux allant de moi à la foule en colère dehors. Elle ne méritait pas ça. Son petit café, sa vie tranquille, étaient en train d'être brisés à cause de moi.
Les mots de Julien étaient un piège, sa démonstration publique un coup calculé. Il savait que je ne laisserais pas une innocente souffrir à cause de sa mascarade. Il savait que je ne pourrais pas rester les bras croisés pendant que Madame Dubois était prise entre deux feux.
« Je vais m'en occuper, Madame Dubois », ai-je réussi à murmurer, la voix rauque. Je détestais le son de ma voix maintenant, si faible, si brisée. Ce n'était en rien la voix que Julien m'avait volée.
Elle a agrippé mon bras.
« Anna, non. Ils sont fous dehors. Laisse-moi leur dire que tu n'es pas là. »
Sa gentillesse, sa peur pour moi, m'ont tordu les entrailles. C'était précisément pour ça que je devais sortir. Je ne pouvais pas les laisser lui faire du mal. Elle avait quatre-vingts ans, sa santé était fragile.
J'ai poussé la porte et je suis sortie, dans les flashs aveuglants des appareils photo, dans la tempête hurlante d'accusations. L'air s'est épaissi d'hostilité. J'avais l'impression de monter sur un échafaud.
« La voilà ! » a crié quelqu'un. « La plagiaire ! »
« Regardez son visage ! » a raillé une autre voix, cruelle et proche. « Cette cicatrice la rend encore plus laide ! »
Ma main s'est envolée vers ma joue, une tentative futile de cacher la preuve visible de mon passé. La cicatrice, une compagne constante, brûlait sous leur regard collectif.
« Tu mérites tout ce qui t'est arrivé ! » a hurlé une femme, crachant ses mots comme du venin. « Tu as essayé de détruire la carrière de Kaelia ! »
Le chœur des accusations a enflé. Ma tête tournait. C'était le même scénario, les mêmes répliques usées, juste cinq ans plus tard.
Puis, la voix d'un homme, vive et tranchante, a percé le bruit.
« Et ton pauvre grand-père ? Mort de chagrin à cause de toi ! Tu l'as tué ! »
Ça m'a brisée. Une vague de nausée m'a submergée. Grand-père. Toujours grand-père. C'était la seule blessure qui ne guérissait jamais, la seule culpabilité que je portais comme une chape de plomb. Ma vision s'est brouillée. Les visages dans la foule se sont transformés en masques grotesques. Leurs voix sont devenues un bourdonnement lointain, un bruit sans signification dans mes oreilles. J'avais l'impression de me noyer.
Julien se tenait à quelques mètres, observant. Une figure statuaire de calme au milieu du chaos. Son expression était illisible, un masque de préoccupation étudiée qui n'atteignait pas tout à fait ses yeux. Il avait orchestré ça. Chaque cri, chaque flash.
Madame Dubois, que Dieu la bénisse, a essayé de se frayer un chemin à travers la foule pour m'atteindre.
« Laissez-la tranquille ! C'est une gentille fille ! »
Mais ils étaient trop nombreux, trop en colère. Quelqu'un l'a bousculée. Elle a trébuché, manquant de tomber à la renverse sur le trottoir mouillé. Mon cœur a bondi dans ma gorge.
« Hé ! » La voix de Julien, soudainement vive et autoritaire, a coupé court au vacarme. Il s'est avancé, sa main attrapant Madame Dubois avant qu'elle ne touche le sol. Sa présence a suffi. La foule, momentanément stupéfaite par son intervention, s'est calmée. Il a tenu Madame Dubois doucement, puis s'est tourné vers la meute, son visage un tableau d'indignation vertueuse. « Ce n'est pas comme ça qu'on traite les gens. Ce n'est pas la solution. »
Ses mots, censés paraître nobles, m'ont écœurée. Il jouait au héros, calmant la bête même qu'il avait déchaînée. L'ironie avait un goût amer dans ma bouche. Il m'a jeté un regard, ses yeux portant un message silencieux : Tu vois ? Je suis toujours là pour te sauver.
Je me suis agenouillée à côté de Madame Dubois, vérifiant si elle était blessée.
« Ça va ? » ai-je murmuré, ma voix à peine audible. Son corps frêle tremblait contre le mien.
Julien a congédié son service de sécurité, qui a rapidement commencé à repousser la foule, créant une petite bulle d'espace autour de nous. Puis il a tourné toute son attention vers moi.
« Anouk », a-t-il dit, sa voix plus douce maintenant, presque tendre. « Il faut qu'on parle. »
Mon estomac s'est noué. Mon cœur battait un rythme frénétique contre mes côtes.
« Julien », ai-je dit, le nom semblant étranger, comme une pierre dans ma bouche. Ça faisait des années que je ne l'avais pas prononcé.
Il a tressailli. Juste un minuscule tremblement autour de ses yeux.
« Anouk », a-t-il répété, une pointe d'accusation dans le ton. « Pourquoi fuis-tu encore ? Pourquoi te caches-tu de moi ? »
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