
La Trahison de L'Époux Médecin
Chapitre 3
Les heures qui ont suivi ont été un cauchemar flou. La douleur était une marée rouge qui submergeait tout. Mon corps se tordait, luttait, mais le bébé ne venait pas.
Soudain, une infirmière a poussé un cri de panique.
« Oh mon Dieu ! Le liquide amniotique ! »
J'ai baissé les yeux. Les draps blancs sous moi étaient souillés d'une couleur verdâtre et épaisse.
« C'est du méconium, » a dit une autre voix, tremblante. « Le bébé est en grande souffrance ! Il faut le sortir tout de suite ! Où est le Docteur Fournier ? »
« Il est toujours avec sa cousine ! » a répondu la première infirmière, la panique dans la voix. « Elle ne veut pas qu'il la quitte ! »
« Mais c'est une urgence vitale ici ! »
Leurs voix me parvenaient comme à travers un tunnel. Je sentais mes forces m'abandonner. La douleur était si écrasante qu'elle devenait presque abstraite. Mon corps ne m'appartenait plus.
Marc n'est pas venu. Il était dans la chambre voisine, tenant la main de Sophie, qui avait probablement une simple contraction, tandis que moi, sa femme, et notre enfant, nous mourions littéralement à quelques mètres de là. La haine, froide et pure, a commencé à remplacer la peur.
Ma tête est retombée sur le côté. Le monde s'est mis à tourner, puis tout est devenu noir. Bizarrement, la douleur a disparu. Je me sentais flotter dans un espace chaud et confortable, un silence apaisant. C'était donc ça, la mort. Une délivrance.
Une voix a percé ce silence.
« Non, non, non ! On la perd ! Son cœur s'arrête ! »
Puis une autre voix, plus calme, plus ferme. Une voix que je n'avais jamais entendue.
« Écartez-vous. Jeanne, m'entendez-vous ? Je suis le Docteur Mercier. Restez avec nous, Jeanne. Vous devez vous battre. »
Une main chaude et forte s'est posée sur mon épaule. C'était un contact réel, ancré dans la vie, qui me tirait de ce vide confortable.
« Césarienne d'urgence maintenant ! Pas le temps de discuter ! Appelez le bloc, prévenez la pédiatrie et la banque du sang ! C'est une alerte de niveau un ! »
La voix du Docteur Mercier était un commandement, rempli d'une autorité qui ne venait pas du statut, mais de la compétence et de l'urgence. Autour de moi, c'était une explosion d'activité. Des gens couraient, des instruments cliquetaient.
J'ai senti une piqûre dans mon bras, puis une vague de froid. J'étais à peine consciente, mais j'ai entendu le Docteur Mercier dire, tout près de mon oreille :
« Tenez bon, Jeanne. Pour votre bébé. On va vous sortir de là. »
Quelques minutes plus tard, qui m'ont paru une éternité, j'ai entendu un cri. Un cri faible, mais bien vivant. Le cri de ma fille.
« Elle est là ! C'est une fille ! » a annoncé une infirmière, la voix remplie de larmes et de soulagement.
Puis, tout est redevenu noir. Mais cette fois, ce n'était pas le vide. C'était le sommeil de l'épuisement. J'ai entendu une dernière phrase avant de sombrer. C'était le Docteur Mercier.
« La mère est en hémorragie massive. On ne l'a pas encore sauvée. Au travail, tout le monde ! On la ramène ! »
Ils m'avaient ramenée. Lui m'avait ramenée.
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