
La princesse rejeté par l'Alpha
Chapitre 3
La lueur sinistre de la lune éclairait la clairière tandis que le hurlement menaçant résonnait encore dans l'air glacé. Mon cœur battait à un rythme effréné, martelant mes côtes comme s'il cherchait à s'échapper. Cassian, debout devant moi, était immobile, ses muscles tendus comme des arcs sur le point de se briser. L'atmosphère elle-même semblait vibrer sous la pression d'une force invisible.
Je ne savais pas ce qui était le plus terrifiant : l'idée d'être poursuivie par des créatures à moitié sauvages, ou cette connexion inexplicable qui se formait, insidieuse et inquiétante, entre Cassian et moi.
- Ils arrivent pour toi, répéta-t-il, le regard rivé à l'orée des bois.
Le murmure de ses mots flottait comme une sentence irrévocable. Avant que je ne puisse répondre, un mouvement furtif attira mon attention. Les ombres bougeaient, elles prenaient forme. Et cette forme n'était rien de rassurant. Une meute surgit du couvert des arbres : des loups massifs, aux yeux injectés de sang, chacun porteur d'une rage incontrôlée. Les crocs dégoulinants de salive luisaient sous la lumière froide. Leur haleine fétide flottait dans l'air.
- Reste derrière moi ! ordonna Cassian sans détourner les yeux de la menace.
Un rire amer monta dans ma gorge. Rester derrière quelqu'un ? Très peu pour moi.
- Tu crois que je vais gentiment me planquer ? lâchai-je, un sourire mauvais déformant mes lèvres. T'as pas encore compris à qui tu parles.
Il ne répondit rien, mais je sentis la tension dans ses épaules. Un grondement sourd émana de sa poitrine. Le sol semblait vibrer sous mes pieds tandis qu'il canalisait sa puissance.
Le premier loup bondit.
Le combat éclata dans une violence effrénée. Le chaos envahit mes sens. Chaque cri, chaque grondement, chaque coup porté résonnait dans mes os comme un tambour de guerre. Cassian se battait avec une maîtrise impressionnante, sa force brute tranchant à travers la horde ennemie comme une lame dans du beurre. Mais mes mains ne restèrent pas inactives.
Je n'avais pas d'expérience avec les loups-garous. Mon domaine, c'était les humains, les mercenaires qui saignaient comme n'importe quel autre homme. Pourtant, mes réflexes semblaient surpasser mes attentes. Je me mouvais avec une agilité féroce, mes coups atteignant des cibles avant même que mes pensées n'aient pu guider mes gestes. Mon poignard trancha l'air, se plantant dans la gorge d'un loup qui s'effondra dans un gémissement. Un autre m'attaqua sur le flanc ; je pivote avec une rapidité presque surnaturelle, ma lame trouvant son cœur comme si elle était appelée par une force invisible.
C'était impossible.
Ma respiration devint haletante, mais une énergie inconnue pulsait en moi, un feu brûlant dans mes veines. Mon regard croisa brièvement celui de Cassian. Il m'observait avec des yeux écarquillés, une expression de stupéfaction à peine contenue.
- Evelyn, cria-t-il en parant un coup de griffes visant son torse, qu'est-ce que tu es ?
- Quoi ? répondis-je, le souffle court, tout en fendant l'air d'un mouvement tranchant. Je suis humaine, bon sang !
Un loup se jeta sur moi. Mes réflexes prirent le dessus. Mon pied vola dans sa mâchoire, l'envoyant rouler contre un arbre dans un craquement sinistre.
- Humaine, tu dis ? gronda Cassian, une étincelle dangereuse dans le regard. Tu devrais essayer de te convaincre toi-même avant de me mentir.
Le dernier loup recula, ses oreilles aplaties contre son crâne, la peur enfin visible dans ses yeux bestiaux. Cassian s'avança lentement, ses crocs dévoilés dans un sourire carnassier.
- Va dire à Maeva qu'elle a échoué, murmura-t-il avec une menace glaciale dans la voix.
La bête émit un gémissement plaintif avant de tourner les talons et de disparaître dans les ténèbres.
Un silence lourd retomba. Mon cœur continuait de battre à un rythme frénétique, mes mains tremblaient encore sous l'effet de l'adrénaline. Mais Cassian, lui, ne bougea pas. Il se tourna vers moi, ses yeux brûlant d'une intensité qui me fit reculer malgré moi.
- Qui es-tu vraiment, Evelyn ?
- Je te l'ai déjà dit, répondis-je, les nerfs à vif. Je suis personne. Une mercenaire. Une fille paumée dans un monde de fous.
Il s'approcha encore, réduisant l'espace entre nous.
- Tu n'es pas personne. Tu as un pouvoir que tu ne comprends pas.
- Arrête avec tes foutaises de prophétie ! explosai-je, le poing serré autour du manche de mon poignard.
Il attrapa mon poignet d'un geste vif, mais sans violence. La chaleur de sa paume contre ma peau me fit frissonner.
- Maeva ne te laissera pas tranquille. Ce que je viens de voir ce soir... ce n'est pas normal. Tu n'es pas normale.
- Va te faire voir, Cassian.
Je me dégageai brutalement, le souffle court, et pris la fuite sans me retourner.
Je courus jusqu'à ce que mes poumons menacent d'exploser, jusqu'à ce que la douleur dans mes jambes devienne insupportable. Chaque ombre semblait murmurer mon nom, chaque bruissement un écho des paroles de Cassian : « Tu n'es pas normale. »
Je m'arrêtai devant une auberge isolée, ses fenêtres diffusant une lumière vacillante. L'endroit était délabré, mais il m'offrait un refuge temporaire. J'entrai sans un mot, l'odeur de bois pourri et de bière rance m'accueillant comme une vieille connaissance.
Je louai une chambre, grimpai les marches branlantes et verrouillai la porte derrière moi.
La pièce était petite, à peine meublée, mais elle avait un lit. C'était tout ce dont j'avais besoin. Je me laissai tomber sur le matelas usé, mes pensées tourbillonnant dans un chaos indescriptible.
Le silence fut interrompu par un battement sourd.
Mon cœur ?
Non.
Un picotement étrange se fit sentir sur mon bras gauche. Je relevai ma manche, les mains tremblantes.
Une marque lumineuse.
Elle pulsait doucement, suivant le rythme de mon cœur, une empreinte semblable à celle d'une patte de loup...
La lumière vacillante de la lampe à huile projetait des ombres tremblantes sur les murs de la petite chambre d'auberge. Je n'arrivais pas à détacher mon regard de la marque sur mon bras. Sa lueur était douce mais hypnotique, comme une braise vive qui ne voulait pas s'éteindre. Elle pulsait, suivant le rythme de mon cœur, une cadence envoûtante et dérangeante à la fois. J'avais toujours su que ma vie n'avait rien de normal, mais ça... c'était au-delà de tout ce que je pouvais concevoir.
Je frottai ma peau avec acharnement, espérant effacer cette empreinte surnaturelle. Mais le symbole ne bougeait pas. Chaque caresse contre ma chair envoyait une sensation de chaleur le long de ma colonne vertébrale, un feu étrange qui s'éveillait dans mes veines. Mon souffle devint court. Une panique glacée me saisit à la gorge. J'avais survécu à des batailles, à des blessures mortelles, mais cette marque silencieuse me terrifiait plus que toutes les lames du monde.
- Qu'est-ce que tu es, bon sang ? murmurai-je dans la solitude étouffante de la pièce.
Aucune réponse. Juste le battement de mon cœur, et ce frisson oppressant qui me serrait l'échine.
Cassian marchait d'un pas lourd à travers les couloirs de pierre froide qui menaient à la salle du conseil de sa meute. Ses pensées tourbillonnaient comme une tempête incontrôlable. La fille. Cette mercenaire insolente. Elle n'avait rien d'ordinaire. Ses gestes lors du combat, sa vitesse, cette étincelle de pouvoir qu'il avait sentie jaillir d'elle... tout cela ne laissait aucune place au doute.
Il poussa violemment la porte. Ronan, le second en commandement et fidèle ami, leva un sourcil sans se départir de son calme.
- Tu devrais apprendre à ménager les portes, fit-il remarquer avec une pointe d'ironie.
- Épargne-moi tes plaisanteries, grogna Cassian en avançant dans la pièce. Je dois savoir. La prophétie de Maeva... Elle parle d'une humaine au sang du loup. Qu'est-ce que ça signifie exactement ?
Ronan soupira, son visage d'ordinaire impassible se fermant légèrement. Il s'appuya contre le bord de la table, croisant les bras devant lui.
- Pourquoi cette soudaine urgence ? Tu n'as jamais prêté foi à ses prédictions.
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