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Couverture du roman La Mondaine et le Clochard

La Mondaine et le Clochard

Déchue de son rang, Éloïse survit dans l'ombre de son ancienne vie parisienne. Défigurée, elle croise Adrien, son ex-amant et frère par alliance. Celui-ci, ignorant qu'il s'agit de la femme qu'il aimait, la rejette avec mépris, malgré un doute fugace devant son tatouage. Désespérée par ce reniement, elle se jette dans la Seine. Au même instant, Adrien découvre la vérité : un faux test ADN l'a trompé. Éloïse était bien l'unique héritière spoliée par l'usurpatrice Ève.
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Chapitre 1

J'étais l'une des reines de Paris. Aujourd'hui, je n'étais qu'un fantôme fouillant les poubelles derrière l'immeuble qui portait encore le nom de ma famille.

Puis j'ai entendu sa voix. Adrien. Mon ancien amant, mon demi-frère par alliance, l'homme pour qui j'étais revenue.

Il était au téléphone avec Ève, la femme qui m'avait volé ma vie, ma famille et mon visage.

Il m'a vue, un tas de haillons défiguré, et son visage s'est empli de dégoût. Il a ordonné à son assistant de me donner de l'argent et de « débarrasser cette saleté de la propriété ».

Un instant, il a aperçu le tatouage de l'infini sur mon poignet – notre promesse secrète d'éternité. Il a même murmuré mon nom : « Éloïse ? »

Mais il a secoué la tête, chassant l'impossible. Il m'a tourné le dos, s'éloignant sans un second regard. Ce rejet final a brisé ce qui restait de mon âme.

J'ai marché jusqu'au pont de Bir-Hakeim et j'ai lâché prise.

Au moment même où mon corps heurtait l'eau glacée, un médecin était au téléphone avec Adrien, la voix tremblante en annonçant les résultats d'un nouveau test ADN. Le premier test, celui qui avait détruit ma vie, était un faux. J'étais la véritable héritière depuis le début.

Chapitre 1

L'odeur de nourriture en décomposition et de carton mouillé emplissait les narines d'Éloïse Delacroix. C'était l'odeur de sa vie, désormais. Elle plongea sa main valide plus profondément dans la benne, ses doigts cherchant au-delà des sacs visqueux et du verre brisé. Cette benne-là, derrière l'étincelante Tour Delacroix, était souvent une mine d'or. Le restaurant étoilé du rez-de-chaussée jetait de la nourriture qui avait à peine un jour.

Ancienne coqueluche de la haute société parisienne, elle savait reconnaître la qualité. Maintenant, elle n'était qu'une sans-abri de plus, un fantôme hantant les vestiges de son propre passé. Les lumières de la ville se brouillaient dans sa vision. La faim était une douleur constante, rongeante, dans son estomac.

Elle sortit un récipient en plastique scellé. À l'intérieur, une part à moitié entamée d'un cheesecake qui semblait coûter une fortune. Une petite victoire. Elle s'assit sur le pavé froid, le dos contre le mur de briques de la ruelle, et utilisa ses doigts pour porter le dessert crémeux à sa bouche. C'était divin. C'était le goût d'une vie qu'elle n'avait plus.

Son visage, autrefois en couverture des magazines, était maintenant une carte routière de cicatrices. Une ligne épaisse et boursouflée courait de sa tempe à sa mâchoire, tirant sa lèvre dans un rictus permanent. De l'acide. Sa main gauche n'était qu'une serre difforme, les os broyés au-delà de toute réparation. Elle ne pouvait pas parler, pas un seul mot. Ses cordes vocales avaient disparu.

Valait-il mieux mourir de faim avec dignité ou vivre comme ça ? La question était un tambour sourd et répétitif dans sa tête. Mais chaque fois que la faim devenait insupportable, la réponse était la même. Elle choisissait de vivre. Elle choisissait la benne à ordures.

Une portière de voiture claqua à proximité. Le son était net, luxueux. Elle l'ignora, se concentrant sur la dernière bouchée de cheesecake. Soudain, une voix d'homme déchira l'air, nette et familière.

« Laisse ça sur le siège, Marc. Je m'en occupe. »

Éloïse se figea. Elle connaissait cette voix. Elle la reconnaîtrait n'importe où. Elle leva lentement les yeux.

Adrien Delacroix se tenait sous la lumière de la ruelle, son costume sur mesure impeccable, son visage dur et séduisant. Son demi-frère par alliance. Son ancien amant. Le PDG de l'entreprise dont elle mangeait les déchets. Il parlait au téléphone, le dos tourné vers elle.

« Ève, ma chérie, je quitte le bureau. Oui, je serai bientôt à la maison. »

Ève. Le nom fut un coup physique. La femme qui lui avait tout pris. La nouvelle héritière. La fiancée d'Adrien.

Une vague de nausée submergea Éloïse, plus forte que la faim. Elle voulait courir, se cacher, mais son corps était paralysé. C'était pour ça qu'elle était revenue. Après des mois de marche, d'auto-stop, de faim pour revenir de cette ville désolée jusqu'à Paris, c'était pour ça. Pour le voir une dernière fois.

Elle s'était accrochée à un espoir insensé, une minuscule lueur dans l'immense obscurité de sa vie. Peut-être qu'il la verrait. Peut-être qu'il la reconnaîtrait. Peut-être, juste peut-être, qu'il tenait encore à elle.

Maintenant, en l'entendant parler à Ève avec une telle tendresse, cet espoir mourut. C'était un rêve de folle. Il était heureux. Il avait tourné la page. Son existence était un inconvénient dont il n'avait même pas conscience.

Il rit de quelque chose qu'Ève avait dit, un son bas et intime qui déchira Éloïse. Le cheesecake se retourna dans son estomac. Elle sentit la bile monter dans sa gorge et tourna la tête, vomissant sur le pavé sale.

Le bruit fit se retourner Adrien. Il la vit alors, un misérable tas de haillons sur le sol. Son visage se crispa de dégoût.

« Marc, venez ici », lança-t-il sèchement.

Son assistant, Marc, un jeune homme en costume impeccable, se précipita.

« Monsieur ? »

« Donnez-lui de l'argent. Faites-la partir d'ici. Je ne veux pas voir cette saleté sur la propriété de l'entreprise. »

Marc s'approcha d'Éloïse avec précaution, sortant un billet de vingt euros de son portefeuille. Il le tendit, le nez plissé.

« Tenez. Maintenant, vous devez partir. »

Éloïse ne regarda pas l'argent. Elle ne regarda pas Marc. Elle regarda Adrien. Ses yeux, la seule partie de son visage qui était encore la sienne, le suppliaient. Regarde-moi. S'il te plaît, regarde-moi.

Elle avait déjà entendu ce ton de sa part. Il avait toujours détesté la faiblesse, le désordre. Il exigeait la perfection. Elle n'était plus parfaite.

Elle voulait hurler, rager, le griffer. Mais tout ce qu'elle put faire fut d'émettre un son étranglé et guttural. Instinctivement, elle serra le récipient de cheesecake à moitié mangé avec sa main valide, une défense pathétique de sa seule possession.

« Qu'est-ce qu'elle fait ? Elle essaie de vous attaquer ? » demanda Adrien, la voix glaciale.

« Non, monsieur. Elle... elle s'accroche juste à un déchet. »

« Foutez-la dehors, maintenant. Je n'ai pas de temps à perdre avec ça. »

Adrien commença à se détourner, mais quelque chose l'arrêta. Un éclair d'encre sur son poignet, visible alors qu'elle serrait le récipient. Il plissa les yeux.

C'était un tatouage. Un petit et élégant symbole de l'infini entrelacé avec la lettre « A ». Il en avait un identique sur son propre poignet, caché sous sa montre de luxe. Ils les avaient faits ensemble, une promesse secrète d'éternité.

Il fit un pas de plus, les yeux fixés sur le tatouage. Une lueur de confusion traversa son visage.

« Éloïse ? »

Le nom flotta dans l'air, un fantôme. Il le dit si doucement, presque comme une question à lui-même.

Son esprit s'emballa. Éloïse était en Suisse. Elle s'était enfuie dans la honte après avoir volé l'entreprise, après avoir attaqué Ève. C'est ce que son père lui avait dit. C'est ce qu'ils croyaient tous.

Il regarda le tatouage, puis son visage en ruine. Les cicatrices, la saleté, les cheveux emmêlés. C'était impossible. La femme qu'il connaissait était belle, puissante, provocante. Cette créature était brisée.

« Non », dit-il en secouant la tête. « Ce n'est pas possible. »

Il la regarda une dernière fois, son visage un masque de mépris. Le moment de reconnaissance avait disparu, enterré sous des années de mensonges et une nouvelle réalité plus commode.

« Débarrassez-vous d'elle », dit-il à Marc, sa voix finale.

Il se retourna et s'éloigna sans un second regard. Éloïse le regarda partir, le billet de vingt euros tombant en flottant à côté d'elle. Le téléphone était de retour à son oreille.

« Désolé pour ça, Ève. Juste une petite perturbation. J'arrive. »

Le son de sa voix, remplie d'amour pour une autre femme, fut le coup de grâce. Son mépris était sa condamnation à mort.

Elle resta assise dans la ruelle pendant un long moment, le froid s'infiltrant dans ses os. La ville bourdonnait autour d'elle, indifférente. Elle avait attendu ce moment, l'avait planifié, avait survécu pour lui. Et il n'avait signifié rien.

Elle n'était rien.

Lentement, elle se releva. Son corps semblait incroyablement lourd. Elle ne ramassa pas l'argent. Elle laissa le cheesecake sur le sol.

Elle se mit à marcher, ses mouvements lents et délibérés. Elle savait où elle allait. Les lumières de la ville la guidaient, l'attirant vers l'eau sombre.

Il y avait un agent de sécurité à l'entrée principale du bâtiment, qui la regardait avec méfiance. Il se déplaça pour l'intercepter, pour lui dire de circuler.

L'assistant d'Adrien l'arrêta. « Le patron a dit de la laisser partir. Assurez-vous juste qu'elle ne revienne pas. »

Le garde hocha la tête, reculant.

Éloïse ferma les yeux, une seule larme traçant un chemin net à travers la crasse de sa joue. Elle entendit la voix d'Adrien dans sa tête, pas celle, glaciale, de la ruelle, mais celle d'il y a longtemps, murmurant des promesses dans le noir.

Pour toujours, Élo. Toi et moi.

Pour toujours s'était avéré être un mensonge.

Elle sentit un étrange calme s'installer en elle. La douleur dans son corps, la faim rongeante, la profonde souffrance de son âme – tout commença à s'estomper.

Elle n'était plus qu'un fantôme, et il était temps de disparaître.

Adrien s'arrêta sur le trottoir, attendant sa voiture. Il jeta un coup d'œil à son poignet, relevant sa manchette pour regarder le tatouage. Le symbole de l'infini. Une stupide erreur de jeunesse.

Il secoua de nouveau la tête, essayant d'effacer l'image des yeux de la sans-abri. C'était une coïncidence. C'est tout. Une coïncidence cruelle et étrange. Il monta dans la voiture, la portière se refermant avec un bruit sourd et rassurant, l'isolant de la ville et de ses fantômes.

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