Couverture du roman La mémoire perdue

La mémoire perdue

9.7 / 10.0
Infirmière aux urgences, Clarisse a érigé des barrières pour ne plus jamais souffrir par amour. Cependant, son passé la rattrape brutalement quand son premier amour, l'homme qui l'avait autrefois délaissée, est admis dans son service. Plongé dans le coma, il est à sa merci. Entre amertume et dévouement, elle décide de l'aider à recouvrer la mémoire et le goût de vivre. Mais jusqu'où peut-elle mener ce jeu risqué sans se brûler le cœur à nouveau ?

La mémoire perdue Chapitre 1

L'air froid et humide entre par la fenêtre de la salle de garde. Il pleut depuis ce matin, pour le premier jour de printemps la météo aurais pu faire beaucoup mieux.

Je suis fatiguée de ma garde, et je pourrais tuer pour un café.

Marie- Paule est déjà là, ses cheveux sont en bataille et es lunettes sont accrochés à sa blouse blanche.

Nous travaillons ensemble depuis 6 ans, elle m'as prise sous son aile dès mon arrivée dans le service.

- Tu finis à quelle heure?

-Dans deux heures

-Méfie-toi des bouchons, un carambolage à eu lieu sur l'autoroute.

Qu'elle chance! Mon lit m'attends et peut être Renaud aussi.

Mince, j'ai oublier de l'appeler pour m'excuser. Il nous avais préparer un Week end champêtre sans m'en parler. Tu parles d'une surprise... Je n'aime ni les surprises, ni la campagne.

J'ai un peut exagéré et ça aurais été plus facile de dire que je remplaçais une collègue qui faisais la communion de son petit dernier. Mais j'ai préféré être cassante.

Son air amoureux m'agace. Je ne veut pas qu'il m'aime, son désir me suffit.

- A quoi penses-tu? demande ma collègue en déballant son diner.

- Je me suis disputée avec Renaud...

Elle secoue la tête. Pour elle, je suis le problème. Nous avons déjà aborder le sujet, inutile de recommencer.

Je lui téléphonerai en entrant. Il ne boude jamais longtemps.

En un clin d'œil, Marie-Paule avait englouti son plat et attaque sa grosse part de tarte au pomme. Elle croise mon regard écœuré et un éclair de panique la foudroie:

-Tu trouve que je mange mal?

Je m'efforce de sourire, mais elle n'est pas convaincue.

-Dis-le moi si j'ai grossis? Tu as la chance de pouvoir avaler tout ce que tu veux sans prendre un gramme!

Elle froisse l'emballage du gâteau.

-Avant j'était comme toi.

Avant quoi ? Elle ne va tout de même pas m'imposer son chapitre sur la grossesse qui change le corps d'une femme! Ce n'est ni l'heure, ni le moment. Si elle ose, je ne la remplace pas le week end prochain.

Trop tard, elle se lance. Je n'écoute pas. Je suis fatiguée de m'entendre dire qu'à mon âge, il serais temps que je prête une oreille attentive à mon horloge biologique.

-Tu as trente ans Clarisse.

En trois mois exactement. Mais je n'envisage nullement de faire des enfants. Ma vie me plaît telle qu'elle est. L'autre moitié de mon lit n'est jamais défait, à part quand j'invite Renaud. L'abattant des toilettes est toujours baissé, aucune paire de chaussures n'encombre l'entrée de mon appartement, et surtout personne pour me demander pourquoi je rentre si tard.

- Un jour tu le regretteras, termine-t-elle en se dirigeant vers la cafetière.

J'en doute. J'ai choisi. J'ai zappé de ma vie toutes les petites contrariétés que l'amour nous inflige. J'ai opté pour un célibat raisonné et réfléchi. Ma dernière en date se prénomme Renaud et il sais murmurer: '' J'ai envie de toi'' dans quartes langues différentes. J'adore quand il dit en finnois ''Minä haluan sinut''. Je déteste lorsqu'il évoque la possibilité de vivre ensemble et achève sa tirade par l'inévitable '' Je t'aime''.

Marie-Paule n'est pas convaincue.

- Et demain, quand tu seras vieille et moche!

J'éclate de rire.

-J'adopterai un chien, un poisson rouge et me passionnerais pour les bonsaïs pendant que tu crèveras de trouille à l'idée que ton mari puisse t'abandonner pour une plus jeune!

Elle se détourne dans un mouvement d'agacement. Pour me punir, elle se sert le dernier café et repose délibérément le pichet vide sur son socle toujours sous tension.

- Je te déteste!

- Moi aussi, dit-elle en s'éclipsant.

Elle rit.

Mon bip sonne. L'infirmière en chef, surnommée '' Cheftaine'', est sur le pied de guerre.

- Trois ambulances sont annoncées. Nous ignorons l'état exact des blessés. Soyez prêts!

Des tubes de néons barrent le plafond du couloir. Les murs sont blancs et tachés par endroits. L'hôpital bourdonne du ballet incessant des médecins et du personnel.

Des brancards se bousculent vers l'ascenseur. Une figure longue et chevaline me fait face.

-Un camion frigo s'est renversé sur trois voitures et un camping-car.

De la blouse blanche du Docteur Rina dépasse des bras forts et velus? Une perfusion se balance au-dessus d'une jeune femme au visage tuméfié. Il explique aux étudiants de troisième année qui l'accompagnent:

-Chocs multiples au niveau de la cage thoracique, suspicion de sang dans les poumons. Pour vous quel est le diagnostic?

Deux répondent. Des noms compliqués et savant, Rina me regarde:

- Je vais avoir besoin de vous.

Je l'escorte. Agir vite est vital.

-Madame, vous m'entendez..

Ma main presse la sienne. Elle porte une alliance. D'un coup d'oeil, Rina m'infirme que le mari a eu beaucoup moins de chance? Ce n'est pas le moment de le dire à la blessée.

- Tout ira bien.

Un, deux, trois, nous la soulevons, l'installons sur la table d'opération.

Les yeux de l'anesthésiste sont ternes et fatigués. Les instruments étincellent sous la lumière froide du plafonnier.

- Bistouri! annonce Rina.

Je m'exécute. Le sang gicle sur l'alèse verte.

- Compresse!

- Mes geste sont bien rodés. Je suis arrivé ici voilà six ans, jeune infirmière fraîchement diplômée. Je voulais aidé mon prochain. La première chose qu'il m'a fallu apprendre est de canaliser mes émotions. Pas le temps de s'apitoyer sur les petits et les grands drames de la vie.

Chaque minutes est précieuse. La moindre hésitation risque d'être fatal. Alors, on fonce, le cœur sous carapace, on évite de croiser le regard anxieux d'un parent, d'un ami qui attends et s'angoisse. Seulement, il ne faut pas oublier qu'on meurt aussi aux urgence et que c'est à nous, le personnel hospitalier, de trouver les mots pour expliquer l'inacceptable. A nous d'encaisser la colère légitime de celui qui souffre et nous rends responsable. Je suis blindée.

A l'époque, je ne l'étais pas. Je me cachais dans les toilettes pour pleurer. A la fin de ma première journée de garde, j'étais sortie dans le parc pour crier, me libérer. Un médecin m'avait sourit en guise de complicité.

L'intervention s'achève. La jeune femme dort paisiblement. Elle ignore que son mari est mort, écrasé dans un amas de tôle froissées. Ils avaient sans doute planifié leur avenir, des vacances dans les îles paradisiaques, un enfant dans deux ou trois ans, une maison en bordure de mer. Ils n'avaient oublié qu'un détail: le destin, injuste et cruel.

-Clarisse... Un accidenté, salle 2. Le chauffard a pris la fuite.

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Ch. 4
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