
La Luna Balafrée : Son Vœu Silencieux de Vengeance
Chapitre 2
POINT DE VUE D'ELARA :
« Excellent », fit la voix du Directeur Alistair au téléphone. « Votre place est confirmée. Nous vous attendons en Suisse dans une semaine. »
Une semaine. Six mois d'isolement total. C'était parfait. C'était le seul moyen de rompre un lien qui était maintenant une source de pur poison.
Je traversai la suite Alpha que je partageais avec Damien comme un fantôme dans ma propre vie. Tout l'endroit ressemblait à un musée de notre amour. Une coupe en argent gravée de nos noms, de notre cérémonie d'union. Une photo encadrée de notre premier voyage ensemble, son bras enroulé autour de moi, tous deux souriant comme des idiots.
Une vague de dégoût me submergea.
Je pris un sac poubelle dans la cuisine. La coupe en argent fut la première à partir, se brisant contre le sol en marbre dans un fracas satisfaisant. Le cadre photo suivit, le verre se brisant sur son visage menteur.
Je dévalisai le placard, sortant ses vêtements – les costumes coûteux qu'il portait pour ses « réunions diplomatiques ». Ils portaient tous l'odeur faible et persistante d'autres meutes, d'autres louves. Des souvenirs de ses voyages d'affaires, des babioles de ses trahisons, tout est parti dans les sacs.
Finalement, j'ai fait mes propres valises. Mes livres, mes vêtements, mes outils de guérison. J'ai organisé l'envoi par un coursier sur le territoire de ma meilleure amie Ayla, dans la Meute du Ruisseau d'Argent. À l'aube, toute trace de moi avait disparu, sauf mon corps.
Il est rentré le lendemain soir. Il est entré en souriant et a essayé de m'entourer de ses bras.
« Tu m'as manqué », murmura-t-il, son visage se rapprochant de mon cou.
Mais tout ce que je pouvais sentir sur lui, c'était Cassia. Son odeur écœurante et bon marché d'Oméga était partout sur sa peau, dans ses cheveux. Je reculai comme si j'avais été brûlée, le repoussant avec une force qui nous surprit tous les deux.
« Elara ? » Son front se plissa d'incompréhension.
Il sortit une petite boîte de sa poche. « Un cadeau. De mon voyage. »
À l'intérieur se trouvait une petite fiole d'huile essentielle, contenue dans un récipient en argent ouvragé. C'était la même huile que Cassia utilisait. Et il avait oublié, dans son enchevêtrement de mensonges, que j'étais gravement allergique à l'argent. Le métal brûlait ma peau, une faiblesse connue de tous les loups-garous. Que mon propre âme sœur l'oublie n'était pas de la négligence. C'était le signe que, dans son esprit, j'avais déjà cessé d'exister.
Je fixai l'argent, la preuve de son mépris total. La colère était un nœud froid et dur dans mon estomac.
« Damien », dis-je d'une voix plate. « Nous devrions avoir un enfant. »
Je voulais voir son visage. Je voulais voir comment il allait se sortir de celle-là par un mensonge.
Il se raidit. « Elara, nous en avons déjà parlé. La meute a besoin de toute mon attention. Ce n'est pas le bon moment. »
Son téléphone sonna. Il jeta un coup d'œil à l'écran, et je vis le nom de Cassia. En arrière-plan, j'entendais un enfant pleurer.
« C'est pour le travail », dit-il rapidement en se détournant. « Je dois prendre cet appel. » Il sortit sur le balcon, sa voix baissant jusqu'à un murmure apaisant.
Pendant son absence, mon téléphone bipa avec un message d'un numéro inconnu. Un seul lien, anonyme. Mes doigts tremblèrent en cliquant dessus, un nœud d'angoisse se resserrant dans mon ventre.
Il menait à une galerie de photos publique.
Sa page était publique. Une galerie de sa vie. Une vie avec mon âme sœur. Des dizaines de photos de Damien avec Léo. Damien poussant Léo sur une balançoire. Damien tenant Léo sur ses épaules lors d'un festival de la meute. Damien endormi sur un canapé avec le garçon blotti sur sa poitrine.
Et sous chaque photo, des commentaires de membres de notre propre meute.
« Quelle belle famille, Alpha ! »
« Léo est votre portrait craché ! »
Toute la meute savait. Tout le monde sauf moi. J'étais l'idiote. La future Luna qui n'était rien de plus qu'un bouche-trou.
Une violente nausée me submergea. Je courus aux toilettes, vidant le contenu de mon estomac dans la cuvette. Alors que j'étais agenouillée là, tremblante, une horrible prise de conscience s'imposa. Ce n'était pas seulement le choc.
Mon cycle était en retard.
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