
La Fille Vendue, L'Épouse Brisée
Chapitre 2
La promesse d'Édouard était un mensonge.
Il avait dit que Juliette était en sécurité, qu'il l'avait renvoyée à la maison. Mais quand Charlotte rentra enfin, meurtrie et brisée, le manoir était vide. Silencieux. Juliette n'était pas là. Ses appels tombaient directement sur la messagerie vocale. La panique, froide et aiguë, lui griffa la gorge.
Des heures plus tard, alors que le soleil commençait à teinter le ciel d'un gris maladif, la porte d'entrée grinça.
Juliette était là.
Ses vêtements étaient déchirés. Ses cheveux étaient un amas emmêlé. Il y avait des bleus sur son cou, ses bras, ses jambes. La peinture dorée et argentée était maculée de saleté, de larmes et de sang. Ses yeux, ces beaux yeux d'artiste, étaient creux. Vides. Elle regarda Charlotte, mais c'était comme si elle regardait à travers elle, vers quelque chose d'horrible de l'autre côté.
Hélène, la mère adoptive de Charlotte, qui logeait chez eux, descendit les escaliers en courant. Elle vit Juliette et poussa un cri étranglé, sa main volant vers son cœur avant de s'effondrer sur le sol, évanouie.
Le monde se dissolut dans un flou de sirènes, de couloirs d'hôpital et d'odeur stérile d'antiseptique. Hélène fut stabilisée, une légère crise cardiaque provoquée par le choc. Mais Juliette... Juliette était dans un état catatonique, refusant de parler, son corps une carte routière des horreurs qu'elle avait endurées.
Charlotte resta assise au chevet de sa fille, une tempête de chagrin et de fureur faisant rage en elle. Elle appela Édouard encore et encore, mais il ne répondit pas. Il était un fantôme.
Le lendemain matin, il apparut. Il entra dans la chambre privée de Juliette à l'hôpital comme s'il passait pour une visite décontractée. Il était impeccable dans son costume sur mesure, pas un cheveu de travers.
« Tu as appelé la police ? » demanda-t-il, sa voix dénuée d'émotion.
« Oui », cracha Charlotte, sa voix tremblant de rage. « Je leur ai tout dit. Ce que tu as fait. Ce que Karine a organisé. Ce que ces hommes lui ont fait. »
L'expression d'Édouard ne changea pas. « Annule la plainte. »
« Jamais. »
« C'était juste un malentendu », dit-il en agitant une main dédaigneuse. « Karine essayait juste de... pimenter les choses. Elle ne pensait pas que ça irait aussi loin. Les hommes se sont emportés. »
« Elle a seize ans, Édouard ! Seize ans ! C'est une enfant ! »
« Je te dédommagerai », dit-il, le ton ennuyé. Il sortit son chéquier. « Un million ? Cinq ? Dis-moi un prix. »
Le son fut assourdissant. Pas celui du chéquier, mais celui de la gifle. La main de Charlotte frappa son visage, la force du coup libérant une fraction de son agonie.
Il ne broncha même pas. Il la regarda simplement, un sourire lent et froid s'étalant sur ses lèvres. « Tu n'aurais pas dû faire ça, Charlotte. »
Il sortit son téléphone. Il appuya sur play.
Et la pièce se remplit du son. Le son des cris de Juliette. Le son des rires d'hommes. Le son du tissu qui se déchire.
Charlotte se jeta sur le téléphone, un cri d'animal sauvage s'arrachant de sa gorge, mais ses gardes, qui s'étaient matérialisés silencieusement dans l'embrasure de la porte, l'attrapèrent, la retenant.
« Tu vois », dit Édouard, sa voix un murmure venimeux par-dessus les sons de la violation de sa fille. « Si tu ne retires pas ta plainte, cette vidéo devient publique. Pense à la réputation de Juliette. À son avenir. La prestigieuse école d'art où elle vient d'être admise. Ils ne voudront pas d'une étudiante avec ce genre de... bagage. »
Il utilisait la douleur de sa propre fille comme une arme contre elles. Encore une fois.
Soudain, il y eut un petit bruit venant du lit. Un gémissement.
La tête de Charlotte pivota.
Juliette était assise. Ses yeux n'étaient plus vides. Ils étaient fixés sur le téléphone dans la main d'Édouard, écarquillés d'une horreur nouvelle et plus profonde. Elle avait tout entendu.
Elle regarda Charlotte. Ses lèvres formèrent un seul mot. « Maman. »
Et puis elle bougea.
Tout se passa si vite. Un instant elle était sur le lit, l'instant d'après elle était sur le rebord de la fenêtre. La fenêtre était ouverte, une brise matinale fraîche entrant dans la pièce.
« Juliette, non ! » hurla Charlotte, luttant contre l'emprise des gardes.
Mais il était trop tard.
Avec un dernier regard, d'un vide déchirant, Juliette se pencha en arrière et disparut.
Les cris venant de la cour en bas furent la dernière chose que Charlotte entendit avant que son monde ne devienne complètement silencieux.
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