
La Femme qu’il n’a pas reconnue
Chapitre 7
Didier venait à peine de raccompagner Isabelle à sa voiture quand il m'a entendue prononcer ces derniers mots.
J'ai réalisé qu'il n'avait pas saisi le début de ma phrase et ai inventé une excuse à la hâte : « Un ami va quitter la ville bientôt. »
Didier a hoché la tête sans poser d'autres questions.
...
Quatre jours avant mon départ, Didier a rapporté les photos de son mariage avec Isabelle. Son téléphone à la main, il était en appel vidéo avec elle tout en lui présentant le cadre avec tendresse.
« Isabelle, les photos sont enfin développées. Le photographe a dit qu'elles étaient réussies. »
Je sortais justement de la cuisine.
En me voyant, son regard a trahi une gêne fugace, comme s'il voulait m'expliquer quelque chose.
J'ai jeté un coup d'œil à la photo et ai esquissé un sourire forcé : « C'est vrai, elles sont belles. »
J'avais pourtant payé une fortune ce photographe, rêvant d'immortaliser nos moments les plus heureux, Didier et moi. Dans ma tête, nous aurions dû être les seuls sur ces clichés, souriants, complices devant l'objectif.
Sur la photo, Didier, élégant dans son costume, était rayonnant. Oui, c'était lui que j'avais tant aimé. La seule différence avec mes attentes ? La mariée n'était pas moi.
Didier est resté interloqué. Il a réalisé soudain que je ne lui avais plus adressé la parole depuis longtemps. Même pendant sa semaine de vacances avec Isabelle, aucun message de ma part.
Cela le déstabilisait.
Au bout du fil, Isabelle continuait de bavarder avec entrain, mais lui, désormais, me fixait. Une vague d'inquiétude l'a envahi, qu'il a tenté de refouler.
...
Deux jours avant mon départ, alors que j'allais à l'hôpital chercher des médicaments, je suis tombée sur Didier et Isabelle, qui sortaient justement d'une consultation prénatale.
Une lueur de panique, rare chez Didier, a traversé son regard. Il a ouvert la bouche pour parler, mais Isabelle l'a devancé.
Elle s'est avancée vers moi, a saisi ma main, les yeux brillants de larmes : « Nina, je sais que tu n'as jamais accepté ma grossesse… mais je n'ai plus le choix. Les médecins ne me donnent plus qu'un an. Je veux tant voir mon bébé naître… Je te promets, après l'accouchement, je disparaîtrai de la vie de Didier. Je ne briserai rien entre vous. »
Je n'avais pas le temps de répondre. Didier l'a attirée à lui, bouleversé : « Ne parle pas comme ça. Concentre-toi sur ta grossesse et ta guérison. »
Puis il m'a fixée, le regard trouble : « Sois tranquille, ça n'affectera pas notre mariage. »
Je les observais un instant avant de détourner les yeux : « Je comprends. »
Sans ajouter un mot, j'ai saisi mes médicaments et ai tourné les talons. Inutile de perdre du temps. Milan m'attendait, et mes valises aussi.
Ma réserve les a stupéfiés, surtout Didier. Son visage s'est fermé tandis que je m'éloignais. Lui qui m'avait vue tempêter pendant un mois à propos de cette histoire de grossesse… Alors, cette indifférence soudaine ? Comment ne pas s'inquiéter ?
Une sourde angoisse l'a envahi. Quelque chose avait changé, silencieusement. Et il l'avait ignoré.
J'atteignais l'escalier quand Isabelle m'a rattrapée brusquement, agrippant ma manche.
Didier restait loin derrière. Elle a laissé tomber son masque.
« Alors, Nina ? Comment ça fait, de regarder ton fiancé faire un enfant avec une autre ? »
J'ai refusé le débat, dégageant ma main d'un geste sec.
Mais à peine avais-je bougé qu'Isabelle a vacillé, feignant de perdre l'équilibre vers les marches.
Instinctivement, je l'ai rattrapée avant sa chute.
Je n'avais pas le temps de lâcher prise, et la voix de Didier, explosive, a retenti : « Qu'est-ce que tu fabriques ?! »
En le voyant approcher, Isabelle a joué instantanément l'offensée : yeux rougis, mains sur son ventre, tremblante.
« Didier… Je voulais juste remercier Nina pour sa gentillesse, mais elle a… »
Sur ses mots, le visage de Didier est devenu glace : « Nina, je ne t'aurais jamais cru capable de ça ! Va t'excuser. Tout de suite ! »
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