
La Femme qu’il n’a pas reconnue
Chapitre 5
La semaine suivante, je n'ai vu plus Didier. Mais je savais exactement ce qu'il faisait, grâce à Isabelle qui partageait tout sur les réseaux sociaux. Difficile de l'ignorer.
Ils avaient pris des bains thermaux ensemble, admiré la mer, posé au lever du soleil... Sur ces photos, je redécouvrais un Didier différent : apparemment, lui aussi pouvait se montrer chaleureux et attentionné, comme n'importe quel homme amoureux.
Pendant son absence, je ne suis pas restée inactive.
Notre appartement regorgeait d'objets accumulés. Il m'a fallu alors plusieurs jours pour tout trier méthodiquement.
J'ai profité aussi d'un moment pour rendre visite à mes parents. Je leur ai annoncé mon départ prochain pour un institut de recherche médicale à Milan, et les ai prévenus qu'en raison de la nature confidentielle de mes travaux, je ne pourrais plus guère communiquer avec eux.
Mon père a semblé surpris : « Mais ton mariage avec Didier ? Vous allez vivre séparés ? »
Ma mère, inquiète, m'a serré la main : « Réfléchis bien, Nina. Tu as mis tant d'années à construire cette relation. J'ai peur qu'il ne l'accepte pas... Qu'il annule le mariage. »
Je comprenais leurs craintes.
Ils avaient observé mon attachement obstiné pour Didier toutes ces années, tout comme son indifférence croissante. Autrefois, ils m'avaient discrètement mise en garde, doutant de la place que j'occupais dans son cœur.
Mais j'étais alors convaincue de pouvoir le changer. Ils avaient ainsi cessé d'insister.
Cette fois, c'était moi qui annulais le mariage.
Devant ma décision, ils sont restés longtemps silencieux.
Je n'ai pas mentionné la grossesse d'Isabelle, ce choc leur aurait été trop douloureux. Je me suis contentée d'évoquer ma vocation médicale.
Enfin, mon père a soupiré et a posé une main sur mon épaule : « Tout ce que je souhaite, c'est que tu n'aies pas de regrets. »
De retour chez moi, j'ai invité ma meilleure amie Lydia à m'aider à me débarrasser des cartons déjà préparés. Ils encombraient le salon, occupant un espace considérable.
Nous avons fait plusieurs allers-retours. Quand enfin tous les cartons étaient jetés, l'appartement a paru soudainement vide.
Lydia, contemplant la scène, était visiblement émue. Elle se souvenait encore comment, deux mois plus tôt, après que Didier avait accepté ma demande en mariage, je l'avais entraînée dans une nuit de beuverie euphorique, répétant sans cesse que j'allais enfin réaliser mon rêve.
Elle n'aurait jamais imaginé qu'à peine deux mois plus tard, je déciderais d'annuler le mariage.
« Tu es sérieuse ? Je croyais que tu plaisantais quand tu as parlé d'annulation », a-t-elle dit, incrédule.
« Je t'ai vue courir après Didier pendant des années. Que s'est-il passé ? Pourquoi lâcher prise maintenant ? »
Peut-être parce que mon départ était imminent, j'ai ressenti soudain le besoin de me confier. J'ai raconté donc à Lydia tout ce qui s'était passé ce dernier mois, y compris la grossesse d'Isabelle et la complaisance de Didier...
Elle a laissé échapper un juron : « Putain de merde ! Après tout ce que tu as fait pour lui, il fait un enfant à une autre et s'attend à ce que tu acceptes ? Il est fou ou quoi ? »
J'ai baissé les yeux, avalant mon amertume : « Qui sait ? Il dit qu'Isabelle lui a sauvé la vie et qu'il doit exaucer son vœu. »
L'expression de Lydia s'est crispée de colère : « Toi aussi tu lui as sauvé la vie ! Pourquoi te traiter comme ça ? »
Je n'ai pas répondu.
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