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Couverture du roman La dernière Lilandrienne - Tome 1

La dernière Lilandrienne - Tome 1

Princesse douée mais rebelle, Tory ne rêve que d'abandonner son titre pour une vie de troubadour. Son destin bascule tragiquement quand le massacre de sa famille la contraint à l'exil. Entre nouvelles amitiés et trahisons amères, sa fuite se transforme en une quête identitaire profonde. En découvrant qu'elle est l'ultime survivante des Lilandriennes, Tory voit son existence bouleversée. Désormais, elle doit embrasser sa véritable nature pour affronter un avenir incertain.
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Chapitre 2

Lucas

Deux années de mission vont arriver à leur conclusion ce soir. Deux années d’espionnage, deux années à vivre entre deux feux. Nous sommes postés à l’extérieur de la baie vitrée, avec une vue imprenable sur l’estrade et ses occupants. La famille royale. Une petite famille parfaite. Si je me laissais à ressentir des émotions pour eux, je dirais que je me sens coupable pour ce qui est sur le point de leur arriver. Surtout vis-à-vis d’Elle. Elle, dont j’ai observé les moindres mouvements durant ces dernières années, sans jamais pour autant avoir aperçu son visage de près. Elle, qui représente l’ombre blonde qui hante la plupart de mes rêves. Et soudain, Elle est là. Toryianna. Elle s’avance avec grâce et légèreté, splendide, laissant entrevoir les prémices de la reine qu’elle aurait pu devenir, si on lui en avait laissé la chance, ce qui ne sera pas le cas. Je secoue la tête, me reconcentrant. Oui c’est ça. Surtout, rester concentré sur l’objectif. Sur la mission. Faire en sorte que justice soit faite et que tous ces sacrifices n’aient pas été faits en vain. C’est l’ennemi, et ils représentent tout ce que je hais. Même elle. Surtout Elle, si je suis tout à fait honnête. Une vie facile de luxe et de pouvoir sans aucun effort ou mérite. Je lève la main et, donnant le signal, mets la roue du destin en marche. Une seconde plus tard, la structure de verre explose, changeant le cours des choses.

Toryianna

De la fumée. De la fumée partout. Ça rend ma vision toute trouble. À moins que ça soit l’effet du coup que j’ai reçu sur la tête quand je suis tombée sur le sol. Aïe ! Ouais, c’est ma tête. Mes oreilles bourdonnent et j’entends vaguement des gens crier, peut-être même que l’on m’appelle, mais tous les sons me parviennent comme étouffés. Me forçant à me relever, je manque de retomber sur le sol tant les vertiges sont violents. Je passe alors la main dans mes cheveux et trouve la plaie. Comme elle ne guérit pas, je suppose qu’il doit y avoir un corps étranger encore enfoncé dans mon crâne. En grimaçant de douleur, j’enfonce mes doigts dans la blessure et en ressors un éclat d’une matière noire et brillante, grand comme l’ongle de mon pouce. Mes doigts se mettent à brûler et à fumer sous son contact, et je le lâche dans un cri, sentant le sang quitter mon visage. Du cristal noir. Comment, aux noms de tous les dieux, ont-ils pu s’en procurer une quantité suffisante pour une bombe sans que nous le remarquions ? L’unique mine en produisant, Stelène, est pourtant sous haute surveillance. Et surtout, pourquoi faire une bombe, puis la faire exploser tout court ? Toutes mes pensées se mêlent et se bousculent, mon cerveau est toujours brumeux, je ne saisis rien de ce qui est en train de se passer. Je suis tellement confuse que je sens à peine que l’on me pousse, même si cela me fait baisser la tête. La vision de la robe bleue déchirée et couverte de sang me fait l’effet d’un électrochoc et des bribes de mon rêve me reviennent en mémoire, faisant monter mon anxiété à un tout autre niveau. Réalisant que je me trouve au milieu des décombres de l’estrade, je me décide enfin à bouger. Autour de moi, il y a principalement de la fumée résiduelle due à l’explosion, des morceaux de bois, de pierre et… de… des corps. Des frissons de peur me parcourent tandis que je note mentalement le nombre de morts autour de moi. À vue de nez, il y en a au moins une cinquantaine, dont certains ont été violemment piétinés. Je sens la nausée monter mais j’essaie de la réprimer et de ne pas penser au fait que j’ai probablement des bouts de cadavres sur moi. L’angoisse prenant le pied sur l’horreur, je scanne la pièce à la recherche de ma famille. Mais non, pas de trace de mes sœurs, ni de mon frère et encore moins de mes parents dans le chaos ambiant. Non, ni les pointes vertes d’Émeraude ni les mèches couleur feu de ma mère ne sont visibles, pourtant ce sont les traits les plus voyants parmi eux, ceux que j’aurais pu remarquer le plus facilement. Effectuant un autre scan, mental cette foi, je me concentre sur chacune de leur signature psychique. Je peux le faire. Je les connais aussi bien que la mienne. S’ils sont présents, je les sentirais. Blanc, doux et cotonneux. Rouge, jaune, rose, et violet vif, intense et extravagant. Vert Émeraude, pointu, piquant et ordonné. Or intense, chaleureux et scintillant. Rouge Bordeaux, empreint de pouvoir, confiant et victorieux. Argenté, délicat, froid et noble. Pétillant, violet et extravagant. Majestueux, soyeux et pastelle. Nuances de vert, force, courage. Agathe. Ambre. Émeraude. Ash. Papa. Maman. Tante Helvétia. Tante Héra. Green. J’ai beau me concentrer, mettant tant de force dans la recherche que mon esprit est à deux doigts de se disloquer, je ne les trouve pas. Je sens cette fois le désespoir m’envahir, brûlant et dévastant. Non, je me rassure, ils ne sont ni morts ni disparus. On a dû les emmener ailleurs. Oui c’est ça, ils ont été évacués ! Maintenant il faut réfléchir. Réfléchis Toriyanna. Malgré mes propres vociférations mentales, je me suis dirigée sans y penser jusqu’à l’entrée du jardin, là où une vitre aurait dû se trouver. Ô mes dieux. Je suis complètement, ridiculement, stupide. Si la bombe et les connards qui l’ont déclenchée étaient quelque part, c’est peut-être à l’endroit du trou béant se trouvant à présent dans la baie vitrée. Comme une imbécile, je me suis jetée dans la gueule du loup. Une pointe de douleur venant de mes pieds, apparemment nus, m’envoie de nouveaux pics d’angoisse le long de l’échine. Dans mon rêve, j’étais dehors. Si je veux qu’il ne se réalise pas complètement, je dois impérativement retourner à l’intérieur. Mes pieds me font un mal de chien car à chaque pas, je marche sur du verre : les coupures se referment juste à temps pour que d’autres apparaissent dès que je pose le pied sur le sol. Et malgré tout, je persévère. Malheureusement, a peine ais je retraversé le portail de verre improvisé qu’une main m’agrippe le poignet. Que la déesse soit bénie pour le flot d’adrénaline qui parcourt mes veines lorsque je me retourne, bien décidée à en découdre. Mais là, je reste figée à observer l’inconnu, brun aux yeux bleus sous son masque noir et qui, par miracle, semble aussi paralysé que moi. Trois longues secondes passent, pendant lesquelles nous restons, les yeux dans les yeux, bizarrement immobiles. Le coup que je me suis prise sur la tête devait être plus sérieux que ce que je pensais. Grâce aux dieux, la seule partie de mon cerveau encore utile se met à agir, bien que je n’aie aucune foutue idée de ce que je suis en train de faire. Et c’est comme ça que, comme si j’assistais à la scène de l’extérieur, prisonnière de mon propre corps, je me vois l’embrasser et passer les mains autour de son cou et dans ses cheveux. Encore plus bizarre, il ne se tend qu’un dixième de seconde avant de me rendre mon baiser. Sans perdre une minute, j’agrippe ses mèches courtes et éclate sa tête sur le sol, l’assommant. Oh merci, cerveau en étrange pilote automatique ! OK. D’accord. J’ai assommé le méchant. Maintenant il faut que je bouge parce que vu son odeur – délicieuse, à mon grand regret – c’est un loup-garou, et je n’ai que quelques précieuses minutes dans le meilleur des cas avant qu’il ne reprenne connaissance. Il faut vraiment que je me mette en mouvement. Que je trouve ma famille. Et une paire de chaussures. Je retourne vers l’estrade détruite, évitant les gens qui fuient, ayant vaguement conscience des gardes royaux se battant contre d’autres hommes masqués dans le fond de la salle. Et là, je bute contre quelque chose, mes pieds se couvrant d’un liquide visqueux. Un pressentiment affreux me prend aux tripes et tremblant de tout mon corps, je baisse les yeux. Mon cœur sombre dans ma poitrine. Des cheveux roux, des yeux violets mais pas ma mère. Non le cadavre à mes pieds est celui de ma tante, Helvétia, la sœur de ma génitrice. Une larme coule le long de ma joue, me laissant une sensation brûlante. Je secoue la tête : il faut que je garde la tête froide. J’aurais tout le temps de pleurer plus tard. Malgré ma poitrine lourde et les fissures qui s’agrandissent dans mon cœur, une lueur d’espoir y rejaillit lorsque je capte une signature psychique. Or intense, chaleureux et scintillant : Ashonyx. Je redresse immédiatement la tête et l’oriente dans le sens de la trace psychique. Et la lueur d’espoir disparu.

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