
La chute d'une feuille d'automne
Chapitre 3
Les journées devenaient longues et harassantes pour elle ; sa mère la traitant comme une esclave.
De plus, elle avait dû creuser elle-même la sépulture de son propre père ; punition donnée par sa mère pour l’avoir laissé mourir.
La jeune fille belle et élégante qu’était Azéline changea.
Durant un an, elle fut l’esclave de sa mère tous les jours sans interruption. Elle devait tout faire elle-même et seule sans aucune aide. À la moindre faute ou contrariété de sa mère, elle se prenait des coups, était privée de nourriture et devait dormir dehors.
Ce supplice dura un an… jusqu’à aujourd’hui… 22 septembre 1965… jour de son anniversaire.
Déjà avant ses anniversaires avaient été pour le moins… spéciaux mais aujourd’hui, comble de l’extase, il battait tous les autres.
En règle générale, ses anniversaires étaient fêtés uniquement par M. et Mme Daubry. M. Daubry lui préparait un énorme gâteau au chocolat et lui offrait un livre de sa bibliothèque. Quant à Mme Daubry, elle lui confectionnait chaque année une nouvelle robe ainsi qu’une nouvelle peluche en laine. Pour ce qui était de ses parents… la fête était différente. Ce jour-là, sa mère l’ignorait encore plus que d’habitude quant à son père… il l’évitait au maximum jusqu’au soir. En effet, lorsque sa femme s’était endormie, il allait la voir et l’emmenait sous la fraîcheur nocturne automnale contempler les étoiles.
Azéline appréciait ce moment père-fille mais son père d’années en années lui répétait sans cesse les mêmes choses et au bout d’un moment, elle avait arrêté de l’écouter mais aujourd’hui, elle donnerait tout pour qu’il soit là et ; en contemplant les étoiles, qu’il lui répète son laïus :
— Après la mort de ton frère… nous avons dû rapidement faire notre deuil pour pouvoir d’accueillir convenablement mais… ce fut un échec. Tu ne t’en rappelles pas car tu n’avais que quelques heures mais je t’ai fait une promesse bébé et je ne sais pas si je serai en mesure de la tenir. Pardonne-moi pour cela et ne m’en veux pas… ni à ta mère. C’est une bonne femme qui t’aime à sa manière et qui t’aimera toujours. Tu es une femme courageuse Azéline, reste-le à jamais.
Azéline l’avait écouté et appris par cœur et c’est vrai. Elle aimait sa mère. Malgré toutes les souffrances que celle-ci lui avait fait subir, elle la portait dans son cœur et l’idolâtrait même. Cette femme qui était sa mère ; une femme forte qui s’était battue et qui avait fait preuve de courage devant les épreuves de la vie… mais elle ne pouvait en dire autant d’elle. Elle n’était pas comme sa mère et ne le serait jamais. Elle resterait à jamais cette pauvre petite fille frêle et fragile muette, dénuée de courage qui ne serait jamais aimé par d’autres hormis les Daubry et son père.
Sa mère le lui avait d’ailleurs répété sans cesse durant cette année de malheur. Elle lui disait qu’une fois qu’elle aurait quitté ce monde, elle se retrouverait seule, sans rien ni personne pour s’occuper d’elle et encore moins l’aimer.
— Qui pourrait aimer une fille comme toi Azéline ? Une handicapée, une erreur de la nature, un fardeau pour l'humanité ! Tu finiras à jamais seule sans amour et tu comprendras ainsi mon chagrin… d’avoir perdu ton frère, ton grand-père et ton père et surtout d’avoir mis au monde… une erreur de la nature comme toi ! Je donnerai tout pour échanger ta place contre celle de ton frère.
Ah… son frère. Bien qu’elle ne l’ait jamais connu, elle savait qui il était.
Dans la maison de ses parents, il y avait des photos de lui ainsi qu’un petit autel en son honneur dressé au milieu du salon. De plus, depuis son décès, Régine avait totalement et à jamais condamné sa chambre et ce, afin de garder en mémoire l’esprit de son fils. Et pour rajouter à cela, concernant son anniversaire, celui-ci était célébré plusieurs fois dans l’année. Le jour de sa naissance, le jour de son départ à la guerre et le jour de sa mort. Trois jours dans l’année qui se passaient de la même manière. Trois jours durant lesquelles Azéline avait interdiction de la part de sa mère d’aller chez les voisins, d’écrire quoique ce soit sur son ardoise et devait paraître la plus discrète possible du lever au coucher du soleil.
Durant ces trois jours dans l’année, sa mère passait la journée aux fourneaux et préparait un bon repas… qui n’était jamais dégusté par qui que ce soit car elle le déposait dans un panier et l’emmenait dans les bois derrière le lac là où était la tombe de David.
Encore une fois, il avait tout… elle n’avait rien.
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