
La chenille qui se transforma en papillon alors que sa vie battait de l'aile
Chapitre 3
Quel contraste avec mes idéaux d’adolescent ! Alors qu’aujourd’hui, c’est le vide qui caractérise ma vie, à l’époque, j’étais plein de tout. Plein d’idées et de projets, plein d’enthousiasme et de volonté. Mais aussi, il faut bien le dire, plein de naïveté et d’illusions, plein de boutons et de comédons, plein de points noirs et de peau grasse, plein de duvet et de complexes. À cet âge dit ingrat, un peu à l’instar de tous mes petits camarades, je voulais changer le monde. Comme le groupe Téléphone, « je rêvais d’un autre monde » que celui légué par nos pères. Un monde où le prix des disques et des bonbons Haribo serait à la portée de toutes les bourses. Où l’acné juvénile et les appareils dentaires seraient considérés comme des attributs de séduction par les jeunes filles en fleur. Où la plus jolie fille du collège, Clarice Legrand, qui n’a jamais daigné me parler et même lever les yeux sur ma pauvre petite personne, aurait été folle de moi et de mon corps. Et où, si l’on se donnait tous la main et bien, ça serait tellement mieux car, au moins pendant ce temps-là, on n’aurait pas le doigt posé sur une gâchette ou le poing sur la gueule du voisin. J’étais prêt à concourir au concours de miss France avec ma philosophie de la vie de midinette !
À cette époque, je rêvais surtout d’avoir une vie hors du commun. Je rêvais de m’émanciper d’un cheminement qui m’était plus ou moins tracé par les « grands », les adultes, ma famille, ma lignée, mon milieu social, mes complexes. J’avais peur de me faire avoir par l’envie d’avoir, de posséder, de consommer, d’accumuler. L’envie de posséder une belle voiture comme tout le monde. Une belle maison comme tout le monde. Une bonne épouse. Un bon métier. Un compte en banque bien approvisionné. Une belle-mère bonne cuisinière. De beaux enfants bien sages. Un bon gros chien bien pataud. Une jolie maîtresse, elle aussi « bonne » tout simplement. Enfin tout le matos en kit de l’homme moderne accompli, qui a bien fait ses devoirs tout comme on lui a dit de faire à l’école, à son travail, à sa banque ou dans sa belle-famille…
Je ne savais pas encore l’exprimer, mais je sentais bien que quelque chose ne m’attirait pas dans ce mode de vie préfabriqué. Dans cette maison témoin du bonheur. Dans cette publicité trop parfaite pour l’ami Ricoré, l’ami du petit-déjeuner. J’aspirais à une vie faite d’une matière plus exotique. D’un bois plus noble, plus authentique, plus solide, moins toc. Une vie moins égoïste. Moins indifférente à ce qui se passe dans le monde et au sort des autres. Moins matérialiste. Moins superficielle. Moins obsédée par ce que les autres pourraient bien penser de moi.
Je rêvais de sortir du lot, de devenir une star, une vraie, du rock ou bien du ballon rond. Et même une star connue et vénérée dans le monde entier. Passée la période du mange-disque au son des Poppys et de Carlos qui chantait « Je préfère manger à la cantine avec les copains et les copines », j’écoutais dans ma chambre des heures durant des vinyles en couleur. Je mimais frénétiquement des Guitar Heroesfous et chevelus en remplaçant leurs guitares électriques saturées par un charmant coussin orange du meilleur goût, du moins des Seventies, où trônait fièrement un petit lapin vert que j’appelais Gaston… J’étais déjà un rebelle de la pire espèce ! Une sorte de punk en pyjama en pilou…
Les après-midi pluvieux, et Dieu sait s’il y en eut durant mon enfance banlieusarde, je m’ennuyais ferme et je rêvassais à ce que pourrait être ma vie de star planétaire adulée. Je me voyais alors voyager dans le monde entier. Me déplacer dans mon jet privé et dans une immense limousine blanche aux vitres fumées. Descendre dans les hôtels les plus luxueux tout en ayant une attitude très cool, rebelle et détachée. Porter des lunettes noires nuit et jour afin que personne ne puisse me reconnaître. Mais tout de même pour que tout le monde me remarque. Sortir dans la rue entouré de mes gardes du corps. Quatre jeunes blondes californiennes bodybuildées. Afin de me protéger de hordes de fans aux formes généreuses au bord de l’hystérie en me voyant et portant des tee-shirts moulants sur lesquels seraient imprimées ma photo accompagnée de ma célèbre devise : « It’s so good to be the Best !». Pour me protéger également de paparazzis sans scrupules attirés par mes frasques faisant la Une de la presse people. Entre deux plongeons dans ma piscine d’eau salée, mon attachée de presse me montrerait les titres imprimés en lettres géantes dans différents journaux à scandales : « Qui est vraiment JP ? », « JP, la légende vivante », « JP et sa dernière conquête », « JP, le guitariste aux doigts d’or », « JP, range ta chambre »… Enfin, tellement de clichés que ma véritable vocation était certainement de devenir photographe. Un vrai fantasme de petit con boutonneux qui se fait chier comme un rat mort dans sa chambre en attendant qu’il se passe enfin quelque chose dans sa petite vie de banlieue terriblement ennuyeuse. Et pourtant, je m’y voyais vraiment. Jusqu’au moment où une autre de mes fans, la plus fidèle de toutes, alias ma mère cette serial killer de fantasmes, me sortait de mes rêveries en me criant depuis la cuisine : « et tu as pensé au moins à descendre la poubelle ? ». Je me trouvais alors à nouveau brusquement aspiré par une réalité qui me rappelait que ce que j’enlaçais n’était pas cette superbe jeune femme blonde prénommée Priscilla, mais bien Nestor le Castor en peluche… Réalité, quand tu nous tiens… entre tes bras !
Je ne me fais plus aucune illusion. Je ne serai jamais un Guitar Heroe. Eddie van Halen peut dormir tranquille aux côtés de la belle Priscilla. Pas plus que je ne serai un dieu du football, le nouveau Pelé blanc comme pouvait l’être Zico, le grand footballeur brésilien de cette époque. Et pourtant, je m’imaginais marquer des buts fabuleux, des reprises de volées géniales, des têtes plongeantes folles, des ailes de pigeon démentes, des coups francs à la Rensenbrink, des penaltys à la Neeskens, autant de gestes qui suscitaient l’admiration des quelque 180 000 spectateurs du stade Maracana à Rio de Janeiro, le plus grand stade du monde. J’arborais fièrement le maillot de clubs brésiliens aussi mythiques à mes yeux que ceux de Flamengo, de Fluminense, de Santos ou de Botafogo. Je soulevais la coupe du monde, en fait un vieux vase jaune ébréché qu’avait offert ma grand-mère à mes parents pour leur mariage, sous les hourras des spectateurs. Ou plus exactement les aboiements de Toky, le chien du voisin qui devait penser que j’avais l’intention de me servir du vase pour l’agresser. En tout cas, l’esprit y était. Et puis, de toute façon, j’aurais été trop jeune pour jouer dans la grande équipe du Brésil de 1982, celle des Zico, des Socrates, des Falcao ou autre Junior. En plus, les formalités administratives pour obtenir la nationalité brésilienne auraient pris trop de temps et j’aurais certainement raté le début de la compétition. Mais peut-être qu’avec mon précieux renfort, les Brésiliens auraient pu gagner la coupe du monde en Espagne cette année-là. Mais, il y a eu Paolo Rossi… Dans ma vie, il y a toujours eu, à un moment ou à un autre, un Paolo Rossi pour venir tout gâcher. Et pourtant, qui se souvient encore de lui à part moi ?
Paolo Rossi était un footballeur italien, l’avant-centre de l’équipe d’Italie lors de la fameuse coupe du monde de 1982 en Espagne. Celle où Bossis… Bon, passons ! Quasiment inconnu au début de la compétition, il a pourtant terminé meilleur buteur, en inscrivant six buts au total. Et c’est lui qui a permis à son équipe d’éliminer le Brésil, puis d’être championne du monde. Et pourtant, ce joueur d’un physique tout à fait ordinaire n’était doté d’aucun don particulier. Il est devenu très rapidement une star mondiale. Ou plutôt une étoile filante du football, puisqu’il est assez rapidement retombé dans l’anonymat le plus total après la compétition. Il a fait gagner une équipe pas vraiment exceptionnelle, en battant le Brésil, la plus belle équipe de l’époque, et en marquant des buts « à la con » en exploitant les erreurs de ses adversaires. Pour moi, Paolo Rossi est l’incarnation même de l’opportuniste. Le genre de type insupportable, le petit gars teigneux qui arrive brusquement de nulle part et qui nous pique la vedette, avant de repartir et de disparaître à tout jamais dans les oubliettes de l’histoire. Le type qui ne ressemble à rien et qui profite de la moindre faille de notre « défense » ou de la moindre seconde d’inattention pour nous piquer notre nana, notre boulot, nos rêves d’adolescence, avant de s’évanouir dans la nature. Et Dieu sait s’il y eut des Paolo Rossi dans mon existence…
Mais lui, au moins, est devenu une star. Certes, ça n’a duré que cinq minutes, mais il a pu tout de même savourer cette impression magique d’être adulé par les foules. D’être pour un bref instant un Freddie Mercury sur la scène de Wembley qui fait son « eeeeeooooooo » repris par des dizaines de milliers de spectateurs. C’est vrai que c’était idiot de vouloir devenir une star alors qu’il faut bien le dire, je ne me suis jamais vraiment donné les moyens d’en devenir une. En réalité, moi, un petit gars de banlieue parisienne tout à fait ordinaire, tout à fait dans la moyenne, la version moderne de l’homme sans qualités, je souhaitais simplement que l’on me remarque. Que l’on me distingue de la masse par un talent dans un domaine particulier. Mais de talent dépourvu, j’ai préféré me fondre dans la masse. Et ça, je n’y suis même pas parvenu. Je suis fait d’un métal qui n’est ni précieux ni susceptible de se fondre dans la masse. C’est peut-être pour cela que j’ai quelquefois l’impression d’être un boulet… Je suis quelqu’un d’ordinaire qui n’arrive même pas à être comme tout le monde. Voilà sans doute tout mon drame !
J’ai entrepris des études supérieures que je me suis efforcé avec un brio certain de ne jamais terminer. Avant de briller dans nombre de petits jobs plus insignifiants les uns que les autres. Il y a bien eu deux périodes de gloire assez éphémères dans mon existence, qui ne font pas de moi une star, loin de là. À une époque, j’écrivais des trucs. Principalement des scénarios. L’un d’eux a été retenu pour la réalisation d’un téléfilm qui a été diffusé sur une grande chaîne publique… Pourtant, je n’ai jamais cherché à persévérer dans cette voie. Il faut dire que c’est à cette période que j’ai été embauché comme créatif dans une agence de publicité qui s’appelait Parker Advertizing. Cela ne marchait alors pas trop mal pour moi. J’avais trouvé deux ou trois slogans chocs qui avaient bien fonctionné. Mais je me suis assez rapidement accroché avec quelques personnes de la boîte pour une sombre histoire de place à la cantine. Et surtout, à l’agence, ils semblaient de moins en moins apprécier mes idées et mon humour un peu singulier. Pourtant, moi, je trouvais ça très bien comme slogan « La lessive Nox. La lessive pour les grosses tâches, mais aussi pour tous les autres»… Mais bon, l’ambiance se dégradant de plus en plus, j’ai préféré partir après environ dix-huit mois de bons et loyaux services. Je pensais alors que, sur la base de ma réputation fraîchement acquise dans ce milieu, j’allais être approché par nombre d’autres agences. J’attends encore… J’ai donc accepté ce job à mi-temps dans la boutique de mon pote Philippe, en attendant des jours meilleurs… qui, pour l’instant, tardent à se présenter à moi.
À y bien réfléchir, j’ai quelquefois l’impression de souffrir d’un complexe assez étrange que l’on pourrait définir comme le « complexe de la 103 SP ». Il ne s’agit pas d’un nouveau produit de l’industrie pharmaceutique visant à soigner l’acné, l’obésité ou la goutte qui tombe du nez. La 103 SP est une mobylette. Mais attention, pas n’importe laquelle. Elle a été la mobylette culte de toute une génération de la période historique que l’on pourrait appeler l’ère Marc Toesca, du nom du célèbre présentateur de l’émission de télévision mythique de l’époque bénie des premiers vidéo-clips, à savoir le Top 50. C’était vraiment le top du top, la GTI de la mobylette sport pour employer les termes de l’époque. Entièrement noire et dotée d’un tuyau d’échappement chromé, elle était vraiment superbe ! J’en ai encore des frissons dans le dos en repensant à ses formes des plus suggestives. Qui plus est, lorsqu’elle était « kitée », c’est-à-dire d’un point de vue technique, lorsqu’elle était émasculée de son pot d’échappement, elle gagnait en vitesse. Mais aussi en bruit. C’était le nirvana pour le jeune rebelle de l’époque !
Or, tous mes meilleurs amis possédaient un tel joyau. Cette mobylette me faisait rêver comme elle faisait rêver tous les petits clous de l’époque. La 103 SP était alors le sésame de l’autonomie, de la mobilité et surtout de la séduction. Le sommet de la mobylette. Mais aussi le paroxysme de la virilité pour les jeunes petits cons de 13-14 ans. Pour nous, elle était l’incarnation de la puissance, de la force et de l’énergie bouillonnante du jeune mâle bourré d’hormones entrant de plain-pied dans la puberté. Elle avait même une fonction quasi divine. Elle ne transformait pas l’eau en vin. Mais un jeune garçon boutonneux doté d’une délicieuse moustache naissante en un véritable sex-symbol. Son détenteur devenait soudain un véritable dieu de l’asphalte dans son perfecto de cuir noir. Noir 103 SP bien entendu, comme on parle d’un rouge Ferrari. Il devenait un authentique James Dean de banlieue, prêt à s’élancer dans la vie, rempli d’une fureur de vivre. Les belles, qui osaient lever les yeux sur ces héros en herbe, tombaient en pâmoison. Dans toute l’Histoire, je pense que jamais l’Homme n’a créé un piège à nana aussi efficace. Le succès était quasiment garanti à 100 %. Je crois même que c’était expliqué dans le manuel d’utilisation de la 103.
Mais moi, j’étais un pauvre orphelin du guidon. Je n’ai jamais pris le virage de la 103 SP. Je n’ai jamais possédé ce bijou. Et je n’en aurai certainement jamais. C’est vrai que j’aurai l’air malin aujourd’hui assis à califourchon sur une 103 SP. Trop cher. Trop dangereux disait ma mère. Le verdict était sans appel. Tu veux finir encastré dans un camion poubelle. Pourquoi un camion poubelle ? Tu n’es pas assez bien avec ta mère, c’est ça ? Tu préfères traîner avec cette bande de loubards, ces blousons noirs. Si tu continues comme ça, tu finiras comme ton père. Un raté, oui, tu seras un raté. Et puis, si tu as tant la bougeotte, eh ben, tu n’as qu’à demander son VéloSoleX à Tata Marcelle. Le solex de Tata Marcelle, vraiment la honte ! La 103 SP du ringard…
Cette histoire a été l’un des nombreux drames de mon adolescence. C’est d’ailleurs peut-être là que tout a commencé. Que tout a commencé à se dégrader dans ma vie. Jusque-là, j’avais pourtant l’impression d’être un enfant tout à fait à la page. J’ai eu une poussette à peu près au même âge que les autres. En plus, c’était le genre poussette 4 x 4. Poussette signifiant alors : « pousse-toi de là que je passe ! ». Après, j’ai eu un petit vélo à quatre roues et même un petit tracteur à pédales. Mais déjà, quand j’y pense, un certain nombre d’éléments auraient dû attirer mon attention et ont été certainement autant de signes avant-coureurs de mon retard croissant vis-à-vis des autres jeunes mâles de mon âge. J’ai mis beaucoup plus de temps que la moyenne avant de passer de la bicyclette à quatre roues à celle qui avait seulement deux roues. J’ai ressenti pendant longtemps une sorte de dépendance vis-à-vis de ces petites roues qui équilibraient mon existence. Alors que mes petits camarades, eux, étaient passés, depuis un petit moment déjà, à la bicyclette de « grand ». Sans avoir besoin d’une quelconque béquille.
Déjà, je n’étais pas tout à fait comme tout le monde. Pas au-dessus du lot. Mais peut-être différent des autres, pas dans la norme. Le gars un peu bizarre. Autre fait aggravant, j’ai cru au père Noël bien plus tard que mes contemporains. Certes, vers l’âge de 6-7 ans, il était de bon ton dans les cours de récré de mépriser ce qui s’avérait être une simple création parentale favorisée par la société de consommation et par Coca-Cola. C’est vrai que, devant les autres, par pure conformité sociale et de façon assez lâche, je me présentais comme un incroyant. Et pourtant, en privé, je persistais à y croire. Et à l’approche de la date fatidique du 25 décembre, je rédigeais en cachette de mes petits camarades ma petite lettre que j’adressais par la poste directement au père Noël à Rovaniemi, Finlande. En lui précisant que je ne pensais pas du tout ce que je disais à son propos en public et que je m’en excusais platement.
Et plus tard, il y eut les filles. Mes camarades de jeu roulaient les mécaniques. C’est vrai qu’en 103 SP, c’était plus facile de rouler les mécaniques qu’avec le solex de Tata Marcelle. À 12-13 ans, mes potes se la ramenaient genre, moi le sexe, tout ça, je connais par cœur. Je dois avouer que, de mon côté, je souffrais un peu de problèmes de mémoire à ce propos. J’avais bien échangé quelques mots une fois ou deux, par accident, avec des jeunes filles qui me demandaient où se trouvaient les toilettes dans l’école. Mais, à ma connaissance, ça n’était pas ce que l’on entendait communément par relations sexuelles. Qu’est-ce qu’il fallait faire ? Avec qui ? Là, j’étais totalement paumé. Pas de manuel d’utilisation comme pour la 103.
J’étais totalement immergé dans le monde de l’ignorance. Largué dès le départ par mes potes qui enfourchaient leur mobylette et vivaient leur vie à fond les manettes. Surtout si la 103 était « kitée ». J’avais moi aussi comme l’impression d’avoir été « kité ». Sauf que moi, ce qu’on m’avait enlevé ne me faisait pas aller plus vite, bien au contraire. Assis sur mon banc, je voyais passer la vie. Tout comme ces 103 qui s’élançaient rugissantes et rutilantes vers autant de territoires aussi inconnus que prometteurs… Pour ne pas être un raté, qu’est-ce que j’ai bien pu rater ? Tous ces petits plaisirs de la vie. Toutes ces petites transgressions qui font de nous petit à petit un homme, un vrai. Je sentais bien qu’au bout du compte, ma valeur se dépréciait aux yeux de mes potes comme aux miens.
Et j’ai vraiment la sensation que, depuis ce moment-là, je revis toujours plus ou moins le même scénario. Je vois passer la vie, tandis que les autres, eux, la vivent à fond, avec ou sans kit. Je crois encore un peu au père Noël qui va m’apporter des sous et des filles par milliers. Et j’ai encore besoin de ces satanées petites roues, sinon je crains de tomber et de me faire bobo. Je ne parviens pas vraiment à tenir debout tout seul et à devenir quelqu’un comme tout le monde. Et je suis toujours à la recherche du bon manuel d’utilisation de la vie…
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