
J&R Surnaturelles Adventures
Chapitre 2
Ryan releva son chapeau de cowboy et pointa le vieux colt familial droit devant lui. Il plissa les yeux pour bien viser sa cible. Près de lui, son frère cadet retint son souffle. C'était son troisième tir. S'il le réussissait lui aussi, cette fois ce maudit Écossais devrait admettre que les Texans étaient les meilleurs. Assis sur la clôture de bois, le Britannique en question essuya son front dégoulinant de sueur. Il n'était pas très habitué au climat chaud et écrasant du Texas. Près de lui, appuyée sur la clôture, Charlotte une Écossaise également, grande et blonde au teint pâle, retint son souffle elle aussi. Assise dans l'herbe non loin, Anna, une petite Mexicaine un peu grassouillette, fixait les balles de foin ainsi que la pyramide de canettes de bière qui s'y trouvait avec un brin d'irritation. Ryan Crayton et ses maudites idées stupides! Ce grand et fort gaillard avait décidément un égo tout aussi démesuré qu'il l'était lui-même!
Le coup de fusil fendit l'air. Il atteignit la canette au sommet de la pyramide, qui vola dignement sans que la pile s'effondre. Du coup, son frère cadet, ainsi que l'ami de celui-ci, un petit gros aux yeux et cheveux bruns, se mirent à crier victoire. Eh, voilà! Trois sur trois! SEE! Ryan s'était le meilleur! Le Britannique fit la moue... Une des canettes avait bougé... et puis, ce n'était qu'une canette de bière hein... tirer sur une cible mouvante, c'était bien plus difficile. Les mains sur les hanches, Coldy lui jeta un regard furibond. Saleté de British! Trop prétentieux pour admettre la défaite. Charlotte poussa un soupir d'irritation. C'était décidément les vacances les plus poches de toute sa courte vie. Dans la main de Ryan, le vieux colt était encore tout chaud. Avec mauvaise humeur, il abaissa l'arme à feu, une antiquité qui était dans la famille depuis longtemps. Le Texan avait une furieuse envie d'en découdre avec son adversaire... ce sale British à la con commençait sérieusement à lui tomber sur le système. Son frère d'un an plus jeune et à peine plus petit que lui avait lui aussi une envie folle de foutre son poing dans la figure de ce maudit snob. Enfin c'est vrai! Depuis son arrivée sur le ranch, il ne faisait que les critiquer! La nourriture n'était pas assez bien pour lui, le lit de sa chambre trop mou, l'eau de la piscine pas à la bonne température, le ranch trop salissant...même les imposants feux d'artifice du party démentiel qu'organisait son père chaque année pour le 4 juillet n'avaient su l'impressionner.
Anna, la copine de Coldy sentit que la patience des frères Crayton avait atteint sa limite...et ils virent tous bien que la moutarde montait au nez de leur amie écossaise, qui agrippait la clôture avec force, se faisant violence. La Mexicaine s'empressa de se lever pour s'interposer entre les protagonistes. Ne quittant pas des yeux son vis-à-vis, Ryan baissa lentement la main pour fourrer l'arme dans la ceinture de son pantalon... une fois délesté de celle-ci, il ferma férocement le poing, visant la mâchoire fine et fragile de son adversaire.
Il était sur le point de s'exécuter quand, à l'arrière de lui, une voix tonitruante le prit au dépourvu:
— Ryan Crayton! Je t'ai déjà dit de ne pas toucher au Colt de ton grand-père!
Le gros gaillard se démonta d'un seul coup. Il eut l'impression qu'une ombre géante venait de le figer sur place. Sa gorge se serra et il ressentit une grande anxiété. Il ne fut pas le seul. Le Britannique en face de lui ne fanfaronnait plus. Même que le frère de Ryan eut l'impression qu'il avait la tremblote. Le géant qu'était leur père dut s'en apercevoir, car il aboya un ordre à son idiot de fils:
— Ça suffit! Ryan, dans mon bureau! Et tout de suite!
La réaction du fils fut instantanée. Il attrapa son chapeau de cowboy pour le jeter par terre dans un geste rageur, puis il obtempéra à l'ordre donné, tournant les talons. Devant lui, le géant aux yeux bleus et au visage dur, le regarda s'avancer en sa direction, les yeux rivés au sol.
— Et donne-moi cette arme! ajouta-t-il comme l'adolescent passait
devant lui.
Ryan glissa la main dans sa ceinture pour prendre l'arme et la déposer dans sa grosse main avec une certaine irritation. Grand-père avait toujours dit que cette arme lui reviendrait après sa mort... mais son père refusait de la lui donner... « Pas maintenant! Ce n'est pas le moment! » disait-il sans arrêt. Mais tous les autres jeunes de son âge savaient tirer... Du moins, au Texas. Ryan piaffa sur le sol du bout de sa botte de cowboy, fourrant les mains dans les poches de son jean tout en s'éloignant de la grange et de ses prés verdoyants pour se diriger vers la résidence principale du ranch familial. Il en claqua la porte battante derrière lui en témoignage de sa mauvaise humeur. Son père observa la bande de jeunes avec attention. Son regard passa de l'un à l'autre pour s'arrêter devant son fils cadet.
— Geeez! Coldy! Y'a vraiment juste quand c'est l'temps de tricher aux examens ou d'encourager ton frère dans ses niaiseries que tu fais preuve d'initiative... hein mon garçon? PFFFF! Qu'est-ce que j'vais bien pouvoir faire de toi?
Puis sans autre forme, il tourna les talons, quittant les lieux à son tour. Coldy attendit que son père ait disparu dans la maison avant de s'enfuir dans la grange. Il allait seller son cheval... partir... loin... très loin... ne revenir que le lendemain matin tiens! Anna chercha à le suivre pour le consoler, mais il la repoussa. De son côté, Charlotte fixait son confrère britannique avec mauvaise humeur. Il semblait très amusé par le petit commentaire du vieux bonhomme... Elle avait bien envie de lui effacer ce petit sourire condescendant qu'il avait à la commissure des lèvres. La gifle partit sans qu'elle le réalise. Le grand dadais se frotta la joue, lui jetant un regard de stupéfaction. Hein, mais quoi?
Ne savait-il pas qu'à cause de lui et de ce maudit défi qu'il avait lancé à Ryan, le père de ce dernier allait lui foutre une raclée? Et puis qu'est-ce qu'il avait à rire de Coldy de cette façon? Il n'était pas le seul à avoir triché aux examens. Même que son petit doigt lui disait que son confrère britannique ici présent trichait régulièrement pour faire plaisir à papa et maman.
Dans le bureau de son père, Ryan se faisait effectivement remonter les bretelles, mais pas de la manière dont les autres le croyaient...
— FUCK! Je t'ai demandé de l'amuser, pas de lui faire peur! GEEEZ Ryan! T'as quoi dans la cervelle? Tu te rends compte de ce qui aurait pu arriver si un de vous s'était blessé en jouant avec ce gun-là? En plus, il a pas servi depuis plus de dix ans! T'as rien trouvé de mieux à faire
pour l'amuser?
Rien de mieux à faire! Rien de mieux à faire! Là, Ryan, il en avait assez... cette fois c'était trop!
— FUCK! P'pa! Je lui ai fait visiter toute la région... on est allé au rodéo, pis je lui ai fait visiter Fort Alamo, les grottes de Sonora, Hamilton Pool, Big Bend Park... on est même allé à Gorman Falls... Jesus! Il n'aime rien OK! Y'est trop snob. Rien de ce qu'on fait n'est jamais assez
bien pour lui.
Le père de Ryan se laissa tomber en arrière dans son fauteuil. Il posa l'arme avec fracas sur son bureau, lui répondant avec franchise:
— Oui, eh bien, force-toi plus que ça mon gars! Parce qu'y'a des millions qui sont en jeux OK? Si ce petit chieux est pas content, son père sera pas content, et on a besoin de lui pour conquérir le marché européen...ça fait que là, tu vas te débrouiller pour qu'à la fin de l'été ce p'tit merdeux-là ait l'impression que t'es son meilleur ami pis que ces vacances-là ont été les meilleures de sa vie.... All right?
— Mais je fais déjà mon possible p'pa! Qu'est-ce que je peux faire de plus? grogna Ryan, qui en avait sa claque de jouer les guides touristiques.
Quand son père voulait quelque chose... Le Texan ne répondit pas tout de suite à son fils, attrapant un cigare de la boite qui se trouvait sur son bureau. Il plongea la main dans son veston gris et en tira un coupe-cigare. Méticuleusement, il coupa le bout de son cigare avant de l'allumer avec un briquet d'une autre poche de son veston. Le père de Ryan était un stéréotype ambulant. Il avait tout du riche Texan. Vestons gris hideux, chemises blanches à cols pelle à tarte assortie de la cravate bolo classique et du bluejean. Bien sûr, aucun Texan qui se respecte n'aurait omis les bottes en croco vert-foncé, que justement môsieur posait sur son bureau négligemment, se renversant sur son siège tel un pacha.
Ryan s'efforça d'éviter de montrer son impatience au vieux requin de la
finance, qui le fit languir un petit moment, fumant son cigare et baignant toute la pièce d'un épais nuage de fumée. Dans son gros fauteuil en cuir, derrière son secrétaire imposant, il avait l'air d'un géant et malgré ses six pieds et quelques, Ryan se sentait toujours intimidé par son père quand il se trouvait dans cette pièce. Derrière son paternel, accrochés au mur, quelques-uns de ses trophées de chasse attestaient de son agilité légendaire. Le dernier qui avait osé défié son père (mis à part l'oncle Dick) c'était leur voisin, Arthur Grammy et il avait une belle cicatrice sur la cuisse droite attestant du coup de fusil. Les deux voisins se vouaient en fait une haine sans borne.
Brusquement, le père de Ryan se redressa sur sa chaise, tapant du poing sur la table et faisant sursauter son fils.
— Le petitte anglais, il aime pas la vie à la campagne, hein..! Eh bien, mon gars, on va lui donner un traitement royal... Toi et ta gang, vous allez faire vos valises... Vous allez prendre le yacht et vous allez faire une petite virée dans nos Hôtels, le long de la côte...
— Lequel? lui demanda niaiseusement son fils.
Son père s'impatienta:
— Qu'est-ce que j'en sais! Les Caraïbes, Caracas, Belém...Sao Luis! Fais preuve d'imagination! Ton Anglais, ce qui lui faut, c'est de la bonne bouffe, des plages de rêves, des filles sexys... et beaucoup de champagne! OK? Capitch?
— J'ai pas l'impression qu'il aime spécialement les filles... commenta l'adolescent, pour très vite cesser de parler comme son père le regardait d'une drôle de manière.
Les filles, les garçons... sur les plages ensoleillées de leurs grands-hôtels, il y en avait pour tous les gouts, signifia le Texan sans la moindre vergogne, si bien que Ryan lui signifia avoir compris le message. Remarquez que lui-même, il ne dirait pas non... Des filles, du soleil, la mer à perte de vue, que demander de mieux! D'autant plus qu'il commençait à en avoir un peu marre d'avoir son père sur le dos sans arrêt. Et puis pour les rares fois où il acceptait de lui prêter son yacht pour faire la fête... Ryan comptait bien en profiter au maximum! L'adolescent bondit donc de sa place, obtempérant à l'ordre du vieux bonhomme. Avant qu'il n'ait franchi la porte, celui-ci l'interpela une toute dernière fois.
— Oh! Et Ryan... tu t'assures bien qu'il ait la suite présidentielle, hein!
Le jeune homme hocha la tête. Bien entendu, voyons! Il l'avait parfaitement compris. Son père des fois... on dirait qu'il le prenait pour un moins que rien! Un imbécile. Un idiot. En fait... Le père de Ryan ne faisait jamais rien gratuitement. Chaque fois qu'il octroyait des privilèges à ses fils, c'était toujours dans le but d'en tirer profit d'une manière ou d'une autre. M. Crayton fixa la porte en chêne massif de la sortie après le départ du jeune homme. Est-ce que son idiot de fils avait seulement conscience de la situation dans laquelle il se trouvait? Son avenir au sein des entreprises familiales se jouait présentement. Mais sans doute, comme toujours, son fils s'en fichait éperdument.
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