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Couverture du roman Ivre de spleen

Ivre de spleen

Ivre de spleen explore l'existence d'un homme plongé dans une solitude absolue. Au cœur de ses délires métaphysiques, il dévoile une psyché fragmentée où se mêlent fantasmes et pensées profondes. Ce récit illustre sa quête de salut : transformer ses blessures et ses joies en une narration salvatrice. Face au néant, son esprit s'évade pour combler le vide et échapper au désespoir. Une immersion intense dans le pouvoir de l'imaginaire face à l'isolement forcé.
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Chapitre 3

Un jour, peut-être je reviendrais, quand ma position sera trop douloureuse. Quand les feuilles faneront, quand la jeunesse s’en ira et son lot d’illusions, quand la réalité ancrera son pieu dans mon âme comme un bâton qui me rappelle à l’ordre à chaque fois que je m’écarte. Quand les cigarettes auront cessé, quand le sexe et son effet aphrodisiant ne fonctionnera plus, quand la baguette sera à 3 euros et que les réserves d’eau s’épuiseront, quand la beauté se matérialisera, quand l’amour d’une femme aura cessé, quand l’ennui m’aura pénétré dans mon lard que porterai comme une ceinture autour de mon ventre, quand mes voisins seront partis, quand mon petit chien sera mort, quand mes mots seront tous des néologismes, quand les montagnes seront pliées et que le ciel sera déchiré, quand les nourrissons n’auront plus à manger, quand ma société se sera révoltée, quand ma cécité aura disparu, quand ma vie sera en accord avec une foi, qui cristallise en ce moment même, quand les voitures seront toutes bien équipées, quand les téléphones auront tué toutes pensées belles et spacieuses, quand ils auront interrompu des conversations importantes, quand le mouvement aura été entravé, quand les petits seront définitivement lobotomisés… Ce jour-là, je prendrai mon envol, je m’intéresserai au monde… mais seulement quand j’aurais de l’argent, un appartement ou une maison, quand la solidarité sera réapparue.

Je te sens un peu sur le bord de craquer, comme si tout prenait trop d’ampleur. Peut-être que tu as besoin d’un compagnon pour tes projets. Qu’est-ce qui se passe ? Je te sens au bord de l’explosion.

Ce soir, j’écris les plus belles lignes. Elles sont nées dans mon esprit avant de tomber dans l’entonnoir de l’infini. Je me souviens. J’étais souvent couché dans mon lit à contempler l’étendue céleste, à me sentir plein et tout petit dans l’univers. Une fois, j’ai pris une verveine et cela a eu un effet radical sur mon organisme, tout s’est mis au repos, l’agitation n’était plus, la quête insoluble du plaisir, de l’angoisse, du paroxysme, de l’action qui mène au repos suprême, de la recherche de la paix, toute impulsion mobilisée, comme un danseur gracieux, dans l’éther inoubliable de l’amour divin et sensuel, de la femme belle et aguichante, de l’être pur de toute souillure, de la robe majestueuse de Dieu que j’embrasse avec ferveur sur mon tapis, les yeux embués, secoué de sanglots après l’épreuve, du don total de soi, de l’abandon de soi entre les mains, entre ses mains, c’était incommensurable, à la fois précieux et léger, clochard céleste qui a atteint les sphères les plus hautes, les plus élevées, qui a traversé la barrière des mondes, avant que la massue ne s’abatte sur ses frêles épaules, avant que le joug tyrannique de la normalité étroite ne vienne entraver son amour si sincère, avant qu’il ne se confronte à la légitimité de la question existentielle, sa résolution contemplative, et son impossibilité matérielle dans l’environnement où il vit. Il sait que pour Dieu, il est un vétéran, il sait que l’amour est la force la plus belle. Sa femme, qu’il cherche, son Eve sur qui il reposer sa tête en paix, en confiance, non teintée par le charme et la séduction. L’authenticité, oui, c’est ça, l’authenticité, la véridicité pour les plus courageux. La massue s’est abattue, et elle n’est pas prête de quitter son cadavre, mais il faut croire, n’est-ce pas ? Croire encore et encore, jusqu’à ce que le rêve advienne, jusqu’à ce que les peines s’effacent dans un élan solennel, et la positivité accrue de l’être fait surface, et se met à œuvrer avec amour, et il y en aura encore des détours, et des contretemps, qui sont véritables, car on risque de ne plus se retrouver, de se perdre, peut-être à jamais. Mais comme un gymnaste, si on lâche une main, on se rattrape de l’autre, et si les deux mains n’ont plus prise, on tombe dans le corridor de Dieu, couloir céleste, et Il nous réinitialise là où on en était. Ainsi va la vie.

La révolution par tous les moyens. La révolution du cœur. Qui crie, qui veut la paix sociale, tout le monde repu, personne à la rue, et la solidarité. On apporte tellement plus à chaque individu quand tout le monde donne, bien plus que ce que chaque individu peut gagner seul. Nous voilà donc comblés de cadeaux. On fait des fêtes, on discute, on à qui se confier, on gagne des amis, on vit chaque jour comme si c’était le dernier. Et tant pis pour la crasse humaine. Notre humanité manque de manières. Quand on touche à l’humain, elle ne sait pas se comporter. La civilisation, c’est l’élégance des manières, la douceur, le tact, l’acception de la condition humaine, éradiquer la peur, vivre dans l’amour, adieu les préjugés et les a priori, adieu les conventions étroites et sans sens. Ah, il faut toujours des remarques, comme si les parents étaient programmés pour le commandement. Maintenant, on me demande pourquoi je ne suis pas allé au rassemblement pour fêter le retour du hadj de notre voisin. Il semblerait qu’il faille toujours se battre jusqu’à avoir la paix définitivement. Il semblerait que le chemin soit encore long. Donc, l’élégance des manières. Ah, maintenant, c’est l’odeur de la cigarette qui dérange. Apparemment, sa bouche est amère, et il n’y a pas de respect ni de politesse, à l’en croire. Il faut s’attendre à un coup de massue encore plus puissant. Donc l’élégance des manières. Ah, et ne pas oublier l’amour. Les manières en accord avec le cœur humain, encore faut-il qu’ils sachent ce qu’est le cœur. Je peux y arriver. Dans mes moments de lucidité, je me dis que je peux réformer ma société. Je me dis que le règne de l’argent et des intérêts arrivera à sa fin. Je me dis que la force du peuple peut arriver au bout de ce système ingrat qui favorise les riches et leur donne des privilèges, le droit de vie et de mort sur les classes inférieures, ce sont les seigneurs qu’il faut abattre. Abattre les banques et les finances, envoyer tout valdinguer, et tout recommencer à zéro. Elle revient à la charge après un petit moment, il faut diminuer la musique à cause des voisins qui n’est déjà pas très élevée. On dirait que tout va dans la direction d’étouffer la vie, étouffer les cœurs pour qu’ils ne respirent plus et n’émettent plus leur plainte. La plupart des gens mènent des vies faites de désespoir tranquille. Solaire, c’est ce qu’il faut être, et sincère. La même litanie de la longue liste d’inquiétudes de choses à faire ou à discuter se poursuit jusque dans le lit, d’une voix lasse et fatiguée qui donne soudain envie de s’ôter la vie tant elle est contraire à la joie et à la dignité. La vie peut s’affronter sans ce mélodrame continuel, il ne tient qu’à nous de faire briller le contraire, car pour finir, ce qui compte réellement, c’est la vie éternelle. Ce que j’essaie d’avoir c’est une conscience parfaite des dangers et des menaces, des implications sur le long terme, pour déterminer ma trajectoire. Y a-t-il une sagesse à retirer de ces mouvements ? Ou l’art de toujours être prêt et de mener l’action tout de même, les moments de communion sont condamnés à rester rares et contemplatifs. En disant tout cela, ça montre peut-être que je suis parfaitement en contact avec la réalité. Mon frère est rentré, il a pris une assiette, a fait mine de me la lancer, voyant mon manque de réaction, il est venu jusqu’à moi et l’a planté devant l’écran de l’ordinateur. Ah, oui, l’amour. Ne jamais quitter cette dimension. Toujours humble et à l’abri dans la chair du monde. Mon père, inhabituellement, me demande si ça va alors qu’il mange. Pendant que mes pensées rayonnent sur le monde. Depuis mes 16 ans, je teste les limites de ce système. J’entre en phase de résistance. Je m’imagine tenir un blog anarchiste de révolution anti systémique. Le système est une grande machine et je suis loin d’en avoir exploré tous les rouages. Décidément, la révolte est formidable, c’est la seule chose qui me permet en fait de vraiment tenir le coup et qui me permet de vraiment me concentrer. Adieu l’onirisme, quand les temps seront plus calmes, je pourrais me consacrer à toi, nourrir l’imaginaire des humains, remplir leur cœur d’extase et de joie, le tout sereinement et lucidement. Donc, je suis loin d’en avoir exploré tous les rouages, mais tout me dit qu’il est pourri. L’homme moderne est si peureux que ses repères sont des châteaux de cartes, sa normalité est très fragile, il est tellement individualiste que son équilibre repose seulement sur ses deux pieds, il peut donc être bouleversé très rapidement. Il a peur, il a les chocottes. S’il s’en remettait à une communauté fiable, il serait beaucoup plus solide. Chaque détour qui m’éloigne de ma pensée me fatigue énormément, je suis tendu vers un but. Je ne veux plus rien qui ne m’est pas utile pour mon destin. Ouh là là ! . Je dis ça parce qu’avant ma vie était beaucoup plus insouciante. Ce n’est que maintenant que j’ai une conscience de ce qui est normal et de ce qui ne l’est pas, de ce qui est communément admis et de ce qui ne l’est pas, mais qu’ils aillent se faire cuire un œuf ! Je serais, point final ! Donc, c’est ce que disais que je suis en train de développer. Cela me permet de voir sur du long terme, de faire des déterminations, et puis je peux parfaitement être moi-même tout en espérant pouvoir reconnaître ce qui est normal ou pas, ce qui est communément admis ou pas. La prudence est une vertu, quand on a le cœur libéré, le réel ne pardonne pas, ce sont comme des lois plus ou moins strictes, et quand ton cœur éclate, laisse le destin l’emporter, à moins qu’un miracle ne vienne le tempérer, je me souviens, j’étais sur le point d’exploser quand Dieu a manifesté son vent qui m’a plongé dans une grande crainte et m’a apaisé en même temps. On dirait qu’il tempère ses interventions pour me soulager juste quand il le faut, de temps en temps, il n’en abuse pas, car il me laisse ma part de souffrances extrêmes, que je puisse en arriver à un stade où elle n’existe, que je puisse par sa grâce m’enraciner dans le bien, Amin rabb al alamine. Je me dis aussi, que si un jour je passe sur les ondes radios ou télés, il faut que je sauvegarde tous mes écrits sur un disque dur, pour éviter qu’ils ne soient à la merci de boîtes électroniques gérées par Google, qui pourrait me hacker pour effacer mes courriers électroniques. Je me rends compte que développer une pensée libre est susceptible de beaucoup de choses, mais ce que je retiens, c’est que c’est extrêmement rare, et c’est dérangeant, même dans les sociétés dites démocratiques, il faut donc supprimer ces nuisances. Je me dis que quand ma vie prendra de l’ampleur, que je dirai ce que j’ai à dire publiquement lors de conférence sur le monde moderne, quand je passerai à la radio, et à la télé, j’aurais besoin de gens de confiance pour supporter ce poids. Aussi, comme je l’ai dit, développer une pensée authentiquement libre est extrêmement difficile, pour pas dire rare. Qu’est une pensée libre ? Celle qui sait s’affranchir de l’autorité, porter un regard critique sur l’autorité, en étant tout en bas, ou en prenant de la hauteur.

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