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Couverture du roman Hippocampes: De Fuseta à Valparaiso

Hippocampes: De Fuseta à Valparaiso

En vacances en Guadeloupe, l'agent de la FIMA Philippe Monnier est rappelé suite à la découverte d'un corps sur un voilier chilien. Ce drame révèle un trafic massif de cocaïne et d'hippocampes lié au milliardaire Bastian Varela. Épaulé par la DGSE, l'OCRTIS et la charmante Vanessa, Monnier déploie son unité de l'Algarve au Chili. Entre blanchiment d'argent et usage sinistre des espèces protégées, l'équipe affronte une corruption généralisée dans une course contre la montre vitale.
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Chapitre 3

Monnier se figea sur place, interloqué…

— Le vagin des juments ? J’aurais presque envie de plaisanter en disant que d’habitude ce sont des « mules » qui sont utilisées pour livrer ces cochonneries

— Tu n’imagines pas la quantité de cocaïne qu’on pourrait tasser dans un tel vagin. Un jour, j’ai vu un vétérinaire y enfoncer son bras jusqu’à l’épaule.

— C’est ce qui s’appelle avoir le bras long.

— Ou faire du coude à sa copine…

— Je suppose que ces types sont en cheville avec des voiliers qui arrivent dans la proche marina d’El Puerto Santa Maria, dont tu as parlé tout à l’heure, n’est-ce pas ?

— Exactement. Notamment le Valparaisoque nous avons pisté depuis son départ de cette marina, à destination des Antilles.

— Via l’Algarve, où il a fait une brève escale pour prendre en charge un équipier et probablement charger…

— Charger quoi, Monnier ?

— Les hippocampes, Lartigues. Tu m’as bien dit que le Valparaisoa fait une escale dans un village de pêcheurs appelé Fuseta ?

— En effet, mais quel lien avec les hippocampes ?

— Fuseta se situe à une centaine de kilomètres d’Alvor, où habitent deux de mes amis, qui sont aussi des gars de la FIMA. Ce village est en plein cœur du parc national de la Ria Formosa. On y trouve la plus grande concentration d’hippocampes au monde.

— Le trafic des hippocampes vient compléter le tableau, Monnier : le voyage, depuis très certainement l’Amérique du Sud prend en charge la drogue pour la livrer en Espagne. Quant aux hippocampes, ils font le voyage inverse.

— Pas de trajets à vide… Jackpot à tous les coups ! Tu connais la destination de ce voilier ?

— Trinidad et Tobago, un état composé de deux îles au large du Venezuela, en mer des Caraïbes. Le Valparaisos’y est rendu à plusieurs reprises et on a sa route enregistrée sur son système de navigation.

— Je connais un peu ces îles. J’ai eu l’occasion de séjourner à Port of Spain pendant quelques jours. Il y a longtemps.

Les deux hommes étaient assis dans la Polo et malgré la nuit tombée depuis une demi-heure, la chaleur était encore tenace. Monnier donna un tour de clef et démarra en direction de la marina, toute proche

— Pourquoi Trinidad, Lartigues ?

— Va savoir ! Peut-être parce que leurs services douaniers ne sont pas très regardants et apprécient les enveloppes glissées en douce sous les oreillers. Par ailleurs, la position géographique est favorable aux trafics. Et puis il y a cette société qui paie les factures du voilier…

Monnier se gara à deux pas de la capitainerie de la marina…

— Je t’offre un verre, Lartigues.

— Une Corsaire bien fraîche, ça me va !

— Dis donc, tu t’adaptes vite au milieu ambiant. Je te suis dans ton choix. Allons à « La route du rhum » s’en jeter une…

*

Monnier se glissa silencieusement hors du lit en écartant le drap léger qui couvrait le corps tiède de sa dame de compagnie du moment. Il contempla les courbes appétissantes qui s’offraient impudiques à son regard gourmand, et ne résista pas à déposer un léger baiser sur une fesse à croquer, puis il enfila un boxer, regrettant de ne pouvoir accorder plus de temps à un examen anatomique plus poussé.

Il consulta l’heure sur son téléphone portable afin d’estimer le décalage horaire, et fila s’installer nonchalamment sur un des hamacs du patio. Il composa le numéro de l’Élysée. Une fois franchi le barrage du secrétariat général, on le bascula sur une ligne sécurisée du Président. La voix enjouée qui l’accueillit à l’autre bout du fil, lui donna une pèche d’enfer.

— Monnier ! Je vous croyais en vacances…

— Moi aussi je pensais l’être, Monsieur le Président… et le rester encore un peu. Mais le devoir m’appelle et c’est la raison pour laquelle je vous en réfère, Monsieur.

— Je vous écoute Monnier. Soyez bref car j’ai une réunion avec l’ambassadeur des États-Unis qui m’attend. Et ce n’est pas un cadeau…

— Eh bien voilà, Monsieur. Je dois partir à Trinidad au plus vite

— Dites donc, c’est plutôt pas mal pour bosser, un coin pareil !

— En effet, il y a pire, je vous l’accorde.

— Qu’envisagez-vous de faire là-bas ?

— Nous avons mis le doigt sur un important trafic d’hippocampes en provenance d’Europe du Sud

Il y eut un léger blanc. Monnier sentit que son patron marquait un temps de réflexion.

— Quel est le lien avec Trinidad, Monnier ?

— Nous avons la conviction que cette marchandise est au cœur d’un trafic aux ramifications internationales et qu’elle transite par Trinidad avant de s’envoler pour l’Asie, via le Chili. Des voiliers faisant la navette entre l’Espagne et les Caraïbes chargent des hippocampes déshydratés en Algarve, acheminent les pauvres bêtes jusqu’à Trinidad, puis reviennent en Europe avec un chargement de cocaïne frelatée.

— Et c’est sur une plage des Caraïbes que vous avez découvert ça ?

— On peut dire ça comme ça, Monsieur.

— Bon, passons sur les détails inutiles. C’est du ressort de la FIMA, cette histoire.

— Effectivement, Monsieur. Le trafic des hippocampes est un des dossiers chauds que nous suivons depuis longtemps, et l’entrée en piste de la FIMA se justifie pleinement. Les interceptions d’hippocampes déshydratés se répètent : les services des douanes ne cessent de faire main basse sur des envois, que ce soit par les services postaux ou par transporteurs privés. Nous tenons peut-être ici une des filières les plus importantes, et selon Lartigues qui a initié une enquête sur un trafic d’une cocaïne frelatée, il se pourrait que la même filière soit impliquée…

— Lartigues… Ce nom me dit quelque chose, Monnier ?

— Un agent enquête-action de la DGSE.

— Celui à qui vous avez cassé la gueule à Saint-Pétersbourg4?

Monnier ravala sa salive…

— Une erreur de parcours.

— Ça m’étonnerait qu’il se contente de ce qualificatif ! Bon, revenons-en à cette enquête, Monnier. Vous avez mon feu vert et vous n’en référez qu’à moi. Pas question de marcher main dans la main avec la DGSE. Vous êtes assez grand pour prendre ça en main et faire le ménage.

— Entendu, Monsieur.

— Au boulot Monnier. Les siestes sous les cocotiers c’est pas bon pour un gars comme vous. Vous m’adressez un rapport complet sur le trafic des hippocampes. Je veux tout connaître de cet ignoble commerce.

— Je m’y colle tout de suite, Monsieur le Président.

— Bon voyage, Monnier !

En descendant de son hamac, Monnier sourit en pensant au Président, un homme en qui il avait une totale confiance. Souvent, lorsque le Président en avait l’opportunité, il n’hésitait pas à court-circuiter les services de sécurité de l’état au profit de son poulain, simplement pour démontrer que la lourde machinerie ne valait pas grand-chose face à l’homme aguerri qu’il missionnait à sa guise.

*

Monnier disposait d’un peu plus d’une heure pour potasser le dossier que Sandrine, la sympathique gendarme, lui avait remis avant le décollage.

L’avion survolait l’étendue bleue de la mer des Caraïbes et il était parfaitement détendu, confortablement installé dans un appareil de la LIAT qui volait à destination de Port of Spain, capitale de Trinidad.

La FIMA disposait de moyens et d’appuis sur lesquels la DGSE ne pouvait compter. Ce nouveau service, créé de toutes pièces par le Président lui-même, était la fierté de ce dernier et avait permis de mettre un terme aux ragots colportés par ceux qui jugeaient que les amplitudes de manœuvre de l’agent spécial Philippe Monnier dépassaient les bornes et ne s’inscrivaient dans aucun cadre légal. Monnier, qu’il le veuille ou non, était désormais impliqué dans la résolution de cette affaire, et dans un esprit de parfaite collaboration, il se fit remettre par Lartigues un rapport exhaustif sur les résultats du début de cette étrange enquête. Il avait bien noté le dépit de l’agent de la DGSE, lorsque ce dernier prit conscience que l’affaire lui échappait un peu, mais en vérité cela importait peu à Philippe qui demeurait parfaitement concentré sur le sort des hippocampes : il serait amené à travailler main dans la main avec Lartigues et l’esprit de coopération passait avant toute autre considération d’ordre privé. Pour ceux qui le connaissaient depuis longtemps, il paraissait étonnant qu’un tel homme d’action comme Monnier pût, avec un tel engouement, embrasser la cause du règne animal. Mais peut-être s’était-il suffisamment penché sur le cas des êtres humains pour apprécier d’autant plus la faune et la flore.

En le parcourant avec attention, il constata que le contenu du rapport de Lartigues n’apportait pas d’eau supplémentaire à son moulin. Il décida de se concentrer sur la part de mission qui lui incombait, et même si les apparences laissaient à penser que les deux trafics étaient liés, il fallait toute raison gardée, car ce Chilien retrouvé mort, le seul maillon unissant hippocampes et cocaïne, pouvait aussi n’être qu’un opportuniste qui se permettait quelques petits extras en dehors des livraisons de cocaïne, sans que ses patrons en aient vent. À ce stade, toutes les supputations étaient admises. Les données collectées dans la mémoire du GPS du voilier chilien furent décisives dans la décision qui amena Monnier à prendre l’avion. Le système de navigation contenait les parcours détaillés qu’avait suivis le voilier au cours de plusieurs de ses voyages, et ces indications ne faisaient que corroborer les détails communiqués par Lartigues, notamment l’arrêt en Algarve et la route suivie jusqu’à Port Of Spain, sur l’île de Trinidad. Pour Monnier, c’était décidément trop confus : un bateau impliqué a priori plusieurs fois dans un trafic de drogue et peut-être d’hippocampes, et qui ne prenait pas soin d’effacer ses parcours, cela semblait vraiment irréel. L’autre paramètre qui dénotait dans l’organisation habituellement très pointue des narcotrafiquants concernait cette étape en Guadeloupe qui semblait étrangement improvisée. À ce stade des investigations, la mort du Chilien pouvait être considérée comme accidentelle, mais ce séjour dans les Antilles françaises ne collait pas avec les risques encourus par un voilier transportant douze mille hippocampes prêts à être négociés. Ce pauvre animal faisait l’objet d’un commerce acharné, les pays d’Asie comme le Vietnam, Hong Kong et la Chine en étaient de grands consommateurs sous forme de décoctions ou de poudre à usage soi-disant médical. Selon des croyances ancestrales, l’hippocampe, au même titre que la corne de rhinocéros, posséderait des vertus aphrodisiaques. L’espèce était protégée par la convention internationale de Washington de 2004, toutefois, comble de l’ironie, celle-ci n’interdisait pas le commerce de l’hippocampe mais le soumettait à de nombreuses autorisations. Des chevaux de mer étaient souvent interceptés dans du fret postal. Et les provenances étaient variées : Madagascar, Guinée… Monnier avait depuis longtemps des doutes concernant la Ria Formosa comme zone d’approvisionnement illicite. Cette fois, le doute n’était plus permis. (Il poursuivait l’étude du dossier qu’il tenait ouvert sur la tablette lui faisant face.) Le plus incroyable selon lui, était que la Chine avait interdit la pêche de cet animal dans ses eaux, ce qui avait pour effet d’accroître les achats à l’extérieur, notamment sur les marchés indien et philippin. La pêche étant d’autant plus dévastatrice pour les hippocampes, que les espèces étaient strictement monogames. La disparition d’un membre du couple ayant pour effet d’éteindre définitivement l’instinct de reproduction de l’autre.

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