
Fundu: Le secret de Yickou
Chapitre 3
J’avais cinq ans lorsque ma mère m’a dit : « ton grand frèreveut venir vivre avec nous. » J’étais si heureuse de ne plus être seule, heureuse de pouvoir dire : moi aussi j’ai un grand frère, heureuse parce que j’allais enfin le rencontrer. Il avait quinze ans à l’époque. Je me souviens de cette petite maison ou plutôt de ce petit studio qui nous allait très bien à ma mère et moi ; je dormais avec elle ce qui ne me déplaisait pas vu toutes les peurs que j’avais à cette époque, nous avions préparé ce qu’il fallait pour lui à son arrivée afin qu’il se sente bien, afin qu’il se sente chez lui. Il dormirait dans le salon sur un matelas qui lui était destiné. La journée, on le rangeait dans la chambre et la nuit on le sortait pour lui en attendant que maman trouve une solution plus adéquate selon ses moyens.
Il arriva du village par bateau pendant le week-end. C’était les grandes vacances scolaires et j’étais si enthousiaste je pensais que ce serait génial d’avoir un grand frère à moi aussi et que si une personne m’embêtait, il serait là pour me défendre, enfin c’est ce que je croyais. J’étais loin de me douter de ce qui m’attendait à l’avenir et il avait bien joué son rôle. En arrivant il était tout content de me rencontrer moi, la petite sœur dont il entendait tant parler par nos grands-parents depuis si longtemps, le seul enfant qui était à la charge de sa mère et que nos grands-parents lui rabâchaient tout le temps les oreilles : « que sa mère avait déjà une tête à nourrir et donc pas possible qu’il vienne vivre avec elle ». Lui qui attendait ce moment depuis toujours, car il avait été séparé très tôt et trop longtemps de sa mère et avait été éduqué à la dure par notre grand-père, un homme de principes, un homme rigoureux avec des règles strictes. Mon grand frère se plaignait d’avoir été arraché à l’affection de sa mère, car on lui disait que celle-ci avait déjà trop des charges en ville.
Tout le week-end, il avait été gentil, super cool, nous avions bien rigolé et joué ensemble. C’était parfait pour moi et maman aussi était heureuse de l’avoir, mais surtout de constater que nous deux ça se passe bien.
Puis, arriva la fin du week-end parfait. Le lundi matin, notre maman partit travailler et me laissa seule avec lui et cela l’arrangeait aussi, car elle n’aurait plus à s’inquiéter pour me faire garder j’avais mon grand frère pour le faire désormais, ce dernier prendrait soin de moi, pensait-elle, rassurée. Maman était partie, j’étais loin de me douter de ce qui allait se passer, car je me disais que j’allais m’amuser avec mon grand frère comme tous les autres enfants de mon quartier qui faisaient des choses sympas avec leurs aînés.
Une fois notre mère partie, il alla se doucher. Mais avant il me jeta un regard qui me glaça le sang. À cet instant précis, je compris, je compris dans mon for intérieur, dans mon subconscient que ma vie changerait à jamais. Il avait un regard aussi sombre qu’une voûte abyssale, on aurait cru que le diable était en lui, son regard était plein de mépris et de haine, un regard froid et glacial. Ce genre de regard qui en dit plus que des mots et dans son élan de mépris il me dit tout en me fixant droit dans les yeux :
C’est à cause de toi que ma mère nous a tous abandonnés, car tu es blanche, elle t’a préférée à nous qui sommes noirs !
Il s’est retourné et est rentré dans la douche. Je me souviendrais de ce regard toute ma vie, car à cet instant précis j’ai compris que ma petite vie tranquille était finie, un petit monde de rêve qui s’effondre tel un château de sable après le passage d’une vague déferlante, ou un château de cartes après une brise légère. Il avait joué son rôle à la perfection tout le week-end du grand frère super cool pour mieux cacher son vrai visage, celui qu’il ne réservait qu’à moi. J’allais connaître l’enfer de Danteet puisse Dieu me venir en aide.
Vous savez quand j’y pense, je me dis, elle est vraie, cette phrase : « Les enfants voient le mal dans un être humain », ce jour-là j’en fis l’expérience et je peux vous garantir que ce que je vis dans ce regard était tout sauf de l’amour, tout sauf ce sentiment bienveillant que tout bon grand frère digne de ce nom éprouve à l’égard de sa cadette, la haine semble être un doux euphémisme pour décrire le sentiment qui se dégageait du regard de mon frère. C’était le début de mon cauchemar, mais j’étais loin de me douter de l’ampleur que cela prendrait avec le temps.La vraie nature des gens ne se trouve que dans la profondeur de leur âme.
AuroPina
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