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Couverture du roman Entre deux âmes

Entre deux âmes

Dévastée par la trahison brutale de l'homme en qui elle avait placé toute sa confiance, Rachel voit son existence voler en éclats. Désormais plongée dans un tourbillon d'émotions contradictoires, elle doit naviguer entre un désir de vengeance et l'espoir d'une reconstruction. Face à ce dilemme déchirant où l'amour se mêle dangereusement à la haine, quel destin attend la jeune femme ? Une quête de vérité commence au milieu des blessures du passé.
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Chapitre 1

Chapitre 1

Le temps était magnifique en cette fin de journée d’été à Lille. Le soleil brillait de mille feux dans un ciel d’un bleu azur, bref une journée idéale pour un mariage, notamment dans une région habituellement grisâtre comme le Nord de la France.

Ariane avait vraiment beaucoup de chance, songea Rachel. Le repas étant organisé dans le jardin d’une maison en briques rouges typiques de la région, tout le monde avait craint que le temps soit à la pluie et au vent après les deux semaines d’averses et de grisaille qui avaient ponctué ce début du mois de juillet.

Plusieurs chapiteaux avaient été dressés dans le jardin de l'immense propriété louée pour l'occasion, afin d’accueillir les cent cinquante invités après la cérémonie à la Mairie. Ces derniers se bousculaient devant les tables où étaient posés des plateaux débordant de savoureux mets africains.

Son assiette et ses couverts à la main, Rachel attendait patiemment son tour. Le léger gargouillis de son ventre lui rappela toutefois qu’elle avait dû se priver de déjeuner afin d’être à l’heure à la cérémonie civile. Les vieilles habitudes avaient la peau dure: elle avait beau avoir préparé ses affaires la veille, elle avait quand même réussi à se mettre en retard après avoir changé de coiffure à plus de trois reprises.

Elle décida de passer outre le buffet des hors d'œuvre et d'aller directement aux plats de viande et de poissons. Les africains avaient la réputation de ne se concentrer que sur les plats principaux, et elle ne dérogeait pas à la règle. Elle salivait presque à la vue du tchieb boudjienne présenté dans un grand plat métallique. Ariane lui avait confié que ce célèbre plat sénégalais était la spécialité de la mère d'Ousmane, son mari depuis quelques heures maintenant.

S'étant servie, elle retourna à sa table. Elle soupira en voyant les noms inscrits sur les étiquettes dorées harmonieusement disposées sur la table. Elle n'en revenait pas qu'Ariane, malgré ses récriminations, l'ait mise à la même table que Seba, un ami d'Ousmane qu'elle n'appréciait pas beaucoup à cause de ses manières de rustre, et ses idées arrêtées sur ce que devrait être tout africain.

Ils avaient fait connaissance deux ans plus tôt à l'occasion de la fête d'anniversaire surprise d'Ariane organisée par Ousmane. Si elle l'avait trouvé sympathique de prime abord, elle avait dû revoir son jugement quand ce dernier lors d'un débat animé sur les coiffures des femmes africaines, avait d'un ton qu'elle avait jugé condescendant, indiqué que s'il avait un quelconque pouvoir politique en Afrique, il interdirait l'importation des mèches brésiliennes, indiennes ou autre du continent. Il avait par la suite rajouté que pour sa part il ne trouvait une femme véritablement belle que lorsqu'elle arborait sa chevelure naturelle. Toutes les filles de la soirée avaient crié au scandale et les débats s'étaient poursuivis jusque très tard dans la soirée.

Revenant au présent, elle se dit qu'elle aurait dû s'occuper elle-même des plans de table. Elle savait pourtant qu'Ariane essayait de la brancher avec Seba depuis sa rupture douloureuse avec Alexandre.

Elle l'aperçut se dirigeant vers leur table de sa démarche souple. Contrairement à tous les convives masculins qui arboraient les derniers costumes ajustés à la mode, il était vêtu d'un ensemble de lin blanc avec des empiècements en bogolan noir et marron. Elle reconnaissait avec une certaine réticence que cet ensemble lui allait bien et lui conférait une certaine originalité.

- Bonjour Rachel! Comment va ? Je t'ai à peine aperçue à la Mairie lui dit-il en se penchant pour lui faire la bise.

- Je suis arrivée pile au début de la cérémonie. Tout monde était déjà installé en salle des mariages répondit elle en plaquant un sourire qui se voulait désinvolte sur ses lèvres.

- Ah oui! J'oubliais que toi et la ponctualité êtes fâchées depuis toujours dit-il en lui souriant de ses belles dents bien alignées. En tout cas, bon appétit !

- On sait que tu es toujours à l'heure toi! Pas besoin de me faire la morale rétorqua-t-elle tout en essayant de ne pas lui montrer son agacement.

- Eh oui! Rien ne sert de courir, il faut partir à point!

- Tchip! Bon appétit toi aussi lui répondit-elle.

Et elle saisit sa fourchette et la piqua dans le morceau de chou imbibé de la sauce tomate rouge de son tchieb boudjienne.

Les six autres convives de la table arrivèrent quasiment tous au même moment ce qui la soulagea de l'obligation d'entretenir la conversation avec Seba. C'étaient des amis d'Ariane et Ousmane qu'elle connaissait pour la plupart. Parmi eux se trouvaient Gabrielle et Marina, accompagnées par leurs petits amis respectifs.

Elle connaissait Gabrielle et Ariane depuis le Collège Vogt à Yaoundé. Par un extraordinaire concours de circonstances, elles s’étaient retrouvées toutes les trois à l'université des sciences et technologies de Lille et avaient fait la connaissance de Marina. Au cours des deux premières années de DEUG, elles étaient dans le même groupe de Travaux Dirigés. Puis, en troisième année, tandis que Rachel s'orientait vers une licence en bâtiment et travaux publics, les trois autres avaient opté pour les sections informatique et télécommunications. Elles avaient néanmoins gardé de solides attaches qui avaient résisté tout au long des huit dernières années, et ce malgré le fait que trois d'entre elles avaient quitté Lille pour s'installer en Région parisienne.

Gabriella et Marina prirent place respectivement à sa gauche et sa droite.

- Bon appétit tout le monde lança Gabrielle. Il a l'air délicieux ce tchieb dit-elle en se tournant vers Rachel tout en dépliant gracieusement sa serviette sur ses genoux.

- Je me régale confirma Rachel. Tu sais que c'est la mère d'Ousmane qui l'a fait. Je ne le voulais le rater pour rien au monde après tout ce qu'Ariane m'en a dit.

- Je suis vraiment agréablement surprise que tout le programme se soit déroulé à l'heure prévue. Je me disais qu'avec nos habitudes d'Africains et de Camerounais en particulier, le repas ne pourrait jamais débuter aussi tôt. Il est 20h30 à peine tu te rends compte? S'étonna Marina.

- Comme quoi quand on veut on peut intervint Seba.

- En même temps ils nous ont tellement seriné pendant les préparatifs qu'il était impératif que tout le monde fasse l'effort d'être à l'heure qu'il n'aurait pu en être autrement s'enquit Gabrielle. Vous vous rappelez qu'au mariage de Josie et Adrien le repas avait été servi à plus de minuit ? Tous les invités Blancs de la réception étaient partis complètement déçus.

- J'avoue que là c'était quand même un peu exagéré répondit Marina en hochant la tête.

C'est à ce moment que le saxophoniste engagé pour la soirée par les mariés débuta sa prestation. Il joua plusieurs morceaux des répertoires d'artistes américains et africains tels que Marvin Gaye, James Brown, Manu Dibango et Fela Kuti. Il déambulait entre les tables des invités. S'arrêtant à la table des mariés, il enchaîna plusieurs morceaux d’amour. Rachel en avait les larmes aux yeux tant elle avait le cœur serré. Ça faisait déjà un an qu'elle avait rompu avec Alexandre, celui qu'elle avait pris pour le grand amour de sa vie. Celui-là même qui n'avait pas hésité à sacrifier leur histoire qu'elle croyait alors solidement ancrée. Elle se disait avec le recul qu'il ne l'avait pas aimée suffisamment pour l'inclure dans ses projets de vie.

Alexandre représentait tout ce dont elle avait toujours rêvé chez un homme : grand de taille, beau, drôle, intelligent, ambitieux, un peu charmeur sur les bords et qui plus est chrétien et bamiléké comme auraient ajouté ses parents. Elle n'en avait eu que faire de ses origines ethniques mais elle savait que si elle avait eu l'occasion de le présenter à ses parents, ceux-ci auraient été aux anges. Ils affirmaient haut et fort qu'ils n'avaient aucun préjugé tribal mais étaient les premiers à attribuer à la différence de culture l'échec d'un couple inter ethnique.

Elle l'avait rencontré lors d'une soirée entre copains trois ans plus tôt et le courant était tout de suite passé entre eux. De nature un peu coincée sur les bords, elle n'avait bien évidement pas fait le premier pas. Il était la première relation sérieuse qu'elle entretenait avec un membre du sexe opposé…

La voix de l'impresario annonçant l'entrée du groupe de danse sénégalaise la ramena brutalement à la réalité. Se tournant vers le centre du jardin où avait été aménagé une estrade en bois spécialement pour l'occasion, elle chassa les souvenirs tristes qui menaçaient de la submerger quelques instants plus tôt.

- Alors tu apprécies le spectacle? Lui demanda Seba assis en face d’elle. Tu m'avais l'air perdu dans tes pensées.

- Oui oui c'est génial. J'adore la danse sénégalaise en plus ! lui répondit elle en se retournant à demi pour le regarder.

- Ah bon? Je n'aurais pas cru. Je pensais que ton style était plus RnB hip-hop.

Elle leva les yeux au ciel et rétorqua :

- Qu’est ce qui te le fait penser que ce n'est que ça mon style?

- Je ne sais pas. Peut-être le fait que je ne t'aie jamais vu danser sur un autre rythme.

Les seules fois où il avait dû la voir danser c'était lors d'une ou deux sorties en groupe l'année dernière. Elle était encore avec Alexandre, et ce dernier n'écoutait exclusivement que de la musique urbaine américaine. A l'évocation de ce souvenir, son cœur se serra une fois de plus. Elle décida toutefois de ne pas s'y attarder et de profiter pleinement de sa soirée. Ce n'était pas parce qu'elle ressentait la solitude de plein fouet en ce moment particulier qu'elle allait se laisser aller à des pensées mélancoliques.

- Bof, tu constateras bien assez tôt ce soir que j'apprécie aussi énormément la musique africaine lui dit-elle en haussant les épaules.

Et elle reporta son attention sur les danseuses qui donnaient leur va-tout pour satisfaire les invités qui applaudissaient en rythme.

Elles continuèrent leur numéro en invitant les mariés à les rejoindre sur la scène. Ousmane se leva et tendit galamment la main à celle qui était désormais sa femme pour l'aider à se lever de sa chaise. Le regard éperdu d’amour qu'Ariane lui adressa fit de nouveau monter les larmes aux yeux de Rachel.

Ousmane esquissa quelques pas de Mbalack sous les cris et les encouragements de sa mère et ses sœurs. Ariane elle leva élégamment sa traine pour l’accompagner.

Le repas terminé, les assiettes furent débarrassées par des hôtesses. Ce fut ensuite le moment des discours des parents d’abord et des mariés ensuite. Ousmane enflamma l’assemblée par son éloquence et son aisance naturelle.

Vint enfin le tour d’honneur. Les mariés avaient opté pour une chanson de Soumbil que Rachel affectionnait particulièrement. Elle avait toujours rêvé que l’homme de sa vie la lui chante spécialement. Elle avait pendant un moment cru que cet homme était Alexandre. Aux premières mélodies de « L’un pour l’autre », Ousmane enserra tendrement la taille d’Ariane, qui lui passa amoureusement les bras autour du cou. Tandis que les mariés évoluaient sur la piste de danse, les invités applaudissaient et reprenaient le refrain en cœur. L’imprésario invita ensuite les convives à rejoindre les mariés sur la piste.

Marina et Gabrielle se levèrent, accompagnées de leurs compagnons respectifs. Il ne restait plus qu’elle et Seba sur leur table.

Il se leva de sa chaise, contourna la table pour la rejoindre. Tendant la main, il lui demanda :

- Tu veux bien?

En réalité, elle n’avait pas vraiment envie mais ça allait faire tâche de rester toute seule à sa table alors que tout le monde se levait pour danser.

- Oui, je te remercie répondit-elle en posant sa petite main dans la sienne.

Arrivés sur l'estrade, Seba la prit par la taille et se mit à bouger en chantonnant doucement. Rachel avait du mal à suivre les pas à son cavalier. Etant assez timide et un peu renfermée, il lui était difficile d'être tout à fait à l'aise dans ce type de situations. Ce n'était pas pour rien que ces amis disaient qu'elle avait un balai dans le cul.

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