
Enceinte, poussée dans l’eau
Chapitre 2
Ma belle-mère a ouvert les yeux avec peine, haletante, et s'est mise à hurler en se débattant :
« Charles Lemoine, espèce de monstre ! Ta femme et ta propre mère sont encore dans l'eau, et toi, tu fais partir le paquebot ! Tu ne sais donc pas que Jeanne porte ton enfant ?! »
Le vent marin hurlait, emportant ses cris en lambeaux.
Mais Charles n'avait d'yeux que pour son fragile grand amour. Comment aurait-il encore un regard pour son épouse, devenue insignifiante ?
La rage et le désespoir emplissaient les yeux de ma belle-mère, puis ses forces l'ont de nouveau abandonnée, et elle s'est évanouie.
À ce moment-là, l'horreur m'a glacée : un banc de requins, comme dans ma vie précédente, commençait à tourner autour de nous.
Terrorisée, j'ai nagé de toutes mes forces dans la direction opposée. Mais avec un enfant dans mon ventre et une adulte inconsciente à tirer, la distance ne cessait de se réduire.
Le désespoir m'a envahie. Cette fois, il n'y aurait peut-être pas d'issue.
Charles, dans ma vie passée, tu m'as reproché d'avoir crié à l'aide et retardé le sauvetage de ta précieuse Sylvie.
Dans cette vie-ci, je ne te dois plus rien.
J'ai cessé de me débattre, entraînée vers le fond par le poids de ma belle-mère.
Avant de fermer les yeux, une voix s'est élevée non loin :
« Jeanne, tiens bon ! »
Surprise, j'ai levé la tête et j'ai aperçu Antoine Lemoine, le chauffeur de Charles, manœuvrant une petite embarcation qui fendait les vagues.
Il nous a vite rejointes. Je me suis hâtée de soulever ma belle-mère inerte, et ensemble, nous l'avons hissée à bord.
Antoine, essoufflé, s'est essuyé le visage d'un geste, puis m'a tendu la main :
« Je savais bien que j'avais entendu vos voix. Mais Sylvie prétendait que vous étiez encore sur le navire… Heureusement que j'ai… »
Il n'a pas eu le temps de finir : il a brandi soudainement sa rame et l'a abattue à côté de moi.
J'ai tourné la tête, stupéfaite : une énorme ombre s'était approchée — un requin, déjà contre mon flanc.
L'adrénaline m'a envahie. Sans réfléchir, j'ai escaladé le bord du bateau à la force de mes bras et de mes jambes.
À peine mes pieds avaient-ils trouvé appui que mes forces m'ont abandonnée. Je voulais le remercier… mais j'ai sombré dans l'inconscience.
Quand j'ai rouvert les yeux, j'étais déjà à l'hôpital.
À ma stupeur, Charles Lemoine veillait à mon chevet. Mais quand il m'a vue éveillée, sa voix glaciale m'a transpercée :
« Jeanne Clément, tu sais ce que tu as fait ? »
J'ai voulu me redresser, mais la douleur m'a clouée au lit. Mon aspect pitoyable n'a provoqué chez lui qu'un rictus moqueur :
« À quoi sert de jouer les faibles maintenant ?
Tu as poussé Sylvie à l'eau. Ensuite, pour fuir tes responsabilités, tu as failli te noyer toi-même. Tu es d'une cruauté sans bornes !
Tu réalises que tu as failli tuer ma mère ? Que tu as failli tuer Antoine ? Ils sont toujours inconscients ! S'il leur arrive malheur, c'est ta vie que je prendrai en échange ! »
À peine avait-il fini que la porte de la chambre s'est ouverte dans un grincement. Sylvie est entrée, les larmes aux yeux. Elle s'est agenouillée devant mon lit :
« C'est parce que je t'ai pris l'affection de Charles que tu m'en veux… Je ne vous dérangerai plus, je m'en irai…
Je t'en prie, promets-moi seulement d'être une bonne personne et d'arrêter d'utiliser le titre de Madame Lemoine pour commettre de telles cruautés ! »
Puis, elle s'est élancée vers la sortie.
Charles s'est précipité pour la retenir par le bras :
« Tu ne partiras pas. Celle qui doit partir, c'est Jeanne, cette femme venimeuse ! »
Je me suis enfin redressée, titubante, et je les ai fixés froidement.
Avant que je ne puisse prononcer un mot, Sylvie a poussé un cri et a reculé d'un pas :
« Charles, elle veut encore me frapper ! J'ai peur ! »
Aveuglé par la colère, Charles n'a même pas réfléchi : il m'a lancé un coup de pied brutal.
Je n'ai pas eu le temps d'éviter et je me suis écrasée violemment contre le lit avant de basculer au sol.
Une douleur atroce m'a traversé le dos, et bientôt, j'ai senti un flot chaud s'échapper de moi.
« Mon enfant… Charles… mon enfant… »
Il a serré Sylvie dans ses bras et m'a jeté un regard empli de haine :
« Épargne-moi tes comédies. Tu as toujours piégé Sylvie de cette manière. Tu crois encore que je vais me laisser duper ? »
Puis, sans se soucier de mes cris, il a soulevé Sylvie dans ses bras comme une princesse :
« Tu n'es pas en état. Je te ramène. »
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