
Elle venait d'avoir 18 ans
Chapitre 3
Elle essayait vainement d’ouvrir une bouteille de rosée glacée devant une table où un couple, déjà servi de moules marinières et de frites, leurs assiettes pleines à ras bord, la regardaient d’un air anxieux, assoiffés, et moi j’essayais vainement d’attraper son regard pour que ses regards ne regardent que moi. On sentait un souffle nouveau gagner sur l’instant.
Pour qu’elle me fasse un signe, si je pouvais m’asseoir à cette table, la seule qui restait de libre. Je vous le dis quand l’amour se joue à rien. On est tombés dans l’eau comme deux oiseaux où m’attendait la jouvencelle cachée derrière les portes. Les portes du ciel.
C’était long et merveilleux à la fois. On ne se rend pas compte du coup de foudre sur le moment, mais on sait que c’est elle, que d’une épaule à l’autre, on sait que c’est elle. Ce n’est pas prémédité, jamais, surtout avec une fille de 18 ans. Elle transpirait un peu sous les bras, de toute cette agitation des restaurants à la tombée du jour où il faut courir pour le client qui réclame encore du pain et du vin et des glaçons. Il y a comme une petite auréole sur le tee-shirt, en haut de ses bras nus si gracieux. J’étais le beau bizarre venu là par hasard.
D’habitude pour moi et le monde entier et tous les garçons et Souchon surtout, une fille qui transpire n’inspire que du rejet mais là, elle était si lumineuse, brune comme dans le film avec Souchon qui ne s’en remet pas et qui comme moi finalement fait exception à la règle et danse avec elle, touchant ses mains un peu moites, un peu en sueurs. Elle était belle comme Isabelle à ce moment-là de l’histoire et finalement ouf le bouchon de la bouteille tant désirée saute et elle me voit enfin. Elle me sourit. Je m’en souviens, j’étais saisi de tremblements. Elle me dit, je suis d’accord alors je m’assoie et l’histoire commence. Qui est cette fille ? Est-elle livide ? Est-elle câline ? D’où viens-tu, oh ma tendre merveille, mon amour absolu ?
J’allais connaître encore ce sentiment nouveau, toujours nouveau à chaque fois quand l’hirondelle du printemps se pointe à l’horizon. C’est l’amour. Bientôt j’aurais son souffle sur ma peau, j’aurais le plaisir avec elle, j’aurais la joie d’être éveillé par le premier baiser de sa bouche adorée. Je sais, ça fait rêver mais c’est véridique, c’est de l’authentique, de l’autobiographique, des mémoires avant la fin car il n’y a pas d’amour heureux. C’est la vérité. Je vais connaître la joie des amants, la paix des corps. Passer le pont Mirabeau. Es qu’au moins il fait beau.
Le café du port
C’était l’été, évidemment, alors c’est toujours une fille de 18 ans, petite vendeuse de glaces sur la plage que Souchon emmène pour tailler la zone ou vendeuse de chou chou sur la promenade ou la caissière du super qui est super ou la petite serveuse du restaurant sur le port juste à côté du Café du Port. C’est elle. Elle. Je ne veux qu’elle. Dans toutes les villes portuaires ou du Bord de Mer, il y a un café du Port ou le Café du Pont comme dans l’histoire de l’enfance merveilleuse de Pierre Perret. C’est comme dans la chanson de Léo Ferré. La barmaid avait 18 ans mais moi je ne suis pas vieux comme l’hiver.
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