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Couverture du roman Elle s'appelait Alèthe

Elle s'appelait Alèthe

Dans ce récit bouleversant, une jeune femme brise enfin le silence pour dénoncer l'inceste subi de la part de son père. Après une reconstruction intérieure éprouvante, nourrie par la résurgence de souvenirs enfouis, elle choisit de porter plainte. Ce témoignage retrace son parcours courageux vers la vérité, marqué par une résilience exemplaire. L'œuvre souligne également la solitude et le délaissement auxquels sont confrontées les victimes face à l'indifférence de la société.
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Chapitre 3

La policière finit de lire « Un agent de police judiciaire va prendre votre déposition et nous mettrons en annexe votre document si vous le souhaitez ».

Elle explique à Alèthe de quelle manière va se dérouler la procédure ainsi que l’enquête si une enquête est diligentée par le Procureur de la République.

Alèthe écoute, essaye de se concentrer pour retenir les informations mais elle ne mémorise pratiquement rien.

Elle comprendra plus tard que le fait de parler de ses traumatismes la plonge de nouveau dans un état d’angoisse infantile. Entre traumatismes et réminiscences, tout se bouscule dans sa tête, tout se met en veille, effrayée, apeurée par les souvenirs.

Pourtant, elle est adulte, elle ne comprend pas ce qui se passe en elle, elle n’arrive plus à réfléchir, à parler, à mémoriser. Elle n’arrive pas à comprendre cet état tellement perturbant et déroutant alors que d’habitude, Alèthe est une femme déterminée, pleine de répartie et de courage… Là, elle redevient une enfant, celle qui a été maltraitée, mal-aimée.

La policière la dirige vers l’officier de police judiciaire qui va prendre sa déposition.

Un homme plantureux se tient devant elle avec une grosse voix et une démarche avertie. Ce personnage ne rassure pas beaucoup Alèthe qui déjà a été secouée comme un pauvre sablier entre des allers-retours passé et présents qui ont mis son corps et son esprit à rude épreuve.

L’état d’Alèthe ne change pas, elle sursaute au moindre bruit et cela ne s’arrange pas avec la voix du policier

La pièce est plus lumineuse que la précédente, il y a des étagères désordonnées et un bureau avec des documents dessus. Il lui fait signe de s’asseoir et prend place à son tour devant son bureau.

Un ordinateur se tient droit face à elle comme un bon petit soldat, il va recueillir ses mots et ses maux gardaient, muselaient depuis tant d’années.

Mars 2019 – Agression sexuelle par ascendant sur mineur de moins de 15 ans.

Alèthe avait 6 ans ou peut-être plus ou peut-être moins.

Régulièrement, sa mère vérifiait, si son frère et elle, avaient « des vers dans les fesses ». Elle regardait régulièrement à l’intérieur de leurs fesses « pour enlever les vers ».

Un jour peut-être plus marquant que les autres vu que Alèthe s’en souvient.

Son père entre et dit à sa mère « ça suffit, je prends le relais ».

Son père lui demande de montrer ses fesses, elle lui dit qu’elle en a assez et qu’elle n’a pas envie.

Il commence à crier et de peur elle s’exécute. Il dit d’un ton agacé « arrête de bouger ».

Elle sent quelque chose qui rentre dans ses fesses mais elle ne sait pas ce que sait, elle a mal et elle lui dit d’arrêter mais son père continue et rétorque « c’est malin maintenant tu saignes, je t’avais dit de ne pas bouger ».

1re

À la suite de sa déposition, Alèthe remet son document d’environ huit pages en complément pour énoncer chaque flash, chaque souvenir, chaque émotion, chaque sensation avec une description la plus exhaustive possible, la plus détaillée possible. Le policier lui remet aussi les coordonnées de l’association d’aide aux victimes.

Ce jour de mars 2019, Alèthe s’en souviendra à jamais. Elle se souviendra de l’agent d’accueil qui a su trouver les mots justes, elle se souviendra de la dame qui aura pris en compte ce qu’elle a écrit et elle se souviendra du policier enquêteur ayant pris sa déposition parfois de manière maladroite mais qui a été empathique malgré tout.

Alèthe se rappellera, également de la sensation de libération qu’elle a pu ressentir quand elle est sortie du commissariat de police et aussi une sensation terrible de gouffre perforant son corps comme si plus rien ni personne ne pouvait la protéger, comme si elle était toute petite et vulnérable.

Elle a eu tant de courage, ah ça oui !

Mais elle s’est exposée en donnant toute sa vie, toute sa détresse qu’elle a subie tant d’années.

Malgré tout cela, elle se souviendra de l’immense énergie de vie qui a parcouru son enfance et son adolescence pour combattre l’impensable, l’indicible. Cette force en elle n’a pas de prix ni d’épuisement, elle a compris en sortant du commissariat de police que cette force, cette détermination, cette énergie, elle l’aura tout le temps parce que cela fait partie d’elle, cela fait partie de son âme !

À la suite de sa déposition et durant quelques semaines, régulièrement, Alèthe sort de son porte-carte les coordonnées de l’association d’aide aux victimes mais chaque fois elle la range et n’ose pas appeler.

Un matin, son téléphone sonne mais comme elle ne connaît pas le numéro qui s’affiche, elle ne décroche pas.

Un message sur le répondeur apparaît, elle écoute. C’est la personne de l’aide aux victimes. Alèthe se sent mal, elle tremble mais elle arrive à se calmer et rappelle.

La personne semble très à l’écoute et lui explique qu’elle voulait avoir un premier contact avec elle. Alèthe a pu lui dire qu’elle n’était pas arrivée à la joindre parce qu’elle n’osait pas le faire.

La personne de l’association lui indique qu’elle peut répondre à toutes questions relatives à la procédure et si besoin effectuer un suivi psychologique. Alèthe explique qu’elle a déjà un accompagnement dans ce cadre. Elle lui demande des informations concernant la procédure parce qu’elle n’avait pas pu mémoriser les explications de la policière.

Après cet appel, Alèthe se sent bien, elle s’est sentie écoutée, réconfortée.

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