
Elle est mon yseult
Chapitre 3
CHAPITRE 2
Deux ans et demi plus tôt
Ce soir-là, sortie entre potes sans nos nanas pour nous surveiller. Jérémy ne cessait de se plaindre du fait qu'Olivia ne soit pas sexuellement entreprenante. Les deux étaient ensemble depuis le lycée, autrement dit, une éternité. Il n'en avait jamais testé une autre qu'elle et visiblement, cela le démangeait. Il voulait absolument connaître tous les détails de mes ébats avec Alice, pour comparer et inciter sa copine à prendre un peu plus de risques. Il en avait plus que ras-le-bol de la position du missionnaire.
Je compatissais. Je vivais plus ou moins la même chose. J'aimais Alice. Mais son éducation guindée, son style de petite bourge et de sainte nitouche ne cachaient malheureusement pas un tempérament de petite cochonne. Elle était un bon parti et était issue d'une famille de richards que j'adorais détester et critiquer. Jolie, bosseuse, pas prise de tête. La copine idéale.
Je ne pouvais résolument pas en espérer plus. J'étais chanceux.
Olivia me l'avait présentée trois ans et demi plus tôt. Elle et Alice s'étaient rencontrées à la fac. Jérémy ressentait le besoin de me caser et avait harcelé sa moitié pour organiser un rendez-vous arrangé. Rendezvous qui s'était soldé par une nuit des plus torrides. Mais il était loin le temps où le sexe entre nous était excitant et original. À présent, il était routinier, sans surprise, sans saveur. Mais je l'aimais. La douceur et l'attention dont elle faisait preuve à mon égard m'indiquaient clairement que j'étais tombé sur la femme parfaite. Enfin presque.
Malgré cela, je l'avais trompée. Une seule fois, en octobre de cette année. Une gonzesse rencontrée dans un bar. Cette dernière m'avait dragué. J'étais bourré, c'était une erreur. Une erreur vite oubliée. Elle ne m'avait même pas réellement fait d'effet. J'avais tout juste bandé. Je lui
avais donné un faux numéro le lendemain matin en partant de chez elle et ne l'avais jamais revue. Jérémy m'avait couvert auprès d'Alice. Nous avions officiellement bien trop bu. Elle n'avait pas voulu en savoir plus et me faisait confiance. J'avais honte mais je ne culpabilisais pas. Ce qui était fait, était fait.
- Putain Tristan, arrête de faire ton asocial et ramène tes fesses ! me cria Jérémy.
Le grand blond me rejoignit à l'extérieur du bar dans lequel nous passions la soirée. J'étais sorti quelques minutes pour prendre l'appel d'Alice qui me rappelait gentiment de boire avec modération vu comment s'était terminé notre dernière soirée entre mecs.
- J'fais pas mon asocial, Alice m'a appelé. On s'entend pas dans ce bar !
- Alice, Alice ! Elle peut pas te lâcher la grappe pour une fois !?
La porte principale s'ouvrit derrière lui pour laisser apparaître un homme de grande taille, les cheveux châtains et ondulés tombants dans les yeux. Un style classique, jean noir parfaitement ajusté, chemise blanche et veste de costard. Impeccablement rasé, il affichait toujours ce putain de sourire à la Colgate.
Benjamin. Un de mes collègues du centre sportif d'escalade. Il était de ceux qui ne laissaient aucune femme indifférente. Elles auraient été presque capables de se taper dessus pour avoir le privilège de l'avoir en coach. Et ce grand gaillard en profitait. Les nénettes se trémoussaient en grimpant les parois et lui offraient une vue splendide sur leur fessier ferme et plus qu'agréable à mater. J'en profitais aussi, fallait bien se l'avouer. Mais pour ma part, j'étais maqué. Lui ne voulait pas s'embarrasser d'une copine qui, je cite, « lui péterait les couilles ». Il nous rabâchait sans cesse à Jérémy et à moi notre manque de jugeote à ce sujet.
- Bon, Tris. Je discutais avec Ben à l'intérieur. Et sérieux, toutes les meufs dans le bar veulent le pécho ! Y'a moyen d'avoir des plans ce soir !
- Jérém, j'sais pas si c'est une bonne idée, tu sais. Imagine Liv l'apprend ?
- Bah Alice l'a jamais su pour toi !
- J'ai eu de la chance. Simplement de la chance. C'est trop risqué. C'est sans moi sur ce coup-là.
Benjamin me scrutait un rictus plaqué sur les lèvres. Il avait cet air sûr de lui qui émanait de tout son être. Cette aura particulière qui attirait les femmes comme des mouches. Les sorties avec lui finissaient rarement sans qu'on soit soumis à la tentation. Ce mec était une vraie star internationale.
- Si tu flippes de te faire choper, ou que la meuf balance tout à ta copine, je te conseille les sites de rencontres extraconjugales. Tu peux tomber sur des femmes un peu plus matures, mariées, qui ne demandent que de la discrétion. Aucune prise de tête, juste des moments agréables. Après, faut tomber sur la bonne. Un peu plus compliqué. J'ai essayé et ça n'a pas marché avec la seule qui m'ait répondu. C'est le loto là-dessus. Mais bon, qui tente rien n'a rien.
- J'vais me créer un profil sur le site... ricana Jérémy. C'est vrai qu'au moins avec ce genre de plan, logiquement, pas de souci avec sa copine, vu que l'autre est aussi en couple.
- On peut finir la soirée chez moi si vous voulez. Pas de trace de vos historiques sur vos ordis perso du coup... Si ça vous plaît, y'a des applis qui vont avec, poursuivit Benjamin.
J'avais beau avoir essayé à plusieurs reprises de détourner Jérémy de son obsession actuelle, rien n'y faisait. Il s'était donné pour mission de se taper une autre nana que la sienne pour voir ce que cela faisait. Le problème là-dedans, c'était que j'étais son pote. Son meilleur pote. Et entre potes, on était solidaires. Valait mieux que je le surveille de toute façon. Quitte à ce qu'il aille au bout de son projet, autant que je sois derrière lui pour vérifier ce qu'il trafiquait.
Je les avais suivis dans leur délire de mecs en manque.
Pourquoi ?
Sûrement par curiosité. Sûrement pour les imiter. Sûrement pour me sentir moins con. Je m'étais laissé embarquer dans leur idée pas des plus ingénieuses.
J'aurais dû dire stop. J'aurais dû empêcher mon meilleur pote de suivre les conneries de mon collègue. Mais en lâche que j'étais, je n'avais pas osé intervenir. J'avais laissé faire et y avais participé, y avais pris plaisir. Si ma raison avait été plus forte que mon appétit sexuel à contenter, je ne me serais pas propulsé dans une situation dont j'aurais du mal à me dépêtrer, une situation à laquelle je ne m'attendais pas.
Putain, mais pourquoi ? Pourquoi avait-il fallu que je m'inscrive sur ce site ?
Sans mes deux comparses, jamais je ne l'aurais rencontrée. Jamais je ne serais tombé amoureux d'une autre qu'Alice, et Jérémy, quant à lui, serait probablement toujours avec Olivia.
La vie aurait été certes bien plus tranquille... mais pour ma part, surtout bien plus fade.
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