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Couverture du roman Elle est mon yseult

Elle est mon yseult

Tristan mène une existence paisible auprès d'Alice, qui attend leur enfant. Pourtant, ses souvenirs sont hantés par Yseult, une ancienne maîtresse rencontrée autrefois sur un site spécialisé. Cette liaison adultère a marqué son âme d'une passion sans égale. Lorsqu'il recroise son chemin deux ans plus tard, son équilibre s'effondre. Déchiré entre ses devoirs familiaux et cet amour interdit, il finit par céder à la tentation, quitte à briser son foyer pour retrouver cette émotion pure.
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Chapitre 1

PROLOGUE

Elle était mon Yseult.

Celle qui a embrasé chaque parcelle de mon être. La passion à l'état brut. Un aimant. Une drogue.

La flamme s'est instantanément ravivée quand sa route a de nouveau croisé la mienne.

Je la contemple, stupéfait de la revoir après autant de temps. Stupéfait oui, mais plus que satisfait.

Les rayons chauds du soleil illuminent sa magnifique chevelure brune et créent de doux reflets châtains. Un léger rictus dévoile ses petites fossettes sexy dont j'étais éperdument tombé amoureux. Elle est plongée dans sa lecture comme lors de notre dernier rendez-vous. Ce livre réussit à éclairer son visage heureux et il attise ma jalousie. Deux ans auparavant, j'étais celui qui lui dérobait d'immenses sourires, celui qui éclairait son regard, celui qu'elle touchait. Je m'imagine être entre ses doigts, caressé comme les douces pages de son roman d'amour. Un souvenir agréable resurgit alors aussitôt. Ma tête posée sur son ventre, elle me chatouillait les cheveux et les entortillait avec délicatesse. Un moment magique et d'une tendresse incroyable. À cette simple idée, mon cœur se serre. Renoncer à elle avait été le choix le plus difficile de toute ma vie et elle m'avait manqué à chaque instant depuis.

Elle était mon Yseult malgré le fait que je n'étais pas son preux chevalier Tristan. J'en étais bien loin même et je n'avais pas cette prétention. Elle méritait tellement plus qu'un simple écuyer. Elle aurait dû être traitée comme la reine qu'elle était et non comme une vulgaire servante de la cour royale.

J'ai longtemps pensé que notre liaison n'avait été que le fruit de mon imagination débordante, une histoire dont je rêve encore, deux ans après, une addiction en veille qui me hante, un goût d'inachevé. Et pourtant, elle est là, assise droit devant, face à moi, à cette table, seule avec ses pensées, toujours aussi superbe et mystérieuse.

Alors qu'elle évite soigneusement mon regard, le mien s'attarde sur ses longues jambes bronzées et dénudées. Sa manière de les croiser et de balancer son pied chaussé d'un joli escarpin à talon très haut m'hypnotise. Sa cheville fine effectue des petits cercles avec une certaine élégance.

Mes yeux remontent peu à peu vers sa poitrine qui me plaisait tant. Petits seins certes, mais parfaitement symétriques et qui tiennent sans l'aide d'un soutien-gorge, un bonnet B, largement suffisant pour ma part. Son décolleté léger laisse apparaître un tatouage discret qui n'existait pas auparavant, une sorte d'inscription. Je fronce les sourcils, tentant de deviner ce qui est écrit sans pouvoir y arriver, bien trop éloigné de ma cible. Mes poils se hérissent à l'idée de parcourir de mes doigts cette partie de son anatomie. Des pensées lubriques envahissent mon esprit et refusent de le quitter.

Oui, elle m'avait vu mais avait aussitôt détourné les yeux, visiblement décontenancée par ma présence. Elle rougit. Elle sait que je suis en train de la contempler. Je ne peux faire autrement, elle irradie autant que le soleil au zénith à cette heure de la journée. Son petit air innocent me fait toujours autant d'effet, surtout alors que je sais qu'il est en complète opposition avec la réalité. Une femme mature, farouche et qui connaît ses principaux atouts. Une femme impossible à apprivoiser. Malgré son sex-appeal évident, elle ne remarque même pas qu'elle plaît. Le peu d'hommes qui passent par là n'hésite pas à la reluquer sans aucune discrétion. Ce qu'ils ignorent, c'est que moi, j'ai eu le privilège de l'embrasser, de la prendre dans mes bras et de lui faire l'amour de nombreuses fois. J'en éprouve une petite fierté et satisfaction personnelle.

Mon cœur bat la chamade. Il me faut lui parler. Je m'empare donc de mon téléphone et lui pianote un rapide message pour attirer son attention.

[Intéressant ton livre ? Rassure-moi, le mec ne prend pas encore une balle pour sa copine ?]

Ma respiration se coupe quand je comprends que non, elle n'a pas changé de numéro de portable car il a vibré avec vigueur sur la table face à elle. Même cachée derrière ses lunettes de soleil, je devine que ses yeux rient à la lecture de mon petit sms. Je la comprends mieux que personne d'autre. Elle aime ce genre de taquineries. Elle aime qu'on la titille, qu'on la convoite, qu'on la chasse. Je suis plutôt ravi de ne pas avoir perdu la main.

[Et... je suis ravi que tu n'aies pas changé de numéro.]

Mon deuxième message fait de nouveau trembler son téléphone. Je lui souris, elle est visiblement troublée. Ses doigts sont prêts à taper une réponse mais une jeune et jolie jeune femme, probablement une amie à elle, la rejoint à cet instant. Elles se saluent, s'embrassent et rient ensemble. Elle en oublie ma présence. Et à ma grande déception, les deux ne restent pas pour le déjeuner. Elle empoigne son sac et passe suffisamment près de moi pour que j'entende un fragment de leur conversation, conversation qui m'est en partie destinée.

- Non, je t'assure, tu n'as pas à t'en faire Laure. C'est juste que... je crois que les prochaines semaines risquent d'être... intenses.

Intenses... cela ne peut être le fruit du hasard, mais plutôt un message subliminal. Je ferme les yeux, profitant de son doux parfum fleuri balayé par une brise fraîche qui caresse délicatement mes narines et m'envoûte en l'espace de quelques secondes. Seulement pendant quelques secondes, car il me faut revenir ensuite à la réalité. Mon ex-amante s'est déjà volatilisée et je me retrouve nez à nez avec Alice.

- À quoi tu pensais ? m'interroge-t-elle un sourire aux lèvres.

- À rien ! rétorqué-je innocemment. Tu as commandé nos boissons ?

- Le serveur nous rejoint dans quelques minutes. Il ramène les cartes, me répondit-elle. J'ai super mal au dos, j'en peux plus. Je suis une grosse baleine. Une grosse baleine qui va finir par exploser.

Je lui souris.

- Mais non, tu n'es pas une grosse baleine... juste un petit cachalot ! la charrié-je finement en guise de représailles pour m'avoir traîné dans toutes ces boutiques contre ma volonté.

Alice a l'habitude de mon humour décalé et ne s'en formalise plus, elle ne réagit même plus.

- J'ai mal au dos, mes pieds sont gonflés, c'est atroce, se plaint-elle.

Je ne sais combien de fois j'ai entendu cette rengaine depuis plusieurs mois. Mais je fais avec. J'affiche ma mine la plus compatissante et je tente de la divertir. Et ça fonctionne, c'est l'essentiel. J'essaie de faire passer ma frustration par des touches d'ironie et pointes de sarcasme qu'elle ne détecte cependant pas forcément à mon grand désarroi... ou pas.

- Allez, assieds-toi mon petit cachalot ! plaisanté-je en tapant sur son assise.

Elle s'efforce de ne pas rire à ma bêtise sans succès. Elle est belle, bien plus que d'habitude. Ses cheveux châtains ont blondi au soleil et des taches de rousseur sont apparues sur son visage fatigué. La grossesse lui va bien. Son ventre énorme attire souvent le regard des autres femmes. Elle est radieuse même lorsqu'elle râle. Alice partage ma vie depuis près de six ans maintenant. Je l'aime, c'est une évidence.

Pourtant, elle n'est pas mon Yseult. Elle ne le sera jamais.

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