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Couverture du roman Éclipse

Éclipse

Sous un ciel nocturne, Hélios cherche le cadeau de Noël idéal pour sa sœur Séléné. Son voyage au cœur des montagnes enneigées bascule lorsqu'il découvre Hécate. Cette femme mystérieuse, dont le nom évoque la lune, dissimule un secret profond. Entre sa dévotion fraternelle et l'attraction pour cette inconnue, le jeune homme passionné d'astres devra faire un choix déchirant. Cette romance fantastique mêle mythologie et mystère lors d'une rencontre aussi précieuse que périlleuse.
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Chapitre 3

Les mille et une nuits

— Il est joli ton prénom, d’où vient-il ? demanda Hécate à Hélios en lui proposant de s’asseoir à table.

— Il est d’origine grecque, il vient de la mythologie. Hélios est le dieu du Soleil.

— C’est une jolie référence.

— Toi aussi tu as le prénom d’une déesse, tu sais. Et c’est drôle, parce que nous sommes un peu comme deux pièces d’un puzzle qui s’emboîtent. Enfin, nos prénoms.

— Ah, oui ? dit Hécate en s’asseyant en face de lui, ses yeux plongeant dans les siens et ravivant la flamme d’une chandelle qui s’y reflétait.

— Oui. Hécate est une déesse de la Lune.

— Vraiment ? Je l’ignorais ! C’est vrai qu’on se complète un petit peu tous les deux. C’est marrant, dit-elle avec son éternel sourire qui semblait figé tant il ne la quittait jamais.

Hécate regarda le garçon déguster son plat. Elle le trouva très mignon avec ses joues et son nez tout rouges, ses yeux d’ambre et ses cheveux d’or, dressés sur sa tête à cause de la friction du bonnet qu’il avait porté pendant des heures.

— Dis-moi, que viens-tu faire ici ?

Hélios lui expliqua la mission qu’il entreprenait.

— Je pensais m’être perdu mais j’ai trouvé le refuge grâce aux bougies.

— Le refuge ? Ce n’est pas un refuge ici.

Il leva les yeux vers elle, interrompant sa mastication. Il fronça les sourcils et détailla la jeune fille, les yeux plissés, afin de déceler le signe trahissant une mauvaise blague. Mais Hécate semblait très sérieuse, inquiète même. Elle posa ses coudes sur la table et lui dit d’une voix douce, comme pour ne pas l’affoler.

— Tu peux passer la nuit ici.

— Merci.

Elle lui recommanda d’étendre ses habits mouillés près de la cheminée dans laquelle crépitait un feu joyeux.

— Cependant, j’ai une faveur à te demander.

— Dis-moi.

— Pourras-tu me raconter l’histoire d’Hécate ? Je n’en ai jamais entendu parler et tu sembles bien connaître la mythologie grecque.

— Avec plaisir. Où peut-on s’installer ? Il faut l’être confortablement. D’ailleurs, où puis-je dormir ?

— À l’étage. Suis-moi.

Hécate ne retenta pas de prendre sa main, elle avait bien compris que cela le dérangeait.

Elle aimait bien le garçon. La courbe de ses lèvres toujours incurvée en une sorte de sourire rêveur lui donnait une apparence chaleureuse qui plaisait beaucoup à Hécate, il lui insufflait une sensation étrange, un sentiment inconnu. Celui d’être en vie.

Elle aurait aimé ressentir cela pour toujours. Si seulement elle pouvait le garder plus longtemps qu’une nuit auprès d’elle. Elle était impatiente de découvrir son talent de conteur qui lui permettrait enfin de s’évader de ce chalet, cette prison de bois dans laquelle elle était séquestrée.

Elle monta l’escalier de bois grinçant en prenant garde à soulever les pans de sa robe satinée pour ne pas s’empêtrer dedans. Hélios, à sa suite, découvrit alors ses deux petits pieds glissés dans des ballerines toutes aussi blanches que son vêtement et sa peau diaphane. Ses chevilles étaient si fines qu’il aurait sûrement pu les entourer en joignant l’index et le pouce

Hécate s’empressa de sortir le matelas de secours caché sous son lit. Elle s’était toujours demandé pourquoi il était là, il n’y avait toujours eu qu’elle dans cette maisonnette.

Le jeune homme aida Hécate à tirer de sous le lit le matelas trop lourd pour le frêle corps de la belle demoiselle dont les longs cheveux blonds tombaient en cascade devant son visage lorsqu’elle se penchait. De petites oreilles, de part et d’autre de son crâne, perçaient le rideau doré. Elles étaient décorées de jolies boucles d’oreilles. Deux perles nacrées semblant cernées d’un brin d’or. Hélios assimila évidemment ces deux sphères claires à la Lune.

En fait, tout chez la jeune fille lui rappelait la Lune. Hécate lui rappelait la grâce de l’astre, sa douceur, sa clarté autant que son obscurité, son aura mystérieuse, son sourire, l’espoir et la chaleur qui s’en dégageait.

Hécate s’assit sur son lit et attendit qu’il commençât son récit. Elle le regardait avec des yeux brillants, avide de connaissances. À travers ces yeux aussi bleus que le ciel étoilé ou les profondeurs des océans, Hélios se remémora l’excitation de Séléné, sa petite princesse de la Lune, quand leur mère s’apprêtait à leur raconter une histoire. Elle ne leur racontait d’ailleurs que des mythes grecs. Elle raffolait de cette mythologie, cette dentelle infinie d’histoires fascinantes. C’était de cette passion que venaient les prénoms de ses deux enfants : Hélios et Séléné, deux dieux frère et sœur, le Soleil et la Lune, si semblables et à la fois si opposés.

— À quoi penses-tu ? dit Hécate en le sortant de sa pensée.

Elle était descendue de son lit et se retrouvait maintenant à genoux devant lui, tout près de son visage. Hécate avait toujours aimé le Soleil, elle rêvait de le rejoindre, lui qui voyait tout. Elle n’avait jamais été aussi près de lui.

— À rien d’important. Commençons l’histoire.

La jeune fille resta perplexe. Elle avait remarqué la mélancolie dans le regard perdu d’Hélios. Elle ne savait que trop ce que c’était. Dans ces moments où elle était loin de tout, Hécate aurait aimé avoir du réconfort, de l’amour, des bras dans lesquels se blottir. Aussi, sans se soucier de la réaction tendue du garçon, elle enroula ses bras autour de son corps et attendit patiemment qu’il commençât son récit. Celui-ci s’était attendu à un contact froid comme tout à l’heure, pourtant l’étreinte était agréablement chaude.

Hélios réfléchit à la manière dont il allait s’y prendre. Il ne se sentait pas très doué pour raconter les histoires. Il pensait que le talent de conteuse de sa mère n’avait pas été transmis dans ses gènes. Il commença cependant d’une voix douce.

— Il existe un roi des dieux. Il s’appelle Zeus et comme tous les rois, il a obtenu son pouvoir par son père. En lui faisant la guerre.

Hécate cala son visage sur son épaule de façon à pouvoir observer son visage se mouvoir.

— En fait, ce n’est pas vraiment pour récupérer son pouvoir que Zeus a fait la guerre à son père Cronos, mais pour libérer ses frères et sœurs qu’il avait avalés.

— Comment ! s’exclama Hécate, horrifiée.

— Euh… Oui. Je suis désolé, je ne suis pas très doué pour raconter les histoires… Je connais les mythes mais je risque de te les raconter dans le désordre… Tu sais, si ma sœur était là, elle te raconterait bien mieux que moi tous ces récits incroyables.

Hélios sourit tendrement en portant son regard sur la montagne endormie derrière la vitre de la fenêtre. Séléné avait-elle eu droit à son histoire du soir ? La connaissait-elle déjà ? Avait-elle achevé chaque phrase qu’avait commencée sa mère ?

— Tu as une sœur ?

— Oui, elle s’appelle Séléné. C’est aussi une déesse de la Lune, la plus belle ! s’exclama-t-il sans cesser de sourire

Hélios détourna son visage du paysage nocturne et se retrouva face au visage d’Hécate, toute proche, qui le regardait avec de grands yeux brillants. Il se dit aussitôt que Séléné n’était peut-être pas la plus belle déesse. Celle qui se trouvait devant lui l’était tout autant.

— Elle te manque ?

— Un peu. Mais je la retrouverai bientôt, dès que j’aurai trouvé son cadeau de Noël.

En l’entendant évoquer son départ prochain, Hécate pinça les lèvres et tourna la tête vers la fenêtre.

— Continue, s’il te plaît.

— Cronos a mangé ses enfants car il redoutait qu’ils s’emparent de son pouvoir. C’était terrible pour sa femme, Rhéa, qui devait, chaque fois qu’un nouvel enfant voyait le jour, donner son bébé à son mari en guise de déjeuner ! Elle finit par avoir le courage de cacher son sixième enfant, Zeus, sur une île pendant que Cronos dévorait non pas son fils mais une pierre placée dans le berceau à la place du nouveau-né.

Hélios s’interrompit, il attendait une réaction de la part d’Hécate mais la jeune fille ne dit rien, son regard se perdait au-delà la fenêtre. Elle n’écoutait pas vraiment, elle était plongée dans ses pensées.

Hélios partirait le lendemain, elle ne devrait pas s’en soucier, ce n’était qu’un étranger. Pourtant, chaque fois qu’un mot sortait de la bouche de cet inconnu, elle se sentait devenir un peu plus dépendante. Ses paroles l’enchaînaient à lui, à cette lueur qui dansait dans ses yeux alors qu’il se laissait emporter par son récit. Il était bien meilleur conteur que ce qu’il prétendait. Hécate souhaiterait, de sa bouche, apprendre toute la mythologie grecque, dans ses plus infimes détails.

Tout en imaginant les péripéties de Zeus, la jeune femme entendit un froissement d’ailes de l’autre côté de la fenêtre. Elle reporta son attention dehors et découvrit, perché sur le rebord de l’ouverture, un oiseau géant, aux yeux perçants. Elle le regarda quelques instants et aussitôt l’idée lui vint qu’elle pourrait garder Hélios à ses côtés.

Pour l’éternité.

Si elle ne connaissait pas vraiment la mythologie grecque, elle se rappelait avoir lu un jour, parmi les nombreux ouvrages gardés dans le salon, l’histoire de Shéhérazade et ses mille et un contes. Et si elle faisait la même chose avec Hélios ? Si elle lui demandait, chaque jour, de lui raconter l’histoire des dieux grecs ? Et si, au lieu de s’enchaîner, elle, à ce soleil humain, elle l’enchaînait, lui à elle ?

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