
Échos du Desir
Chapitre 2
Assise à son bureau encombré de dossiers et de notes de projet, Claire relisait pour la énième fois l'email qui venait d'arriver. Chaque mot, aussi formel qu'il soit, semblait porter une connotation qu'elle avait du mal à cerner. Le message, simple et direct, était une invitation personnelle à une soirée privée organisée par Gabriel Delacroix. Elle plissa les yeux, relisant une nouvelle fois pour s'assurer qu'il n'y avait pas de malentendu :
Madame Claire Dupont,
Vous êtes cordialement invitée à un événement privé en l'honneur de la fondation Gabriel Delacroix, qui aura lieu ce vendredi soir à 20 heures, au manoir Delacroix.
Cordialement,
L'équipe de Gabriel Delacroix.
Claire se recula dans sa chaise, perplexe. Comment devait-elle interpréter cela ? Après leur interaction tendue lors du gala de charité, elle ne s'attendait absolument pas à recevoir une invitation à un événement aussi personnel. Que cherchait-il en l'invitant ainsi ? Était-ce une simple formalité, ou bien Gabriel essayait-il de faire amende honorable pour l'avoir mal jugée la dernière fois ? Quoi qu'il en soit, elle hésitait à accepter. Le monde de Gabriel n'était pas le sien, et elle ne voulait pas se retrouver piégée dans une sphère de luxe et de pouvoir où elle risquait de perdre pied.
Cependant, une petite voix intérieure lui rappelait que refuser une telle invitation pourrait être mal perçu. Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'une jeune consultante modeste comme elle était conviée à un événement aussi exclusif. Peut-être qu'elle pourrait en profiter pour établir quelques contacts professionnels, ou du moins essayer de comprendre ce milliardaire énigmatique qui semblait jouer un jeu complexe.
Finalement, après une journée d'hésitation, elle envoya une réponse affirmative. Peu importait ce qu'il attendait d'elle, Claire se promit de rester fidèle à elle-même.
Le vendredi soir arriva plus vite qu'elle ne l'avait imaginé. Devant le miroir de sa petite salle de bain, elle ajustait sa robe, une tenue plus chic que celle du gala, mais encore modeste comparée aux extravagances qu'elle allait sûrement voir ce soir. La robe était d'un vert émeraude profond, avec des détails en dentelle sur les manches. Elle s'était fait un chignon simple, laissant quelques mèches encadrer son visage.
« Tu es prête pour ça, Claire », se murmura-t-elle en se regardant droit dans les yeux. « Ce n'est qu'une soirée, rien de plus. »
Elle inspira profondément avant de sortir de son appartement et de monter dans le taxi qu'elle avait réservé. À mesure que la voiture avançait, le paysage urbain laissa place à des rues plus larges, bordées de demeures luxueuses. Claire ne pouvait s'empêcher de ressentir un certain malaise en traversant ces quartiers opulents. Elle venait d'un milieu bien plus modeste et ce monde de privilèges la rendait toujours un peu nerveuse.
Enfin, le taxi s'arrêta devant une immense grille en fer forgé, derrière laquelle se dressait un manoir majestueux, entouré de jardins soigneusement entretenus. Les lumières de la façade illuminaient les pierres anciennes du bâtiment, lui donnant un air presque irréel. Claire sortit du taxi, remercia le chauffeur et s'approcha de la grille. Un agent de sécurité à l'air sévère vérifia son invitation avant de l'autoriser à entrer.
En marchant le long de l'allée pavée menant à la porte principale, elle jeta un coup d'œil aux alentours. Le manoir semblait s'étendre à l'infini, chaque détail respirant la richesse. Claire tenta de se détendre, mais le poids de l'ostentation l'écrasait déjà.
« Bonsoir, mademoiselle Dupont », dit un majordome en ouvrant la porte principale. « Monsieur Delacroix vous attend dans le grand salon. »
Claire hocha la tête, reconnaissante pour l'accueil formel, mais elle ne pouvait pas ignorer le sentiment d'être une intruse dans ce monde somptueux. Une fois à l'intérieur, elle fut encore plus impressionnée. Le manoir regorgeait d'œuvres d'art, de meubles anciens et de décorations somptueuses. Des statues de marbre se dressaient dans les coins des pièces, tandis que des tapis persans ornaient le sol. Chaque détail, du lustre en cristal au bois finement sculpté des portes, semblait conçu pour impressionner.
Guidée vers le grand salon, Claire remarqua que la plupart des invités étaient déjà là. Des hommes en costumes sur mesure discutaient affaires tandis que des femmes vêtues de robes de créateurs riaient doucement en sirotant du champagne. Elle chercha instinctivement un coin où elle pourrait se fondre dans la foule sans attirer l'attention. Mais alors qu'elle faisait un pas en arrière, une voix familière la stoppa net.
« Claire, vous êtes venue. »
Elle se retourna et se retrouva face à Gabriel. Il était habillé d'un costume noir impeccable, sa chemise blanche légèrement ouverte au col. Même dans cette atmosphère grandiose, il dégageait une aura d'autorité et de contrôle total. Il souriait, mais ses yeux la fixaient avec une intensité qui la mit aussitôt mal à l'aise.
« Oui... merci pour l'invitation », répondit-elle, essayant de dissimuler son trouble. « Je dois avouer que c'était... inattendu. »
« Inattendu, peut-être », dit-il en s'approchant d'elle, « mais je tenais à ce que vous soyez là ce soir. Après notre dernière conversation, je me suis dit que j'avais mal jugé vos motivations. J'aimerais que vous puissiez découvrir ce que je fais vraiment... et qui je suis. »
Claire fronça légèrement les sourcils. Cette soirée n'était donc pas seulement une invitation mondaine. Il voulait qu'elle comprenne quelque chose de plus profond. Mais quoi ?
« J'apprécie l'offre », dit-elle prudemment, regardant autour d'eux. « Mais je dois admettre que tout ceci est... impressionnant. »
« Impressionnant ou oppressant ? » répondit Gabriel avec un sourire amusé, comme s'il lisait dans ses pensées.
Claire le regarda avec surprise. « Peut-être un peu des deux », avoua-t-elle finalement.
Gabriel hocha la tête, ses traits se détendant légèrement. « Je comprends. Ce monde peut être... écrasant pour ceux qui ne le côtoient pas souvent. Mais je ne veux pas que vous vous sentiez mal à l'aise ici. Ce manoir, ces objets, tout cela est matériel. Ce qui compte vraiment, c'est ce que nous faisons avec les moyens que nous avons. Ce soir, c'est pour la fondation. Chaque centime récolté ira à des œuvres de charité, et c'est cela qui me motive à organiser ces événements. »
Claire regarda autour d'elle, prenant en compte ce qu'il disait. Pourtant, une partie d'elle ne pouvait s'empêcher de voir le contraste entre la cause noble et l'extravagance environnante. Comment pouvait-il justifier un tel étalage de richesses, même pour une cause charitable ?
« Je comprends, » dit-elle doucement, « mais je dois avouer que je me sens toujours un peu décalée ici. Tout ce luxe... ce n'est pas vraiment mon monde. »
Gabriel la regarda avec une intensité nouvelle, comme s'il pesait ses mots avant de répondre. « Vous n'êtes pas la seule à ressentir cela. À vrai dire, même moi, parfois, je me sens en dehors de tout ça. »
Claire le fixa, incrédule. « Vraiment ? Vous, Gabriel Delacroix, milliardaire et propriétaire de ce manoir, vous vous sentez à l'écart de ce monde ? »
Il esquissa un sourire triste. « L'argent ne résout pas tout, Claire. Il ne fait qu'amplifier certaines choses... bonnes ou mauvaises. Mais assez parlé de cela. Venez, je vais vous montrer quelque chose. »
Vous aimerez aussi





