
Dompte-moi si tu l'oses
Chapitre 2
Ni à moi. Ni à elle.
C'est pour cela que je l'ai enfermée dans mon esprit. Je sais que je ne devrais pas et qu'elle est folle de rage. Et c'est son droit. Elle veut sortir. Elle veut casser les barreaux que j'ai fortifiés autour d'elle.
Je ne m'en étais jamais servi avant.
Je n'en avais pas besoin.
Nous avions les mêmes pensées, les mêmes besoins, les mêmes envies. Mais suite à ça... je savais que je n'avais pas le choix.
Je devais la contenir. La maîtriser. La contrôler... Ma louve. Ma moitié. Mon être.
Je sais qu'elle meurt d'envie que je l'écoute. Elle en a besoin, je le sais.
Surtout en ce moment plus que jamais.
La sentir comme ça me brise le cœur. Mais elle doit comprendre. Je n'ai pas le choix. La laisser sortir serait de la folie. Elle n'aurait aucune pensée cohérente et rationnelle. Le besoin est sa priorité mais je ne peux pas la laisser faire. Je ne le dois pas. Sinon... je serais définitivement sienne.
·
Quelqu'un est en train de détruire ma porte. Enfin, vu les coups qui résonnent dans l'appartement, ça ne m'étonnerait pas...
Mon réveil affiche deux heures et vingt-huit minutes. Ce n'est certainement pas le facteur. J'ignore les coups et me plonge sous la couette. Puis les frappements recommencent. Plus forts cette fois-ci.
Si je n'y vais pas, c'est le voisin que je vais me taper et honnêtement je n'ai pas besoin de ça.
Je grogne et me lève. Mes pieds traînent sur le lino blanc et longent les rebords du tapis à poils longs de mon espace à vivre. Mes pas résonnent et les coups sur la porte cessent.
J'inspire un grand coup puis l'ouvre.
Personne. Quelle bonne blague. Je pousse un grondement sourd. Encore ces imbéciles de voisins. Ils aiment vraiment me faire chier, ma parole.
Énervée, je referme la porte puis retourne vers ma chambre. Je m'arrête net sur le palier.
Un homme d'une vingtaine d'années est adossé à mon canapé. Ses traits sont fins et ses yeux azurs brillent comme le diamant. Ses cheveux sont clairs, presque blancs, et décoiffés. Il porte une veste en cuir noir et un piercing à l'arcade sourcilière gauche.
— Salut, me dit-il avec un sourire à tomber.
Je ne réponds rien. Je l'observe juste. Ma louve grogne. Elle a senti quelque chose. Elle veut sortir.
Je recule d'un pas. J'ai une boule au ventre. Ma louve est de plus en plus dure à canaliser. Elle se cogne contre les barrières invisibles de mon esprit. Sa rage monte, prête à défendre son territoire contre cet étranger. Ce loup.
Elle hurle. Je ne peux plus la retenir.
Mes ongles s'agrandissent et durcissent. Ma respiration augmente rapidement. Mes gencives me font mal. Je sais que je ne me transformerai pas entièrement. Je n'ai jamais réussi. Vivre sans meute n'a pas beaucoup d'avantages. Depuis plusieurs années, nous sommes seules avec ma mère. Elle n'a pas pu tout m'apprendre. Elle vit déjà difficilement sa solitude depuis que mon père a été tué.
Un hurlement s'échappe entre mes lèvres. Mes yeux verts foncés laissent place à ceux de ma louve, plus étincelants, plus brillants. Je reste sur mes gardes, ma louve m'indiquant ses pensées. Elle veut que je reste en position de force. Je suis chez moi et cet individu doit disparaître.
L'homme continue de sourire. Il se rapproche de moi. Je grogne plus fort. Je suis apeurée.
Depuis que j'ai libéré ma louve, je sens une multitude d'émotions m'envahir. Des liens invisibles s'échappent de partout. Des liens de Meute. La plupart proviennent d'un même point. Il y en a trop pour que je les compte. Si je les sens, c'est qu'ils me ressentent aussi. Ma louve semble contente. Elle allait pouvoir être parmi les siens.
— Ta louve semble ravie.
Je reporte immédiatement mon attention sur cet intrus. Pas si intrus que ça finalement. Un lien nous lie, lui et moi.
Je reste tout de même sur mes gardes.
— Qu'est-ce que tu m'as fait ?
Il me jauge du regard.
— Pardon ?
— Pourquoi m'as-tu marqué, espèce de connard ?
Il se met à rire puis, d'une vitesse incroyable, il m'agrippe et me plaque contre le mur.
— Quoi ? Elle ne te plaît pas ?
Ma louve hurle comme un chiot apeuré. Sa main soulève le tissu de mon T-shirt de pyjama, dévoilant ma marque. Ses doigts sont fins et longs. Ses lèvres sont proches de ma marque. Je sens son souffle chaud parcourir ma peau. Une montée de stress me prend le corps et ma tête tourne.
— J'adore ta peau, Shannen.
J'avale ma salive. Ma louve, elle, semble moins apprécier et continue de grogner.
Il s'éloigne doucement et me sourit.
— Malheureusement, je ne suis pas celui qui t'a marquée.
Malheureusement ? C'est censé vouloir dire quoi, ça ?
Il me jauge du regard, la main au menton.
— Il n'a pas si mauvais goût que ça.
C'est sûr. Il me drague, ce con.
— Attends. Ce n'est pas toi ? demandé-je les yeux écarquillés.
Il s'avance et me plaque à nouveau contre la porte.
— Vu que votre revendication n'est pas encore complète, je pourrais très bien te voler à lui, non ? Rien que d'imaginer sa tête... ça m'excite.
Ce type est dingue. Complètement dingue. Je le repousse et grogne en lui montrant mes yeux de louve.
— Ne t'inquiète pas. Je ne suis pas assez fou pour te voler à un Alpha.
— Un... un Alpha, bégayai-je.
Il me regarde avec interrogation.
— Ne me dis pas que tu ne sais pas qui t'a revendiquée...
Mes doigts griffent la porte et je sens que je commence à trembler. Il se met à rire. Nerveusement, cette fois.
— Sérieusement ?
Il se passe la main dans les cheveux.
— Je n'y crois pas. Bon, laisse tomber. Prends tes affaires et on y va, dit-il en me poussant et sortant de l'appartement.
— Je ne viens pas.
Il se retourne et me regarde avec mépris.
— Il ne me semble pas t'avoir demandé ton avis. Mon Alpha m'a demandé de venir te chercher et en tant que Bêta, je me dois d'assurer ta sécurité.
— Oh, tu es le messager-protecteur ? Génial, tu diras à ton toutou de chef que je ne viendrai pas. Ni aujourd'hui. Ni demain. Et... Oh ! Après-demain non plus, lui dis-je en lui faisant signe de la main de se casser.
Il se met à glousser.
— Notre louve semble avoir un sacré caractère. Tant mieux. Le rôle de l'Alpha femelle n'est pas simple. Surtout dans une meute où il n'y a presque que des mâles, affirme-t-il avec son regard de tombeur.
Je grommelle.
— Je t'ai dit que je ne viendrai pas.
— Pourtant tu n'as pas le choix. Cette marque en est la preuve, dit-il en désignant mon épaule que je recouvre instantanément. Tu es des nôtres maintenant, Shannen Faulds.
— Casse-toi ou je te fais très mal, sale con !
Sans prendre le temps de le laisser répondre, je referme la porte. Je boucle la serrure. Je déplace ma table et la renverse devant. Je ferme tous les volets et les barricade.
Mes mains tremblent. Ma louve semble aussi déboussolée que moi. Si ce n'est plus.
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