
Divorcée à minuit, souveraine à l'aube
Chapitre 2
Une idée le frappa.
- Le douzième étage... C'est bien là qu'une fille du quartier vient d'accoucher, non ? Comment une personne pareille peut-elle attirer une telle escorte ?
Pris d'un doute grandissant, il se rua vers l'ascenseur.
- Je dois prévenir M. Lex, tout de suite.
À des kilomètres de là, dans le salon feutré d'un club privé, Daniel était étendu sur un canapé, une cigarette entre les doigts. Autour de lui, des mannequins aux tenues provocantes se déhanchaient, cherchant à capter son attention. Agacé, il grogna :
- Lâchez-moi.
Howard Hinton, son ami de toujours, comprit le message et fit sortir tout le monde sans ménagement.
- Dégagez. Vous voyez bien qu'il n'est pas d'humeur. La femme qu'il aime rentre bientôt pour l'épouser. Inutile de fantasmer.
Une fois la pièce vidée, le calme revint. Howard s'assit près de Daniel.
- Elle arrive quand, Vivian ?
- Dans trois jours.
- Et le mariage ?
Daniel esquissa un sourire presque tendre.
- Quand elle le décidera.
Le simple fait de prononcer son nom adoucissait sa voix.
- Ces dernières années n'ont pas été faciles pour elle. Cette fois, je ferai les choses bien. Elle aura tout ce qu'elle mérite.
Howard soupira.
- Elle est exceptionnelle. Belle, brillante... et elle t'a sauvé la vie. Je n'ai jamais compris pourquoi Henry refusait cette union. Et maintenant, il t'impose une fille sortie de nulle part... Cette inconnue ne lui arrive même pas à la cheville.
Daniel baissa le ton.
- N'en parle pas. Et surtout, que Vivian n'en sache rien.
- Bien sûr, répondit Howard en hochant la tête. Les ex, c'est comme les fantômes : mieux vaut ne pas les évoquer.
À cet instant, le téléphone de Daniel vibra. Le nom de Tommy s'afficha. Son expression se durcit.
- Qu'est-ce qu'il me veut encore ? Même après le divorce, elle refuse de disparaître ?
Une vague d'irritation le traversa. Il décrocha sèchement.
- Quoi encore ?
- Monsieur Lex... c'est à propos de Madame Lex... elle a...
- Si c'est pour des histoires, je m'en fiche.
- Non ! coupa Tommy, affolé. Elle a été emmenée !
Daniel resta silencieux une seconde, puis ricana.
- Tant mieux. Et retiens bien une chose : elle n'est plus Madame Lex. Si tu continues à me parler d'elle, tu peux dire adieu à ton poste.
Tommy voulut expliquer ce qu'il avait vu, mais la menace était claire.
- Compris, murmura-t-il.
Daniel mit fin à l'appel et se tourna vers Howard, qui lui tendait déjà un verre.
- À la liberté retrouvée, lança Daniel. Et à la fin de ce mauvais rêve.
Pendant ce temps, le jet privé fendait la nuit au-dessus des nuages. Six heures plus tard, il se posa devant une demeure majestueuse, symbole de luxe et de raffinement. Le personnel s'affairait, nerveux. Un tapis somptueux, d'une valeur indécente, fut déroulé jusqu'à l'entrée. Des roses fraîches, venues par avion d'un domaine étranger, ornaient chaque recoin. Une garde cérémonielle, en uniforme rouge et blanc, se tenait droite comme un seul homme.
Au signal, la musique retentit, énergique et solennelle.
Lorsque la porte de l'appareil s'ouvrit, une double rangée de domestiques s'inclina à l'unisson.
- Bienvenue chez vous, Mademoiselle Xavier.
Nadyne descendit, son bébé blotti contre elle. À peine eut-elle posé le pied sur le tapis qu'une femme de chambre s'agenouilla pour lui ôter ses talons et les remplacer par des pantoufles de cristal, parfaitement ajustées.
Arthur s'approcha.
- Ces chaussures ont été acquises aux enchères par Jonathan Lightman, du groupe Lightman, pour cinquante millions de dollars. Dès qu'il a appris votre retour, il a exigé qu'on vous les livre immédiatement. Il espère vous voir l'an prochain à la conférence de parfumerie de Prustine. Selon lui, votre absence a laissé un vide dans ce milieu.
Nadyne observa autour d'elle, visiblement déconcertée.
- Qu'est-ce que tout ça signifie ?
Arthur esquissa un sourire.
- Une attention de Carol Carter, PDG de Carter Tech. Ils ont mis en place une présentation spéciale : plus d'un millier de drones et plusieurs centaines de robots. Pendant votre absence, ils ont perfectionné vos créations. Ce que vous voyez, c'est le résultat.
Nadyne désigna ensuite le domaine. Un château impressionnant se dressait devant elle. Un écran géant diffusait des images : influenceurs, personnalités publiques, partenaires... tous lui souhaitaient la bienvenue.
Avant qu'elle ne puisse poser une autre question, une voix familière retentit.
- Nat, mon trésor ! Te voilà enfin !
Lynn Xavier apparut, rayonnante, vêtue d'une robe aux accents médiévaux, coiffée d'un chapeau à plumes. Ses talons étincelants valaient une fortune. Elle serra Nadyne contre elle avec effusion.
- Ma princesse ! On va fêter ton divorce comme il se doit. Tu es libre, enfin. Et ça veut dire que tu vas pouvoir passer tout ton temps avec moi.
Nadyne éclata de rire.
- Maman... je me sens quand même un peu triste.
- Triste ? balaya Lynn en faisant tournoyer une mèche de cheveux. Hors de question. Il y a tant d'hommes sur cette planète. J'en ai sélectionné trois cent soixante-cinq pour toi. Un par jour pendant un an, tous beaux et bien bâtis.
Nadyne resta bouche bée.
- Assez pleuré pour cet ex, conclut Lynn en l'entraînant vers l'intérieur. Allons choisir la compagnie du jour.
Lynn ne lançait jamais une promesse à la légère. Elle avait annoncé la couleur : trente mille dollars par jour pour dénicher un petit ami à sa fille adorée. L'offre fit le tour des réseaux en quelques heures et attira une marée de jeunes hommes sûrs d'eux. Les sélections furent impitoyables. Après plusieurs entretiens, seuls les profils les plus séduisants et les plus brillants restèrent en lice.
À mesure que Nadyne retrouvait le goût de vivre, elle changeait de cavalier presque chaque jour. Les séquelles de son divorce s'estompaient, reléguées au rang de mauvais souvenirs. Les garçons qu'elle fréquentait étaient ouverts, drôles, cultivés ; chacun lui apportait quelque chose de nouveau. Elle prit conscience que, pendant qu'elle s'était enfermée dans son obsession pour Daniel, le monde n'avait pas attendu. Trois années à ne penser qu'à lui, sans lever la tête, et tout lui avait échappé. Les tendances, les modes, les vidéos qui faisaient le buzz... Elle n'y comprenait rien. Rien d'étonnant à ce que Daniel la juge démodée. Elle, au contraire, trouvait ces contenus passionnants.
Très vite, Nadyne saisit les codes. Elle apprit comment attirer des abonnés et en gagna cinq millions à une vitesse folle. Elle baptisa sa chaîne « Queen Nadyne » et y raconta son quotidien sans détour. Sa toute première vidéo montrait la propriété familiale : une ferme si vaste qu'elle laissa tout le monde sans voix et devint virale presque instantanément. Portée par cet élan, Nadyne publia ensuite des séquences où ses prétendants l'aidaient à la ferme laitière, à l'élevage de porcs ou aux bassins de pisciculture. Chaque publication explosait les compteurs.
Les réactions ne tardèrent pas.
- C'est une vraie héritière, ça se voit !
- Aucune gêne... S'exhiber dans la ferme d'autrui pour montrer sa richesse, c'est pathétique.
- Mais d'où sortent tous ces beaux types dans ses vidéos ?
Sur ce dernier message, Nadyne répondit sans réfléchir :
- Parce qu'on nage dans l'argent.
Elle n'imaginait pas que cette phrase ferait le tour d'Internet dès le lendemain. Elle s'attendait à faire parler d'elle, certes, mais pas pour cette raison-là. Être célèbre uniquement parce qu'on était riche, c'était nouveau pour elle. Le web, en revanche, s'enflamma.
- Elle joue la milliardaire !
- Les vrais riches restent discrets, seuls les frimeurs s'affichent.
- Exactement ! Ce genre d'arrogance, je le signale direct.
- Si ces fermes sont vraiment à elle, pourquoi on ne la voit jamais ? Elle a peur qu'on découvre la vérité ?
- À tous les coups, elle est affreuse.
- Clairement ! Une vieille grosse qui se cache !
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