
Deux Âmes, Une Seconde Chance
Chapitre 3
Je suis entrée dans le salon, le silence s'est fait instantanément. Le visage souriant de Chloé s'est figé en me voyant. Les servantes ont baissé les yeux, mal à l'aise.
J'ai marché droit vers ma cousine, mon regard fixé sur le sien. Je n'ai pas élevé la voix. J'ai parlé calmement, chaque mot pesé et chargé d'une autorité nouvelle.
« Enlève cette robe, Chloé. »
Chloé a eu un sursaut. Elle a jeté un regard paniqué aux servantes, cherchant du soutien. Puis, son visage s'est transformé. Ses lèvres se sont mises à trembler, ses yeux se sont remplis de larmes.
« Amélie... je... je voulais juste voir... Elle est si belle. Je suis si heureuse pour toi, je voulais seulement partager un peu de ton bonheur. »
C'était le même jeu, les mêmes larmes de crocodile. Mais cette fois, je ne suis pas tombée dans le panneau.
« Je te l'ai dit une fois. Enlève-la. Maintenant. »
« Amélie ! Quelle est cette manière de parler à ta cousine ? »
La voix de mon père a tonné depuis l'entrée. Monsieur Dubois se tenait là, le visage rouge de colère. Il n'a même pas cherché à comprendre la situation. Il a immédiatement pris le parti de Chloé, qui s'est empressée de courir se réfugier à ses côtés, sanglotant.
« Père, elle portait ma robe de mariée. »
« Et alors ? s'est-il emporté. Chloé t'admire, elle te voit comme une grande sœur ! Tu devrais être flattée ! Au lieu de ça, tu la terrorises ! Regarde-la, elle est morte de peur à cause de ta méchanceté ! »
Je l'ai regardé, vraiment regardé, pour la première fois. Cet homme que j'avais appelé "père" toute ma vie. J'ai vu la froideur dans ses yeux, le mépris à peine voilé. J'ai vu sa préférence flagrante pour Chloé. Et j'ai compris. J'ai compris que dans sa précédente déclaration, quand il m'avait traitée d'"imposteur", il ne jouait pas la comédie. Il le pensait. Mon cœur, que je croyais déjà brisé, s'est fendu un peu plus. La douleur était sourde, profonde. Il ne m'avait jamais aimée.
« C'est ma robe, » ai-je insisté, ma voix tremblante de rage contenue. « Elle n'a pas le droit de la porter. »
J'ai tourné mon regard vers les servantes.
« Marie, Jeanne. Aidez Mademoiselle Chloé à retirer ma robe. »
Un silence glacial a suivi. Les deux femmes ont échangé un regard. Puis, un petit rire moqueur s'est échappé des lèvres de Marie. Jeanne a souri en coin.
« Pardon, Mademoiselle Amélie, » a dit Marie avec une fausse déférence. « Mais nous n'avons d'ordres à recevoir que de Monsieur Dubois. Et il ne nous a rien demandé. »
Leur insolence était flagrante. J'étais la future baronne, la maîtresse de cette maison, mais à leurs yeux, je n'étais rien. Ma propre autorité, dans ma propre maison, venait d'être réduite à néant par un simple regard de mon père. J'étais seule, complètement seule.
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