
Derrière le masque du faux PDG
Chapitre 2
Point de vue de Cléophée:
La kermesse continuait, un spectacle de familles souriantes s'installant à leurs tables assignées. Chaque famille était une image parfaite. Sauf la nôtre.
« Maman, pourquoi papa ne s'assied pas avec nous ? » La petite voix de Lorie me tira de mes pensées sombres.
Je pinçai doucement sa joue. « Papa aide d'autres enfants, mon cœur. Il est très occupé. » Un mensonge qui sonnait creux même à mes propres oreilles.
La maîtresse, Madame Dubois, annonça le début du concours de construction de LEGO. « Le grand gagnant recevra notre nouveau vaisseau spatial LEGO ! »
Les yeux de Lorie s'illuminèrent. Elle pointa le vaisseau du doigt. « Oh, maman ! Je le veux ! »
J'esquissai un sourire. « Alors, on va se battre pour ça, d'accord ? »
Le sablier était presque vide. Lorie, excitée, leva la main. « J'ai fini, maîtresse ! »
Madame Dubois s'approchait pour vérifier.
Soudain, une tornade blonde déboula de nulle part. Soan. Il fonça droit sur la construction de Lorie. Il la poussa violemment, envoyant les coûteuses briques LEGO voler en éclats.
« Je suis le premier ! » cria-t-il, les mains sur les hanches, un sourire arrogant.
Lorie le regarda, les larmes aux yeux, son chef-d'œuvre détruit. Puis la tristesse la fit basculer dans la rage. Elle ramassa une brique et la jeta sur Soan.
« Tu es méchant ! »
Thierry apparut alors, le visage rouge de fureur. Il agrippa Lorie par le bras. « Lorie, qu'est-ce que tu fais ? Tu n'as pas le droit de frapper Soan ! Excuse-toi tout de suite ! »
« Non ! » Lorie se débattit. « Il a tout cassé ! »
« C'est lui qui a cassé ma fusée ! »
Je m'avançai, posant une main protectrice sur l'épaule de Lorie. « Thierry, c'est Soan qui a tout détruit. Lorie n'a fait que se défendre. Il devrait lui présenter des excuses. »
Floriana s'interposa, tirant Thierry par le bras. « Thierry, mon chéri, ne t'énerve pas. Ce ne sont que des enfants. » Elle me lança un regard mielleux. « Les enfants, ça se dispute, Cléophée. Il faut savoir laisser passer. »
Madame Dubois tenta de calmer le jeu. « Chers parents, s'il vous plaît… »
Mais Lorie me coupa, ses petites joues trempées de larmes. « Papa… pourquoi tu me gronde ? Tu ne me protège jamais ! »
Un silence glacial enveloppa la salle. Tous les regards se tournèrent vers nous. Vers Thierry, vers Floriana, et vers moi.
Thierry devint écarlate. Floriana, mal à l'aise, n'ouvrit pas la bouche.
Soan, profitant de la confusion, s'approcha de Lorie. Il planta ses petites mains sur ses hanches. « Dis, Lorie ! C'est qui ton papa ? Lui, c'est mon papa ! » Il désigna Thierry, un sourire triomphant.
Lorie recula, terrifiée. Ses petits sanglots redoublèrent. « Papa… dis quelque chose ! »
Mon cœur saignait. Je regardai Thierry, l'implorant silencieusement de mettre fin à ce cirque. « Thierry, explique la situation. Ne les laisse pas dans le doute. »
Il écarquilla les yeux. Puis, à ma grande horreur, il prit Soan dans ses bras. Il caressa sa tête. « Oui, mon petit. Aujourd'hui, je suis ton papa. »
La foule commença à chuchoter. Des regards de commisération se posèrent sur moi.
« Regardez cette femme, » murmura une mère. « Elle veut faire passer son enfant pour celui de Monsieur Saint-Martin. »
« Qu'est-ce qu'elle fait là de toute façon ? »
« Elle doit être sa maîtresse, c'est sûr. »
Thierry, sourd à la rumeur, continuait de cajoler Soan. Floriana le regardait avec un sourire satisfait.
« Il ressemble tellement à Thierry, tu ne trouves pas ? » lança une voix forte. « On dirait son portrait craché ! »
Thierry eut un mouvement de recul imperceptible. Son sourire se figea. Il toussa, un son faux.
Je revoyais le visage de Soan. Ses yeux, son nez… comment avais-je pu être si aveugle ?
Lorie sanglotait sans relâche.
« Madame Dubois, » ma voix était froide. « Pourriez-vous emmener Lorie à l'infirmerie, s'il vous plaît ? Elle n'est pas bien. » Je devais la sortir de là.
À l'infirmerie, Lorie s'endormit, épuisée. Ses paupières étaient rouges et gonflées. Je sentais la rage monter en moi.
Je sortis dans le couloir, mon téléphone à la main.
« Marc ? » Ma voix était un murmure glacé. « Prépare tous les documents. Le contrat de mariage, la lettre de licenciement de Thierry. Et lance la procédure pour abus de biens sociaux. Je veux toutes les preuves. Sois à l'école Sainte-Marie dans l'heure. D'accord ? »
« Oui, Madame la Présidente, » répondit Marc, sa voix grave. « Tout sera prêt. »
Je sentis une décharge. Le moment était venu.
Soudain, un cri strident. Le cri de Lorie.
Mon cœur de mère se tordit.
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