
De l'obscurité à la lumière de la foi
Chapitre 3
Un jour alors que Monique ouvrait le linge, le téléphone fixe de la maison sonna, et comme à son habitude Célia se précipita, tout comme Arthur d’ailleurs. Célia saisit le combiné et dit « Allo », elle fut très étonnée d’entendre la voix d’une jeune femme qu’elle ne connaissait pas, qui lui demandait de passer le combiné à son père et cela sans le faire savoir à sa mère.
Quelle demande bien étrange tout de même !
Célia répondit à la dame que son papa n’était pas là, qu’il travaillait à la plantation.
La dame lui demanda alors de ne rien dire à personne.
Tout cela devenait de plus en plus louche.
Célia était rêveuse mais elle était loin d’être bête.
Certes, dans son imaginaire à elle, le mot adultère n’avait pas sa place, car dans les jeux de Célia tout se passait comme il fallait, les hommes étaient loyaux, les femmes belles et gracieuses, les frères bons et braves.
Et par-dessus tous les papas étaient exemplaires.
Célia le sentit en elle que cet appel n’avait rien d’anodin, elle préféra ne pas en parler à sa maman.
Elle avait très peur que cela provoque une nouvelle dispute.
Frédéric était rentré un peu tard ce soir-là, Monique fit mine de pas s’en soucier. Ce n’est que plus tard en préparant la nouvelle machine pour le lendemain qu’elle s’aperçut que la chemise de Frédéric avait la trace d’un rouge à lèvres.
Les enfants étaient devant la télé, et Frédéric terminait son repas à table.
Monique arriva dans la cuisine dans une fureur telle qu’elle saisit l’assiette de Frédéric et la lança comme un frisbee à travers la pièce.
L’impact de la céramique sur le mur, les bouts d’assiette éparpillés sur le sol, le riz et la sauce tomate sur les murs ! Tous se retournèrent dans un sursaut !
La scène de guerre s’était remise sur play, et c’était parti, les enfants s’enfuirent dans leur chambre. Frédéric se leva immédiatement de sa chaise, pour ne pas rester dans cette position de faiblesse, il se mit debout et recula tout en conservant ses mains au plus près de son visage, il connaissait sa femme, cette valeureuse femme, forte et courageuse, furieusement incontrôlable.
« Mais quoi ?
— Quoi, tu te fiches de moi, tu es encore parti voir ta putain ! Et dire que je t’ai cru encore, cru à tes mensonges, tu n’as pas changé, tu n’as jamais changé, tu as le feu aux fesses !
— S’il te plaît, calme-toi, pense aux enfants !
— Ah parce que c’est moi maintenant qui dois penser aux enfants, et toi tu pouvais pas y penser toi ! Toutes ces années tu nous as pris pour de la merde ! Je suis restée là des heures à m’occuper d’eux pendant que tu allais me tromper dans tous les recoins de la ville !
Je ne voulais pas les croire, toutes ces commères qui me disaient que tu n’étais qu’un coureur de jupons ! Mais comment j’ai pu être aussi conne ? Je t’ai donné les meilleures années de ma vie, salopard !
— Mais voyons, pourquoi tu te mets dans un état pareil !
— Tu te permets de te moquer de moi encore ? Tu essaies de nier !
— Je ne vois pas de quoi tu parles vraiment !
— Cette fois-ci, c’est trop, tu veux la guerre, tu vas l’avoir ! »
Monique partit dans la chambre avec une paire de ciseaux et commença à cisailler tous les vêtements de Frédéric ! La colère l’avait transcendée, elle ne pensait pas une seule seconde à ses enfants apeurés qui s’étaient cachés dans leur chambre et qui entendaient tout !
« Arrête, chérie, fais pas ça ! »
Monique se retourna vers lui et le poussa sur le lit.
« Ne m’appelle pas chérie, garde ça pour tes putains !
— Bon, tu es très en colère, je vais allez faire un tour et te laisser te calmer !
— Oui, c’est ça, va-t’en et ne reviens plus jamais ! »
À ces mots, Célia sortit de la chambre et sauta dans les bras de son père :
« Papa non, pars pas, papa s’il te plaît non ! »
En voyant cela, Monique eut mal au cœur comme si tout à coup elle comprit que le choix de ses enfants était de vivre avec leur père de toute façon et que le jour où Frédéric partirait, ils partiraient avec eux !
« J’ai vraiment tout sacrifié pour rien ! » Monique s’effondra en larmes, c’était la première fois qu’il la voyait pleurer, cette femme si forte et fière !
Quelle est donc cette chose, qui terrasse les dragons ?
Monique était détruite, à l’intérieur d’elle une chose s’était brisée, son estime, sa force, sa volonté, sa vaillance, son courage, sa rage !
Et l’espace d’un instant tout s’était rompu !
Elle l’avait tellement aimé, cet homme, elle avait tout donné pour lui, pour perdre tout surtout !
Monique avait contrarié toute sa famille en quittant sa ville natale, pour suivre ce petit yab.
Elle laissa ses parents et rompit ses liens familiaux.
Elle suivit cet homme par amour !
Très vite elle l’épousa, et dès les premiers mois du mariage des rumeurs couraient dans tout le village qu’il trompait la jeune mariée !
Elle n’avait jamais voulu croire à ces ragots, elle l’aimait tellement !
Aujourd’hui toute la vérité lui sautait au visage, il l’avait toujours trompée, c’était évident, et cela lui était insupportable !
Et voir ses enfants se rallier à lui était une double trahison !
Arthur contrairement à Célia n’était pas en pleurs, et n’avait pas accouru au secours de son père. Bien au contraire… Ces quelques mois de plus lui avaient offert une maturité que Célia n’avait pas. Il comprit vite ce qui se passait, sa mère ne sombrait pas dans la folie, non !
Dans le cœur d’Arthur un sentiment étrange était en train de naître : la rancœur. Peu à peu, il détestait son père pour le mal qu’il infligeait à Monique et à Célia.
Au fil des mois, la petite maison se métamorphosa, des lignes imaginaires avaient été tracées.
Des espaces réservés pour l’un et l’autre, la cuisine, la chambre et la véranda étaient pour Monique, le salon, l’arrière-cour et le garage pour Frédéric.
Les enfants naviguaient entre eux, tandis qu’eux-mêmes créaient leur refuge dans leur chambre.
Ils ne partageaient plus leurs repas en famille, chacun venait à sa guise se servir quand il le voulait, et surtout quand il le pouvait.
La bienveillance de Monique avait volé en éclat, elle ne se souciait plus de rien, elle faisait les choses de manière mécanique pour les faire tout simplement et elle allait au plus vite.
C’était fini le temps des bons petits plats mijotés et des goûters préparés avec amour.
La tension était palpable, les rares fois où le couple se rencontrait les insultes fusaient.
Célia l’avait compris : plus jamais les choses ne redeviendraient comme avant.
« Papa, ça va ? » Chaque jour, elle se rendait dans le salon pour lui parler.
Elle s’inquiétait pour lui, elle n’avait pas en tête que son père était fautif, c’était son père et c’était tout ce qui comptait.
Elle idéalisait son papa depuis toujours, elle n’avait jamais manqué de rien, il avait toujours répondu au moindre de ses besoins !
Il lui avait offert tant d’amour et d’affection.
C’est à cette période que Célia commença à écrire, dans un petit cahier, elle notait tout ce qu’elle ressentait.
Petit journal, j’ai mal de les voir se détester, maman ne me regarde même pas, et papa est triste même s’il me dit que non !
Qu’a-t-il fait pour mériter d’être tout seul tout le temps ?
Je ne comprends pas ma maman, elle est en colère, on dirait qu’elle ne nous aime plus !
Depuis plusieurs jours, elle ne dit rien, avant même si elle ne riait pas souvent, elle venait nous donner de bonnes choses à manger, elle me disait de ne pas faire de bêtises, de ne pas courir, de ne pas gaspiller l’eau, de faire attention, et là depuis le jour où elle a brisé la vaisselle, elle ne parle plus et ne dit plus rien. Nous aussi nous ne disons plus rien, de peur que si on ose parler, elle se mette à hurler !
Arthur, lui, avait comme pris de la distance, il n’allait plus vers son père, depuis cette guerre des tranchées, il s’était réfugié dans son QG, « sa chambre ».
De temps en temps, il profitait de ce silence pour faire comme s’il dormait, et il sortait en douce pour aller jouer chez les voisins !
Célia restait seule à la maison, à jouer à la poupée, à faire mine que tout allait bien.
Le téléphone sonna encore et encore une fois ce fut Célia qui décrocha : « Non, il n’est pas là ! »
Monique rentra dans la pièce et saisit le combiné des mains de Célia, et la regarda dans les yeux : « C’est qui ? »
Célia se figea : « Je sais pas maman ! »
Monique prit le téléphone et s’adressa à l’interlocuteur : « C’est qui ça ? » d’une voix ferme et glaciale.
Tout à coup, elle prit le téléphone et le balança par terre, et arracha le fil qui le reliait au mur.
Elle regarda Célia avec les yeux noirs : « Tu savais ! Tu étais sa complice ! Mon propre enfant qui se ligue contre moi ! »
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