
De l'Assistante à la Princesse Divine
Chapitre 3
Margaux POV:
Le silence dans la salle du conseil était épais, presque palpable. Les visages des administrateurs, habituellement impassibles, affichaient un mélange de surprise et d'interrogation. Ils s'étaient attendus à une déclaration de mon père, peut-être, mais pas à ma présence, encore moins à cette annonce directe.
Un des administrateurs, Monsieur Dubois, un homme corpulent à la voix grave, brisa le silence. « Mademoiselle Couderc ? Je... Je ne comprends pas. Vous êtes l'assistante de Monsieur Delplanque, n'est-ce pas ? »
Un sourire glacial étira mes lèvres. L'ironie était douce-amère. « Monsieur Dubois, » rétorquait, ma voix parfaitement calme. « Je ne suis l'assistante de personne. Je suis Margaux Couderc, l'héritière de ce groupe. Et je suis là pour prendre ma place. »
Je marchai lentement vers la tête de table, mon père me regardant avec un mélange de fierté et d'approbation. Chaque pas était une affirmation, chaque mouvement une déclaration. Ce n'était pas un simple retour, c'était une reconquête. Je m'assis sur le siège de Directrice Générale, un siège que mon père m'avait toujours destiné.
« Mon premier acte en tant que Directrice Générale, » annonçai-je, mon regard balayant l'assemblée, « est de mettre fin à une alliance regrettable. »
Un murmure parcourut la salle. Certains se regardaient, visiblement perdus. Ils ne comprenaient pas la signification de ce "lien". Pour eux, c'était une relation d'affaires, un investissement. Pour moi, c'était le fil invisible qui m'avait retenue, qui m'avait aveuglée.
« Je dénoue officiellement tout lien, toute connexion, avec Jason Delplanque et sa société, Delplanque Tech, » déclarais-je, ma voix résonnant avec une autorité nouvelle. « Nos investissements seront retirés. Nos contrats, résiliés. »
Monsieur Dubois éclata de rire, un son gras et désagréable. « Dénouer un lien ? Mademoiselle, ce n'est pas une histoire d'amour que vous racontez, c'est du business ! Et vous, vous n'y connaissez rien ! » Il tapa du poing sur la table, faisant trembler les verres d'eau. « Qui êtes-vous pour prendre de telles décisions ? Vous n'êtes qu'une petite fille gâtée qui a eu le cœur brisé ! »
Son mépris était palpable. Il pensait que j'étais faible, qu'il pouvait me manipuler. Je sentis une rage froide monter en moi, mais je gardai mon calme. Je me penchai légèrement en avant, mes yeux fixés sur lui.
« Monsieur Dubois, » répliquais-je, ma voix d'un calme mortel. « Vous avez oublié votre place. Et vous avez gravement sous-estimé la mienne. »
Il se moqua. « Sous-estimer ? Vous ? Une gamine qui se cache derrière un faux nom pour jouer à la pauvre ? Vous n'êtes personne. Vous n'êtes qu'une déception pour votre illustre famille. »
Les autres administrateurs, mal à l'aise, évitèrent mon regard. Ils étaient complices de son arrogance, de leur aveuglement. Je me sentis seule, mais cette solitude était une force.
« Personne ? » répétais-je, un sourire amer aux lèvres. « Vous verrez bien. Mais avant cela, vous devriez peut-être vous poser une question : si je n'étais personne, comment aurais-je pu orchestrer le financement de la moitié de vos projets ces cinq dernières années, sous le nez de mon père et du conseil ? »
Un silence encore plus profond s'installa. Les visages pâlirent. Mon père, jusque-là silencieux, affichait un sourire satisfait.
C'est à ce moment-là que la porte de la salle du conseil s'ouvrit avec fracas. Jason, l'air échevelé, le costume froissé, se tenait sur le seuil. Ses yeux hagards balayaient la pièce avant de se poser sur moi, assise à la tête de table.
« Margaux ? Qu'est-ce que tu fais là ? Et ce siège… Où est Philippe ? » Sa voix était pleine d'incrédulité, presque de panique.
Je le regardai, mon cœur ne ressentant plus rien. Juste un vide sidéral. « Jason, » dis-je, mon ton égal. « Je suis chez moi. Et je suis à ma place. »
Il s'avança, l'air confus. « Mais... la mairie ? Qu'est-ce que tu as fait ? Tu es partie ! Tu ne peux pas faire ça ! »
« Et toi, Jason, tu as fait quoi ? » demandai-je, mon regard perçant. « Tu m'as laissée, encore une fois. La sixième fois. Devant tout le monde. Pour Lilly. »
Il ouvrit la bouche pour protester, mais je ne lui en laissai pas le temps. « Pendant cinq ans, j'ai été ton assistante dévouée. J'ai géré tes rendez-vous, tes finances, tes crises d'angoisse. J'ai même, secrètement, maintenu ta boîte à flot grâce aux fonds du Groupe Couderc. J'ai cru que j'étais aimée pour moi-même. » Ma voix se durcit. « Mais tu n'as jamais vu la femme derrière l'assistante. Tu n'as jamais vu que tu détruisais mon estime, mon cœur. Tu n'as jamais vu que Lilly te manipulait. »
« Tu es folle ! » hurla-t-il, ses yeux se posant sur les administrateurs qui le regardaient avec un mélange de curiosité et d'amusement. « Tu es juste jalouse ! »
« Jalouse ? » répétais-je, un rire amer s'échappant de mes lèvres. « Jason, tu n'as pas la moindre idée de ce que tu viens de perdre. »
Il essaya de reprendre le dessus, de jouer l'homme d'affaires irréprochable. « Margaux, nous pouvons parler de tout cela calmement. Ne fais pas ça. Ne mélange pas tes émotions avec le business. »
« Mes émotions, Jason, » rétorquais-je, me levant, « sont précisément ce qui me pousse aujourd'hui. » Je me tournai vers les administrateurs. « J'ai demandé le retrait immédiat de tous nos investissements dans Delplanque Tech. Et je lance une OPA hostile sur l'entreprise de Monsieur Delplanque. »
Jason pâlit, son visage se décomposant. « Quoi ? Mais tu... tu ne peux pas ! Mon investisseur anonyme... c'est... c'est ton père ? »
Mon père, qui avait observé la scène avec un plaisir non dissimulé, se leva et s'approcha de Jason. « Oui, Delplanque. C'était moi. Et maintenant, ce n'est plus le cas. »
Jason tenta de me supplier, de me raisonner. « Margaux, s'il te plaît. Nous pouvons arranger ça. Je t'aime. Je... je me suis trompé. »
Je fus frappée par la pureté de son aveuglement. Il pensait que mes années de sacrifice, d'humiliation, pouvaient être effacées par quelques mots vides de sens.
« Tu m'aimes ? » rétorquais-je, un rire sans joie. « Tu ne sais même pas qui je suis. Et Lilly ? Elle est la prochaine sur ta liste, n'est-ce pas ? La pauvre, la fragile. »
Les administrateurs chuchotaient, leurs regards passant de l'un à l'autre. Jason était pris au piège.
« Jason, » dis-je, ma voix maintenant douce, presque dangereuse. « Je te laisse le soin de gérer tes urgences avec Lilly. Mais ce n'est plus mon problème. Je suis partie. Et il n'y aura pas de retour en arrière. »
Il resta là, immobile, le visage livide. Le masque de l'arrogance était tombé, révélant la panique. Il avait toujours cru que je n'avais nulle part où aller, que j'étais une femme sans ressources, sans famille. Il s'était trompé.
« Tu vas regretter ça, Margaux, » murmura-t-il, un éclair de colère dans les yeux. « Tu n'as nulle part où aller. Tu es seule. »
Un sourire énigmatique se dessina sur mes lèvres. « Oh, Jason. J'ai toujours un endroit où aller. Et je ne suis jamais seule. »
Je me suis retournée, le laissant derrière moi, planté au milieu de la salle du conseil, face à la ruine de sa vie. La reconstruction de la mienne venait de commencer.
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