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Couverture du roman De l'aimée à la brisée : Son heure de vérité

De l'aimée à la brisée : Son heure de vérité

Face à l'infidélité de Charles, mon ambition est devenue son excuse pour me trahir. Poussée dans l'escalier, j'ai perdu mon enfant. À l'hôpital, sa maîtresse Joëlle m'a infligé une torture innommable avant que mon mari n'ordonne aux gardes de me battre. Cent gifles ont balayé neuf ans d'amour. Pourquoi protège-t-il ce monstre ? Brisée et ensanglantée, j'ai enfin ouvert les yeux. La femme aimante est morte. Un seul appel suffira : l'heure de la destruction totale a sonné.
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Chapitre 2

Point de vue d'Élisabeth Moreau :

Enceinte. Joëlle était enceinte. Le mot résonnait dans mon crâne vide. Après cinq ans de mariage, d'essais, d'espoirs, Charles et moi n'avions pas réussi à concevoir. Et cette femme, cette serveuse « simple », y était parvenue en quelques mois. L'ironie avait un goût amer dans ma bouche, me brûlant la gorge.

Charles est rentré quelques jours après l'accident. Ses yeux étaient sombres, indéchiffrables, comme une mer déchaînée. Il n'a pas parlé, n'a offert aucun réconfort, il s'est juste approché de moi, sa présence glaçante.

Il m'a attrapé le bras brutalement, me tirant vers lui. Son contact, autrefois source de réconfort, me semblait maintenant une violation. Il m'a embrassée, un acte brutal, possessif, qui m'a laissée à bout de souffle. Il n'y avait aucune tendresse, aucun amour, seulement un besoin désespéré, presque sauvage.

Pendant des semaines, il a continué. Il a traité notre lit comme un champ de bataille, un endroit où il pouvait affirmer une forme tordue de domination. Il ne s'agissait pas de connexion, mais de contrôle, de quelque chose que je ne comprenais pas. Je me sentais comme un récipient, vidé de mes propres désirs, de mon propre moi. J'ai enduré, espérant, dans mon désespoir brisé, que cette attention intense et perverse était un signe d'affection persistante, un chemin tortueux pour nous retrouver. J'étais si complètement brisée que même ce semblant de sa présence me semblait une bouée de sauvetage désespérée.

Je l'ai laissé faire ce qu'il voulait, mon corps une coquille engourdie, mon esprit un observateur distant. J'aspirais à une lueur de l'ancien Charles, un contact tendre, un mot gentil, mais il n'y en avait aucun. Seulement cette punition implacable et silencieuse.

Puis, une nausée familière. Un léger étourdissement. Un soupçon a fleuri dans le paysage aride de mon cœur, fragile mais persistant.

Je suis sortie en cachette, une étrangère dans ma propre maison, pour me rendre dans une clinique à des kilomètres de là. La confirmation est venue dans un murmure feutré du médecin. Enceinte. J'étais enceinte. Mon propre enfant. Une petite étincelle d'espoir s'est allumée en moi, une croyance désespérée et illogique que ce bébé pourrait tout arranger. Que cela pourrait faire revenir Charles.

J'ai caressé la courbe de mon ventre, un léger gonflement à peine perceptible. Mon cœur battait la chamade, un mélange de peur et d'une joie fragile et insensée. C'était notre chance. C'était ma chance.

Je le lui ai dit ce soir-là, ma voix tremblant d'un espoir que je n'avais pas ressenti depuis des semaines. Il a écouté, son visage impassible, ses yeux toujours indéchiffrables. Un long silence s'est étiré entre nous, lourd de pensées inexprimées.

Puis, une lueur dans ses yeux. Pas de la joie, ni même de la surprise. Quelque chose de froid, de dur et de totalement terrifiant. Il a pris son téléphone.

« Amenez Élisabeth en bas », a-t-il ordonné, sa voix dénuée d'émotion. « Maintenant. »

Mon sang s'est glacé. « Qu'est-ce que tu fais, Charles ? » ai-je murmuré, une pointe de peur commençant à me parcourir l'échine.

Il m'a regardée alors, une expression d'un calme effrayant sur son visage. « Œil pour œil, Élisabeth. Tu as pris mon enfant. Maintenant, je vais prendre le tien. »

« Non ! » ai-je hurlé, un son désespéré et rauque. « Tu ne peux pas ! C'est notre bébé, Charles ! Notre bébé ! »

Ma gorge s'est nouée, les mots coincés, piégés. Deux de ses gardes du corps costauds se sont avancés, leurs visages impassibles.

La panique a éclaté. Je me suis débattue, griffant leurs bras, hurlant jusqu'à ce que ma voix se brise. « Charles ! S'il te plaît ! Ne fais pas ça ! » Mes supplications n'ont rencontré que son silence froid et inflexible. Il ne m'a même pas regardée. Il a simplement tourné le dos, ses larges épaules un mur contre mon désespoir.

Ils m'ont traînée, une poupée brisée et se débattant, jusqu'en haut du grand escalier. Le bois poli brillait, reflétant la lumière froide et crue. J'ai vu sa silhouette en bas, une silhouette de trahison.

Puis, une poussée. Une embardée écœurante. J'ai dégringolé, chaque marche un impact brutal, une douleur fulgurante qui a déchiré mon corps. J'ai crié, un son mi-hurlement, mi-sanglot, alors que le monde se brouillait en un kaléidoscope d'agonie.

Un flot de chaleur. L'horreur visqueuse et collante du sang. Tant de sang.

Ses mots, d'il y a si longtemps, ont résonné dans ma conscience défaillante : « Je serai toujours ton ancre, Élisabeth. Toujours. » L'ironie était une dernière torsion cruelle du couteau.

Une larme froide, puis une autre, a tracé un chemin à travers le sang et la crasse sur mon visage. La réalité de tout cela, nette et inéluctable, a finalement fait son chemin. Il avait eu l'intention de me détruire. Et il l'avait fait.

Quand je me suis réveillée, l'odeur stérile d'une chambre d'hôpital a rempli mes narines. Les néons bourdonnaient au-dessus de moi. Mon corps était endolori d'une douleur sourde et envahissante. Mon enfant était parti. Les mots du médecin étaient un écho lointain et étouffé.

Je n'ai pas pleuré. Il ne restait plus de larmes, seulement une vaste étendue vide là où se trouvait mon âme. Un engourdissement s'était installé en moi, une paix glaçante qui avalait toute douleur.

J'ai appelé la femme de chambre, ma voix étonnamment stable. « Apportez-moi la boîte en bois de santal de ma coiffeuse. » Elle m'a regardée, les yeux remplis de pitié, mais elle a obéi.

À l'intérieur, niché sur du velours, se trouvait un morceau de papier vierge. Il était signé, d'une écriture audacieuse et confiante : « Charles de Villiers. » Une reconnaissance de dette. Une promesse, faite pour mon dix-huitième anniversaire, qu'il exaucerait tous mes vœux, aussi grands ou petits soient-ils.

« Tout ce que tu veux, Élisabeth », avait-il dit, ses yeux pétillant d'une adoration juvénile. « N'importe quoi. Remplis juste les blancs. »

J'ai regardé l'espace vide, puis ma main tremblante. C'était ça. Le vœu ultime. La fin de nous. L'enfant, mon enfant, m'avait apporté cette clarté. Cette liberté absolue, indéniable, d'un homme qui avait assassiné mon amour et mon espoir. J'étais de nouveau Élisabeth Moreau, indépendante et entière. Et je le resterais.

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